LFI : Le Futur Antérieur

La France Insoumise est un nom qui s’adresse prioritairement aux psychologies adolescentes. C’est l’effet du nom lorsqu’il est qualifié par un adjectif quel qu’il soit : il y a une amplification de la réception sur les publics qui s’accordent sur l’adjectif. Insoumis = adolescent. Cette introduction n’engage en rien le fait qu’il y ait ou non de vieux insoumis, ou des insoumis simplement adultes.

Tzvetan Todorov, humaniste insoumis, historien, philosophe, sémiologue, décédé en 2017
à l’âge de 76 ans

C’est un effet d’attraction sur les jeunes, quasi naturel au moment où ils se cherchent une personnalité. L’effet recherché est de rassembler le plus grand nombre de gens qui se reconnaissent dans cet adjectif. LFI n’a jamais souhaité construire un club exclusif d’adolescents. En réalité, ce sont les adjectifs voisins « d’insoumis » qui rassemblent, et non le terme lui-même, fort heureusement pour l’équilibre de la nation. Imaginons une seconde que la masse des électeurs de JL Mélenchon soient de « vrais » insoumis, au sens premier, nous aurions une révolution en armes, une Covid19 en expansion joyeuse et une insécurité totale et garantie, entre autres Armageddon. Les adjectifs voisins, donc : insatisfaits, insuffisamment payés, dévalorisés, ignorés, délaissés, en colère, peu respectés etc… qui résument une envie forte de changement de société, mais pas l’insoumission comme arme violente pour opérer ce changement. Par ailleurs, il y a dans l’insoumission démocratique une sorte d’affranchissement des patrons et de la verticalité, et une valorisation sous-entendue de la liberté personnelle. Voilà pour l’analyse psycho-sociale du nom. Pour résumer, il regroupe les mécontents et non les insoumis. Mais « La France Mécontente », ça ferait un peu satyre du mouvement par les Inconnus.

LFI reste sur sa marque, mouvement d’origine protestataire représenté à l’Assemblée Nationale par 17 députés, 5 députés européens et 9 conseillers régionaux. C’est donc un parti structuré et représenté.

https://www2.assemblee-nationale.fr/15/les-groupes-politiques/groupe-la-france-insoumise/(block)/42317

L’ambition présidentielle est affichée, mais être en tête de la gauche ne représente pas un exploit, (au dessus de 8% suffit) ce qui rend l’argument caduc, sauf à rassembler tout le monde à gauche, et même dans ce cas, ce n’est pas gagné. L’histoire a démontré que cette union sacrée des gauches n’est jamais venue des extrémités politiques, mais peut-on dire jamais aujourd’hui ? ..

Jean-Luc Mélenchon est l’image du parti. Indiscutable et indiscuté. En exploitant ces termes pour définir sa place dans le parti, on sent déjà que le concept de discussion n’est pas destiné à partager des avis, prioritairement, mais à convaincre dans les bons jours, voire à imposer dans les autres. C’est toute l’étrangeté de ce parti protestataire, de libre parole, et de souhaits d’insoumission démocratique que de n’avoir aucune insoumission vis-à-vis du patron. François Ruffin, député de la Somme et rédacteur en chef de Fakir fait bien entendre sa voix lors d’événements et souvent dans la défense d’initiatives locales, ainsi qu’à l’assemblée nationale. Il en va de même pour Clémentine Autain (députée Seine-St-Denis), Adrien Quatennens (député du Nord), et quelques autres bien présents dans les médias, mais aucun ne place une seule virgule en contre-pouvoir de JL. Mélenchon. En performances, on peut dire que c’est profitable d’un point de vue électoral, mais on est sur un parti de combat, aux extrémités politiques, avec un discours de liberté. Alors la performance ne peut pas être « quoi qu’il en coûte ». La réalité de la perception c’est qu’on entend autre chose qu’une lutte bienveillante en communication. On entend : « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ». On entend aussi qu’E. Macron et JL Mélenchon ont dû partager les mêmes bancs d’étudiants, dans une autre vie spatio-temporelle, à l’occasion d’un cours sur la concentration des pouvoirs. On veut bien des insoumis, mais soumis. Une seule tête qui dépasse.

