Sécurité démocratique : l’oxymore politique

Au moment où les Etats-Unis retrouvent les compétences démocratiques après la sidération d’une fin de règne ridicule et violente, les questions de sécurité, dans le monde et en France remontent en première ligne. Notre république, comme l’Institution américaine, a un fond résistant, et solide en de nombreuses circonstances, mais la variété, le nombre, et la puissance des menaces sont telles que l’équilibre démocratique en est aujourd’hui questionné.

Les complotistes, ou extrêmes politiques, n’hésitent pas à dire que nous ne sommes plus, ou de moins en moins, en démocratie, ce qui est non seulement une erreur mais un acte de création d’une menace supplémentaire. La peur comme levier, la colère comme résultat. C’est leur rôle, il n’y a pas à en juger ici, ils représentent des pôles politiques avec des objectifs représentatifs d’une opinion massive en nombre. L’erreur est par contre de nier ou d’ignorer (dans le discours) le poids des institutions françaises qui maintiennent l’équilibre démocratique. Le danger réel vient plutôt de la gestion des communications qui sabordent sans le vouloir les bonnes intentions, et parfois même les bons résultats.

Les menaces sont toutes réelles et sérieuses : la pandémie avec son risque primaire sur la vie, et secondaire sur l’économie, le terrorisme et les craintes des extrémismes religieux, les black-blocs, les violences faites aux femmes, aux enfants, ou intra-familiales, les mouvements sociaux, l’inquiétude et le repli sur soi, les catastrophes climatiques, les risques de précarité, etc…

Aucune de ces menaces n’est sous-estimée par le public puisque, pour une bonne partie d’entre nous, elles sont vécues aujourd’hui, ou ont été traversées par le passé, avec un impact personnel souvent durable.

Mais comme souvent, la communication autour des mesures prises pour faire face est elle-même catastrophique, cacophonique, contradictoire, et propre à générer de nouvelles inquiétudes sur la dégradation de la démocratie. Les fantasmes vont bon train, et les oppositions y trouvent de bons arguments, comme du bon pain servi gratuitement. Lors d’un événement lié à ces menaces, les médias font leur meilleur grain de la peur ; le rôle de l’état, et globalement du monde politique, serait d’ignorer ce flux traditionnel et plus ou moins morbide, et d’exprimer une vérité, et un plan pour s’en sortir. Etat des lieux et délais de remise en état. Dans une crise, le mieux est d’éviter les commentaires car le jeu des médias sera toujours perdant en image et en crédibilité pour les responsables politiques.

S’appuyer sur ce qu’on est, en assumant ce qu’on est, et en faire quelque chose de positif, sans mentir, est une forme « pilier » du respect démocratique en communication. En voici un exemple, en provenance de l’univers des marques :

Le Conseil de Défense et de Sécurité Nationale : il a été créé pour une seule raison. Réduire au maximum le trajet entre une décision et une exécution face à la pandémie, ou toute autre crise grave. Ces décisions (confinement, règles, horaires, vaccins etc..) ont un impact direct et immédiat sur la vie de tous les concitoyens avec un système « hors champ » de l’assemblée nationale, voire de tout contrôle. Cet article ne juge pas cette organisation. Mais aucune communication claire n’ayant été faite vers le public sur cette simple description, et la nature ayant horreur du vide, le secret efficace se transforme en soupçon de risque démocratique, relayé par les députés eux-mêmes et pas uniquement dans l’opposition. Il faut dire que le pouvoir présidentiel en France est particulièrement concentré, et ce « secret » apparaît comme une extension logique de ce que permet la constitution, ce qui est effrayant par nature.

Loi sur la sécurité globale : Cette loi a pour objectif d’améliorer la sécurité publique. Cela veut dire qu’une fois votée, les concitoyens seront plus en sécurité qu’avant. Curieusement, aucun de nous n’a entendu ou n’a lu ces deux phrases simples dans les communications sur le sujet. Par contre, le numérique et l’image étant un pouvoir citoyen acquis au fil de la modernisation de la société, les failles évidentes de ce projet de loi sont devenues le seul sujet. Avec un ministre, G. Darmanin, qui s’évertue à défendre son ministère et les policiers, tout en précisant que les mauvaises graines seront punies. Mauvaises graines exemplarisées par une vidéo scandaleuse le jour même. D’un seul coup, on s’aperçoit que le problème de la sécurité des citoyen a muté en « police dangereuse et inquiétante pour les citoyens ». La « peur du gendarme », bonhomme, traditionnelle et goguenarde à la française s’est transformée en menace supplémentaire, dans la liste des menaces déjà amplement nourrie. Evidemment la vérité est à mi-chemin, avec des formations à améliorer, des conditions pour armer les jeunes policiers, une meilleure surveillance des hommes en contact avec les milieux criminels, des moyens et beaucoup de choses à faire mais voilà, la communication sur l’amélioration de la sécurité n’a pas été travaillée, restant dans le débat négatif interminable, relancé par des faits divers sous la loupe des médias, un ministère et des syndicats de policiers en « défense » et non en explication. Encore la peur véhiculée, et bien décidée à s’accrocher aux basques des français, qui n’en ont vraiment pas besoin.

https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15b3452_proposition-loi

La communication de crise n’est pas une matière facile mais elle a une puissance phénoménale quand elle est préparée. Dans une démocratie, quand les mots Sécurité et Menaces deviennent quotidiens la communication de crise est là pour dire la vérité, expliquer les moyens, et surtout prendre en compte la réelle angoisse des gens, et non le mortifère « Ne vous inquiétez pas », ou pire « Ce que disent les médias est faux ». Si on traduit cette dernière assertion en anglais, nous voilà projetés outre-Atlantique, dans le chaos.

https://www.meltwater.com/fr/blog/gerer-une-communication-de-crise-en-10-etapes

Les citoyens ont besoin de clarté, d’un message simple et fort qui les associe au projet, même s’il s’agit d’un projet de sécurité. Surtout s’il s’agit d’un projet de sécurité. G.Darmanin est un garant de l’organisation et non un mi-flic, mi-proviseur, mi-premier de la classe. Les syndicats doivent aider à faire le ménage interne, et les écoles de police prendre le temps, avec des moyens pour former des personnes qui seront un jour ou l’autre armées. Ce qui est écrit là n’est pas une critique de ce qui se fait « en réalité » mais une version « perçue » de ce qui est dit, ou écrit. C’est cela qui oppose sécurité et démocratie.

S’inspirer des marques, des processus de communication de crise, est une vraie piste pour que la sécurité démocratique ne soit plus un oxymore politique.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :