Egalité en France : action ou vérité ?

Alors que Kamala Harris devient la première femme vice-présidente des Etats-Unis, on peut rêver du moment où ce type d’information ne sera plus un événement. Le monde en est loin mais c’est un progrès et J.Biden y faisait peut-être référence dans son discours d’investiture en évoquant « le pouvoir de l’exemple ». L’histoire des dirigeantes n’est toutefois pas du tout désertique :

Carte montrant les pays qui depuis leur indépendance ont eu au moins (sauf monarques) :

  • Une femme à la tête du gouvernement.
  • Une femme à la tête de l’État
  • Une femme à la tête du gouvernement et de l’État (combiné).
  • Une femme à la tête de l’État et une femme à la tête du gouvernement.

Le sujet des femmes et de l’inégalité est emblématique, et réel, mais c’est un peu l’arbre qui cache la forêt de l’inégalité, dans la communication politique, accompagné du bruit puissant des mouvements féministes. En effet, les arguments qui décrivent la réussite de femmes, ou de toute autre personne issue d’une forme de minorité supposée, ressemblent à un « Vous voyez bien qu’ils/elles en sont capables » . Comme si on venait de le découvrir, après des siècles de doutes et préjugés sur le sujet … Ou : « Vous voyez bien que les hommes barrent la route ! », renvoyant les deux moitiés de la planète dans une dispute sans fin. Donc, l’étalage d’un résultat positif est une arme à double tranchant, et surtout une faute de communication. Et puis les inégalités sont nombreuses, mais beaucoup sont moins montrables que les inégalités Femmes/Hommes. Alors on ne communique que là-dessus, ou presque.

Allez sur Google, tapez : « Publicités sur l’égalité« , sélectionnez le mode « images » et vous trouverez 100% de communications sur l’égalité Femmes/Hommes. Rien d’autre.

De quoi doit-on parler ? Comme toujours, de ce qui est le plus proche de la réalité. Et le poids des inégalités se trouve dans l’inégalité des chances, au départ, avant, à l’origine. Pour imager le sujet, si tout le monde a les mêmes chances sur la ligne de départ, les parcours liés aux choix de chacun, aux intelligences, aux vitesses, aux choix faits, aux énergies ou aux manques d’énergie, aux qualités intrinsèques de chacun, produiront des résultats inégaux sur la ligne d’arrivée. Si on prend l’exemple des inégalités Hommes/Femmes, s’attaquer au machisme peut être assez long, mais identifier que la réelle inégalité se situe dans les agendas respectifs est une piste solide. Par exemple, Douglas Emhoff a pris en charge toutes les contraintes d’agenda de sa femme pour laisser sa chance à la contribution la plus forte qui soit au progrès, dans le couple. A aucun moment, on a eu le sentiment que le mari de Kamala Harris ait été un subalterne ménager, car il a aussi un travail.

Ne parler que du résultat, en mettant en avant une personne d’une minorité a priori défavorisée, ne dit pas qu’un progrès sensible en est déductible, cela met simplement en avant une forme d’héroïsme individuel. Tant que l’égalité des chances, au départ, n’est pas constatée en progrès, il n’y a pas de progrès, mais des héros. Des choses sont faites, des labels sont créés, la société française avance sur ces sujets, mais le discours reste axé sur la mise en valeur individuelle d’un parcours ou d’un autre, et très peu sur l’alignement réel des chances.

https://www.economie.gouv.fr/ministere-sengage-diversite

Quotas : Les actions, dans la recherche d’une égalité des chances dans la société française, ont un enjeu de perception. La communication est au cœur des prises de conscience, et c’est cette dernière qui fait avancer les choses. Les quotas, par exemple, s’ils sont imposés par une loi, ne sont que l’équivalent d’un starter pour un moteur, mais ne sont pas durablement souhaitables. Une politique de quotas pour les femmes dans les entreprises, pour les immigrés, les pauvres, les LGBT, les handicapés etc.. ne peut être perçue que comme un « fait du roi », transformant une attente de compétences en solidarité subie. On peut fortement douter du respect que pourront en tirer les personnes bénéficiaires de ces quotas, et donc de leur vraie place dans l’entreprise, voire de leur vraie chance.

Riches & pauvres : La France a une culture de « mauvais voisins ». On regarde ce que l’autre a de plus, et on suspecte les pires infamies être à l’origine de ce « plus ». Les américains ont, à l’inverse, une forme d’admiration pour celui/celle qui a mieux réussi financièrement. En France, on trouve plus normal que les choses restent telles qu’elles sont à l’origine, et les sprinters d’origine modeste qui dépassent le peloton de la classe moyenne sont à la fois rares, et souvent mal aimés. La communication du gouvernement sur ce sujet dite « du ruissellement » (la création de richesse qui ruisselle..) est catastrophique dans son expression. Un ruissellement descend, celui qui est en bas n’a rien fait et reçoit. Celui qui est en haut est celui qui compte et qui bosse. C’est une confirmation de tous les préjugés, difficile de faire pire.

https://www.ouest-france.fr/economie/social/les-francais-les-plus-riches-s-enrichissent-les-plus-pauvres-s-appauvrissent-6971836

Alors qu’en France, nous sommes noyés par les observatoires des inégalités, les rapports sur les inégalités, les forums et les points sur l’inégalité, les anglo-saxons ont une manière très publicitaire et très efficace de parler des inégalités. Et dans cet exemple, ils saisissent le sujet de l’enfance sans détour, car il faut commencer par celui-là. Simple, efficace, l’état français devrait s’en inspirer, car face à de telles communications, on oublie son voisin.

L’égalité des chances est un concept inaccessible en réalité, mais on peut s’en rapprocher, et le dire. La vérité est d’assumer cet impossible objectif, et l’action est de parler de la route qui en prend la direction. « Une société qui progresse », est un message plus crédible qu’une « société parfaite ».

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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