Présidentielle 2022 : les variants français.

Les approches de campagne possibles pour E. Macron-candidat en 2022 :

La pandémie est la cause de nombreuses heures de vérité pour l’Etat. Pour les états dans le monde, également. Nous sommes abreuvés chaque jour d’informations d’experts de la santé, alors cet article n’est pas un pamphlet supplémentaire sur les chances, les ratés, les dates possibles, les confinements, les vaccins, ou les labos. L’apparition du virus est l’occasion de se rendre compte des résistances des états, et on ne peut pas remettre en cause la motivation et le travail fourni par les responsables gouvernementaux et les professionnels de la santé, même si rien ne se passe comme prévu, comme on le voudrait. On laissera de côté la gestion Donald Trump, Jair Bolsonaro et autres exceptions qui ont servi la soupe à cette pandémie. La France n’est pas dans ce club, malheureusement pas assez fermé.

La perspective des présidentielles, dans ce contexte, a une couleur particulière dans la communication de l’Etat et des acteurs de cette future compétition. Il y a un décor, un fond sonore alimenté par les médias et une permanence du sujet qui envoient au fond de la classe les réformes, les questions de société, ainsi que les stratégies politiques. Aujourd’hui, on se demande s’il se passe autre chose que la pandémie dans le monde, mais aussi sur l’échiquier politique français. Comme un arrêt sur image. On a une vision presque trop claire de ce qu’il va se passer en 2022, lorsque la campagne pour les élections battra son plein. Le gouvernement aura finalement vacciné les gens, protégé l’économie le moins mal possible, et ils se féliciteront eux-mêmes avec des accents guerriers de victoire. Victoire que ne renierait pas Pyrrhus, ce qui est vrai pour la planète entière. Les oppositions des extrémités (RN, LFI) rappelleront les couacs et retards qui ont causé la mort, ceux du milieu (Modem et formations centristes) seront d’accord avec la majorité, en ajoutant des « mais ». La Covid 19 sera le centre de gravité des arguments, dans un pays en recherche de perspectives. Comme si, la lumière revenant, on avait besoin de prolonger l’obscurité pour en faire un argument électoral.

Les stratégies de communication possibles du président sortant :

La stratégie du héros : Le président ne déteste pas cette image de victoire, quelles que soient les erreurs réelles ou les imprévus circonstanciels. Il sera acclamé par une armée de LREM au garde à vous, avec quelques punchlines guerrières en renfort. Cela pourrait marcher aux Etats-Unis, pays de Marvel et des super-pouvoirs, mais pas ici. On a, en France, une pensée attendrie pour les amateurs de bon vin et de bons plats, moins pour les fanfaronnades d’après-guerre. Ne serait-ce que pour le respect des disparus. Et en l’occurrence, celui qui a bouclé les restaurants et les bars pendant des mois risque de payer une addition très élevée s’il se présente en sauveur. C’est peut-être injuste, mais cette stratégie n’est pas la bonne. La communication associative ci-dessous représente ce qui pourrait revenir comme un boomerang à la face de cette posture de vainqueur, comme un rappel de l’état du pays :

https://www.inegalites.fr/Le-Rapport-sur-la-pauvrete-en-France-2020-2021-vient-de-paraitre

La stratégie du « Ensemble » : On est déjà sur quelque chose de plus raisonnable et surtout plus réel puisque les français ont plutôt joué le jeu de la santé et des restrictions avec un niveau de protestation en-dessous du niveau habituel. Pour l’instant. C’est avec cette mise en avant de la solidarité que « l’Etat-candidat » peut argumenter sur l’aide économique, expliquer les raisons des échecs et trouver une forme de modestie, associée à la prise de conscience que l’écoute vaut mieux que la logorrhée. Cette stratégie a une chance, mais il faudra effacer les images centralisatrices du pouvoir, incluant les dizaines de petites phrases méprisantes du président et d’LREM venues ponctuer le quinquennat. Ce ne sera pas facile, une campagne présidentielle étant une question de « forme qui ne ment pas ». Une fois encore, par des actions de communication ciblées, l’associatif parle juste et aux bonnes communautés. Ici, Amnesty International, comme exemple parfait d’une approche forte, équilibrée et intégrée aux nouveaux usages (sonnette de vélo) :

https://ec.europa.eu/france/news/20210126/augmentation_budget_aide_humanitaire_fr

