Communication RN : Sortir du Pandémonium

Analyser le RN en communication est probablement l’un des sujets les plus simples de l’univers politique. Des amis fidèles, motivés et identifiés, des ennemis tout aussi fidèles, motivés et identifiés. Deux camps, un champ de bataille et l’analyse est bouclée. En marketing, c’est presque un cadeau.

En revanche, leur champ de bataille politique n’est pas totalement stable et souvent ne dépend pas du RN et de sa vision mais de l’évolution des choses dans leur ensemble. Ce parti est en perpétuelle observation des mouvements extérieurs pour adapter son discours au jour le jour. Il est presque défini par les échecs supposés ou les hésitations des gouvernements français successifs, et se projette en image sur les supposées réussites des gouvernements-dirigeants étrangers qui leur ressemblent. Cette stratégie présente l’avantage de la « permanence média » car elle garantit aux journalistes une réactivité aux événements, et les invitations sur les plateaux TV fusent en direction des émissaires du RN à chaque décision controversable de l’Etat, ou prise de position d’un parti concurrent.

https://rassemblementnational.fr/instances/bureau-national/

Les nouveaux RN, fidèles hussards de Marine Le Pen, sont la génération « d’après », et représentent une voie de sortie du lourd plomb originel. Après la « dédiabolisation » initiée par la présidente du FN avec le RN (nom moins guerrier, plus démocratique, et aux ambitions de masse), et l’éloignement du patriarche, (JM. Le Pen) voici la période du renouvellement d’image, pour se débarrasser au fil du temps et des interventions médiatiques de l’historique clivant qui a maintenu cette formation dans les 5 à 15% d’électeurs pendant des années. L’heure n’est plus aux petits chiffres, et les centaines de sondages qui vont défiler pendant 18 mois viendront confirmer cette tendance, dans la mesure où les sondages ont un sens.

Les adversaires du RN ont une ritournelle qui fait le lit de ce parti : « les électeurs du RN ne sont pas le RN », signifiant ainsi que les frustrations (économiques, sociales, culturelles) sont plus puissantes que l’idéologie portée par le RN qui, finalement, récupère les maux pour en faire des bulletins de vote. Même avec un fond de vérité, c’est une erreur de communication de la part des adversaires de ce parti, et une opportunité qui leur est donnée. En effet, un sondage réalisé par l’IFOP sur l’immigration, en novembre 2020, démontre que 58% des français souhaitent la fin du « droit du sol » et 55% la fin du « regroupement familial ». C’est l’un des sujets phare du RN, inclus dans leur pilier stratégique des préférences nationales. Quelles que soient les frustrations vécues ou fantasmées des français vis-à-vis de l’immigration, ce n’est pas un chiffre anodin, et il exprime des souhaits précis, au cœur des programmes du RN.

Les porte-voix, presqu’omniprésents dans les médias, sont plus jeunes et ont la réplique facile : Jordan Bardella : vice-président du RN et député européen, Nicolas Bay : député européen, Sébastien Chenu : porte-parole et député, Julien Odoul et Laurent Jacobelli pour citer les principaux. On peut y ajouter, pour la gouaille, la notoriété et le sens des mots, Gilbert Collard : député européen. Cette première ligne médiatique permet au RN de s’ancrer dans tous les débats quotidiens avec des débatteurs de tous bords, créant ainsi un effet démocratique dans la prise de parole propre à éloigner le RN de ses historiques-boulets par l’intégration journalière aux intelligences partagées. Par ailleurs, cela induit une autre stratégie de communication dont pourraient s’inspirer les formations qui ne sont pas aux extrémités du prisme politique : la gestion de la parole du patron.

Marine Le Pen : des mots et des silences.

