EELV : Partout ou Nulle part ?

L’écologie est par nature une fonction transverse. Il a toujours été étrange et illogique qu’un groupe de gens s’approprie cette idée pour en faire un parti. Europe Ecologie Les Verts navigue dans ces eaux avec une dénomination d’autant plus curieuse que l’écologie est soit un sujet mondial, soit une volonté locale, voire individuelle. Pourquoi pas France Ecologie ? Quitte à délimiter cette vision géographiquement, autant que cela serve les sujets électoraux, avec des objectifs et des postures adaptées aux scrutins. En communication, l’une des conditions de succès commence par le nom et le logo pour traduire une simplicité et une compréhension immédiate. Dans le cas d’EELV, plusieurs pistes sont proposées à l’audience publique par le nom. C’est donc un parti européen ? Qui sont les autres responsables ? Dans quels pays ? Est-ce que, si on vote pour eux en France, cela signifie qu’on adhère à une formation multi-pays ? Y a t’il un management européen de l’écologie ?

https://www.touteleurope.eu/actualite/la-politique-europeenne-de-l-environnement.html

Décidément, l’écologie n’est jamais politiquement simple. Et son appropriation par un parti est vouée à l’échec dans une mesure proportionnelle à la montée des problèmes et catastrophes climatiques, animales, biologiques, et de tous les déséquilibres causés par l’homme. La raison en est que la génération des plus jeunes adultes souhaite et construira la diffusion multipartis de la bataille écologique, quelles que soient les origines d’opinion ou de militantisme politique. Cette montée massive passera de générationnelle à universelle, en tous cas, c’est ce qui se profile.

Mais d’ici-là, et malgré les remarques décourageantes de ce début d’article, EELV travaille activement à un projet de société. Ils sortent de la chappe de plomb des autres partis qui ne vivent qu’avec une liste du type « un problème-une solution », pour tenter de parler au public du « bien vivre ». Cela peut paraître utopique ou inapproprié en ce moment mais c’est en fait une réelle voie de communication, et de posture politique. Leur plateforme d’idée s’appelle d’ailleurs : « Bien vivre ». (lien ci dessous)

Qui dit mieux aujourd’hui ? En réalité, aucun parti, hors EELV, ne cherche à se positionner sur la vision et la recherche d’une vie meilleure. Les autres formations sont toutes dans une logique de plombier : on répare ce qui est en mauvais état. Cela conduit à des communications obligatoirement déprimantes et catégorisées, et pour reprendre l’image du plombier : il manque toujours une pièce. On se rend compte que les motivations de choix de candidat lors des élections de 2017 étaient représentatives de l’absence de « vrai motif » : d’après le Cevipof (Centre de recherche politique de Sciences Po, anciennement Centre de recherche de la vie politique française), 57% des électeurs qui ont été tentés par Emmanuel Macron déclaraient faire leur choix « par défaut », contre 39% pour Marine Le Pen, 31% pour Jean-Luc Mélenchon, 29% pour Benoit Hamon et 28% pour François Fillon. Nous sommes loin d’un enthousiasme populaire sur un projet de société. Un plombier reste très utile, mais ne fait pas rêver, et on prend celui qui est disponible. C’est ce qui arrive lorsque les projets de sociétés disparaissent pour ne laisser la place qu’à des politiques conjoncturelles : (lien ci-dessous)

Quant au « Bien Vivre », en terme de concept, il faut se méfier, cette fois, des communications de marque ou du monde « hors politique », car il est souvent (à 80%) associé à la retraite ou aux âges de la sagesse, c’est Il est donc à manipuler avec précaution :

Pour autant, EELV ne tire pas son épingle du jeu car son image souffre, par un effet pervers, d’une forme d’angélisme historique, terme dans lequel s’engouffrent tous ses adversaires pour critiquer la stratégie des écologistes. Angélisme = rêveur = inefficacité. La plateforme « Bien Vivre » est à la fois une confirmation de cet aspect idéaliste, et une réponse assez forte à cette critique. Elle offre aux électeurs une possible traduction de l’écologie dans les domaines économiques, sociaux au sens large en incluant l’égalité sexuelle ou d’origine, technologiques, territoriaux, défense de la démocratie, etc… L’exercice est intéressant par l’aspect participatif (chacun peut proposer des idées), et relativement complet dans les thèmes abordés. On pourrait dire que Yannick Jadot a réussi son approche des présidentielles, en amorçant une candidature avec un support simple d’échange avec le public. En communication, c’est une « bonne note ». On pourrait en rester là dans l’analyse.

Mais voilà, lors des interventions médias du leader d’EELV, les références politiques citées sont : Léon Blum, Michel Rocard, Pierre Mendès-France entre autres, ce qui constitue le ‘disque dur idéologique » d’une ancienne gauche progressiste. C’est son droit, et les personnalités citées sont pour le moins respectables. Mais c’est aussi ce qui conduira à l’échec. Une écologie politiquement partisane se retrouve dans un « nulle part » au lieu d’être dans un « partout ». Défendre une stratégie écologiste, c’est avant tout comprendre et faire comprendre l’aspect universel et vital des progrès à accomplir dans ce domaine. Cela passe par un projet de société qui n’exclut personne, et qui ne puise pas ses inspirations dans des modèles préétablis, à l’exclusion de tout autre. Les écologistes de droite existent, les plus jeunes probablement, les écologistes du centre sont nombreux, les écologistes communistes sont là aussi, et en creusant un peu on en trouvera même aussi au RN et chez LFI. Les références au socialisme de progrès, en communication mais aussi sur le principe même de la démarche écologique, bloqueront EELV dans un plafond de verre infranchissable. Etrangement, choisir son camp politique ne mène nulle part dans leur cas. D’ailleurs, ils devraient se souvenir que le président actuel, malgré une approche « plombière-conjoncturelle », a parfaitement évité l’écueil de l’engagement politique en créant LREM, faisant ainsi marginaliser ce qui était partisan. L’écologie trouvera donc son salut dans une idée citoyenne et non politique :

En résumé, sur la communication, EELV n’assume pas de posture universelle mais reste coincé dans un historique politique vintage, du moins de la part de ceux qui sont aux responsabilités. L’effort, avec la plateforme « Bien Vivre », pour couvrir les sujets de société est mis à mal par ce cordon ombilical pesant qui ne parle qu’aux générations en pré-retraite, alors que la dynamique viendra des jeunes.

C’est donc à eux qu’il faut parler, pour ne pas risquer d’atterrir nulle part.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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