La stratégie du « Pas pire que les autres » : C’est la solution de facilité. Ce ne sera certainement pas LA stratégie, mais l’argument sera immanquablement utilisé par le président sortant au cours des débats et échanges. C’est une faute assez grave en communication, car il y a toujours meilleur et pire que soi et cette approche rappellera le syndrome de « premier de la classe » qui exaspère tout le monde depuis le début du quinquennat. On se rappelle les bombages de torses hilarants de J.Castex-O.Véran lorsque nous avions des courbes pandémiques momentanément meilleures que les allemands. La lenteur de vaccination en France a remis les pendules à l’heure. Et continuer de se comparer aux allemands est forcément voué à l’échec, un jour ou l’autre, tout en présentant une image immodeste, franchouillarde et vintage. Une publicité (assez réussie) pour Smart avait joué une stratégie comparative. Cet exemple est typique, car il montre, avec talent, qu’on peut toujours dénicher une supériorité indiscutable, bien que surréaliste et absurde :

Malheureusement, les comparaisons objectives montrant une supériorité de la France sur l’Allemagne de manière écrasante, ne sont pas ou très difficilement utilisables dans une campagne présidentielle. Mais il y en a, pour se consoler un peu :

Stratégie du « ruissellement » : Là aussi c’est une stratégie de communication à abandonner d’urgence. Si on en fait une traduction pédagogique cela revient à dire : « Plus les riches sont riches, moins les pauvres sont pauvres ». De l’antiquité à nos jours, cela n’est jamais arrivé, dans aucun pays. Ce n’est pas très bon signe. Si on doit défendre le capital comme parangon du progrès social, on peut dire que Bill Gates a été plus efficace sur la pauvreté que Mère Thérèsa, au travers de sa fondation. Mais cela reste individuel, et compliqué à défendre devant des électeurs, pour ne pas dire suicidaire. Ce qui est en jeu, c’est l’ensemble des stratégies économiques occidentales et non la magie d’un pseudo-ruissellement, et autres premiers de cordée. La mondialisation souffre et fait souffrir par un manque abyssal de règles contrôlées. Les Etats, l’Europe même, n’ont que peu ou pas la main sur cette dynamique économique qui fabrique du progrès au même rythme que des régressions. Pour un chef d’Etat, d’autant plus candidat à sa réélection, la mondialisation n’est pas un « argument à défendre » mais une démonstration à faire sur la capacité et la volonté de contrôle, pour le bénéfice local, voire individuel. Les images d’Epinal sur les gentils riches qui ruissellent sont à proscrire définitivement car elles induisent un pouvoir sur la mondialisation qu’aucun responsable politique n’a réellement. Soit c’est un don, soit une calamité, mais c’est encouragé par l’Europe, et il faut faire avec pour le bien commun, autant que possible et avec modestie. Aujourd’hui, nous en sommes loin, et la communication sur le sujet est piégeuse pour ce candidat présumé :

https://www.huffingtonpost.fr/entry/depuis-lelection-de-macron-les-plus-riches-ont-vu-leurs-revenus-considerablement-augmenter_fr_5f7f1960c5b6a9322e24588b

Stratégie du candidat unique : là, ce n’est plus une stratégie mais un état de fait. Le RN et LREM ont un point commun majeur qui leur garantit un deuxième tour sauf miracle venu d’ailleurs : ils ont chacun un(e) seul(e) candidat(e), incontesté(e) avec un soutien sans faille du mouvement qu’il et elle représente. Si on se met à leur place aujourd’hui, juste une minute, ce doit être un régal de voir fleurir des candidatures multiples de toutes parts, car à part eux et JL Mélenchon, tous les groupes majeurs se mettent à produire tout ce qu’il faut pour être battus. On a beau être une démocratie, les bons vieux trucs de la représentation centralisée ont de beaux jours devant eux, d’autant plus que la proportionnelle à l’assemblée (promesse E. Macron) a été renvoyée ad vitam, garantie supplémentaire de soutien des décisions unilatérales. Pas glorieux en image, mais efficace en stratégie électorale.

https://www.luipresident.fr/emmanuel-macron/engagement/instauration-dune-dose-proportionnelle-49013

La campagne 2022 du président sortant, s’il se représente, tiendra sans doute un peu de chacune de ces approches-là, même si l’approche du type Amnesty International semble la plus appropriée. Les leçons des marques, contraintes de synthétiser leurs représentations publicitaires sont souvent de bons miroirs de réflexion, non pas sur le fond, mais sur le choix de la stratégie et de la mise en musique d’une reconquête électorale, et parfois sur la simple compréhension par l’électorat.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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