La mise en scène régulière des arguments du RN dans les médias par les personnes citées plus haut protège, voire enrichit, l’image de Marine Le Pen. Par un effet vertical, elle s’élève au-dessus du débat, laissant aux troupes la mission du prosélytisme, éliminant ainsi les risques personnels de petites phrases malvenues ou de dégradation quelconque, ne serait-ce que par une réaction à une question désagréable d’un(e) journaliste. Cela crée un contraste d’image de sagesse et de sérieux face aux petites phrases d’E. Macron, désigné comme adversaire principal. (cf article « Politique et médias : Danse avec les loups , sur ce site).

https://adcasecom.agency/2021/01/23/politique-et-medias-danse-avec-les-loups/

La gestion du silence est une bonne stratégie d’opposition quand on a des équipes qui se crédibilisent au fil des plateaux TV successifs. Les « petits partis » souffrent souvent de la surexposition du leader, à l’instar de N. Dupont-Aignan, Florian Philippot, pour prendre les ex-amis déserteurs du RN. De plus, les difficultés sanitaires actuelles rencontrées par le pays et la planète, auxquelles on peut ajouter les accros inévitables ou non du gouvernement, ne nécessitent pas de surenchérir. D’une certaine façon, le silence de M. Le Pen est proportionnel aux problèmes rencontrés par l’Etat. On pourrait dire la même chose du plus naturellement bavard de tous les leaders de partis, à savoir JL Mélenchon, de l’autre côté du fleuve politique.

Mais cette stratégie d’occupation du terrain démocratique ne suffit pas, loin s’en faut, pour faire oublier les pêchés originaux, ranimés à l’occasion par Eric Zemmour (CNews) à grand renfort de déclarations qui brouillent les messages, et renvoient le RN au FN. L’activisme (Génération Identitaire) assombrit aussi en quelques occasions violentes le paysage du RN, quels que soient les liens qui les associent ou non.

Que font les marques ? Si on tente une comparaison des communications, ou des adaptations-produits des marques, pour sortir de leur origine devenue toxique et rallier le plus grand nombre de clients plus jeunes, dans les tendances actuelles, on trouve beaucoup d’exemples, dont l’un pourrait servir de thème utile au RN. Il s’agit de Coca-Cola (entre autres). Cette marque universelle ou presque souffrait d’un défaut originel avec des conséquences sur la santé, à savoir le « trop de sucre ». On connait tous ce problème des « soft drinks » et du surpoids. Alors, ils n’ont pas cherché loin pour s’associer à un thème transversal à tous : l’écologie, dont la santé et en particulier la lutte contre l’obésité fait partie. Une couleur verte, 0 calorie, on l’appelle « life » et le tour est joué.

Personne n’est vraiment dupe de cette stratégie de « greenwashing », mais cela fonctionne. Derrière, il faut quand même adapter le produit, c’est donc un progrès, malgré la récupération marketing.

https://youmatter.world/fr/definition/greenwashing-definition-cest-quoi-le-greenwashing/

Le RN pourrait s’inspirer, pour s’éloigner encore plus de ses origines et sans reniement, de ce thème transversal et dont aucun parti, y compris Europe Ecologie Les Verts, ne peut être propriétaire. C’est une occasion de développer leur « greenwashing » au sens premier, sur des propositions et une communication transversale qui n’est pas ou peu teintée politiquement, mais fortement porteuse. L’écologie n’est plus un thème de gauche mais un thème public. Un parti aux orientations claires, avec des propositions disruptives sur l’écologie, fera migrer une partie des indécis de façon certaine.

Le RN, en terme d’image, a fortement progressé : son organisation est claire, les anciens responsables, partisans du retour au Franc, et d’un brexit à la française sont muets, et l’objectif d’accession au pouvoir parait réaliste avec un abonnement au second tour des présidentielles pour l’instant peu challengé, presque promis. Mais il manque de communication sur les ciments stratégiques de la société 2020-2030, l’écologie active étant une voie d’accélération, peut-être parmi d’autres. S’appuyer sur les difficultés d’un Etat en pleine bataille inédite et planétaire ne suffit plus, et s’avèrerait même contre-productif.

La communication peut aider, mais il reste encore trop d’extrémisme latent, ou actif, dans la réalité et dans la perception, et si le RN a su s’éloigner du Pandémonium, il est encore aujourd’hui coincé dans sa grande banlieue. C’est leur plafond de verre, à eux.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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