Communication LFI : Un organe non officiel : Le Média. Lancé en janvier 2018 par Sophia Chirikou, Gérard Miller et Henri Poulain, tous proches de LFI, le Média est diffusé sur la plateforme You tube. L’histoire, entre 2018 et 2020, de ce nouveau venu est un condensé de tous les démons qu’il avait prévu de dénoncer, en particulier sur le sujet des médias. Et un échec de départ, qui a pu renaître récemment avec une audience acceptable sur la plateforme YT et Facebook, finalement. La faute majeure en communication n’est pas qu’une nouvelle marque média subisse des échecs ou des ratages, ce qui peut arriver quel que soit le sujet ou l’éditeur. L’erreur, c’est d’avoir associé cette chaîne à LFI, que ce soit officiel ou non, et les échecs et tensions humaines internes ont pris le pas sur le simple réglage d’un lancement. On ne parlait que de cela, avec citation d’événements bien éloignés en image de ce qu’LFI peut rechercher. Un coup très dur en communication.

LFI gardera son action « de rue », sans renier la moindre banderole, mais comme toute marque elle n’est pas interdite d’images, de messages de rassemblement et d’une forme de sérénité, même dans le combat. Il peut paraître fou de s’inspirer des marques qui font de la publicité pour tenter de contribuer à une recommandation pour LFI, mais elles peuvent aider, (même les plus capitalistes d’entre elles), car en temps de crise ou de déprime leurs messages peuvent être source d’inspiration pour se regrouper, rassurer, redonner de l’énergie. Et ne pas être sourd au « monde payant » par principe.

Programme l’Avenir en Commun : C’est le nom du programme de LFI. J.L. Mélenchon omniprésent, les termes employés dans le sommaire ressemblent comme deux gouttes d’eau à deux époques et deux pays : la Révolution française avec des termes comme : Assemblée constituante, Privilèges, Abolir la monarchie (présidentielle), Révolution citoyenne, et l’époque soviétique avec : Oligarchie, Justice, biens communs, au nom du peuple, par exemple. On est donc bien dans une proposition révolutionnaire et combative (dans le cadre démocratique) mais avec un travail assez creusé sur l’égalité, l’entreprise, la sécurité, la jeunesse. C’est un vrai programme, mais la communication « événementielle » de JL. Mélenchon vient la plupart du temps écraser, voire effacer, dans la perception, le travail de fond qui pourrait être mis en valeur. Le problème des tribuns, c’est qu’ils naviguent entre l’idée qu’ils sont la représentation ultime de leur parti, et le rejet d’un effacement personnel, même temporaire, pour laisser la place aux travaux réels à exprimer (par d’autres). Toute organisation se doit de laisser communiquer ses experts. Cela veut dire « qu’elle a des experts » et crédibilise l’ensemble de la démarche. Mais on ne peut pas être leader sans ego en politique. Et l’équilibre entre ego et stratégie de communication est rarement maîtrisé.

https://avenirencommun.fr/

Technologies et communication LFI : Dans ce programme, qui parle du futur, il aurait fallu un projet de développement technologique puissant pour faciliter et rendre réelle la participation populaire proposée. Une plateforme géante de participation. JL. Mélenchon, en tribune, avait joué le duo numérique en 2017 avec un hologramme pour montrer de l’intérêt pour les technologies numériques mais, à nouveau, l’idée « spectacle-ego » a pris le pas sur un réel engagement sur le sujet. Et ce n’était qu’assez moyennement réussi. Il est extrêmement stratégique pour un parti candidat au pouvoir de montrer patte blanche sur la compétence technologique et, spécifiquement, numérique. L’approche LFI de l’Intelligence Artificielle, par exemple, pourrait être une piste de réflexion et ensuite de communication, pour ne pas être à la traîne. Un avis, des projets.

Mais l’écueil majeur de la communication d’LFI est un ancrage sur un passé révolu en parlant d’avenir. Le principe serait excellent (savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va) s’il n’y avait pas ces références trop historiques, trop marquées à des régimes qui ont tous disparu, ou en voie de l’être, et qui conduisent les adversaires d’LFI à utiliser ces références contre eux. Le portrait de Che Guevara dans la chambre d’ado n’est en mémoire que des plus vieux aujourd’hui, et cette référence n’est pas des plus modernes. Les plus jeunes représentants du parti se battent bien à l’assemblée et sur le terrain, il y a une réflexion travaillée sur une grande partie du programme AEC, mais un choc négatif entre les temps et lieux de référence et les temps futurs. Ce choc est transmis par le leader.

https://www.ritimo.org/Ce-qu-il-reste-des-gouvernements-de-gauche-en-Amerique-Latine

Toutes les bases du passé ne se valent pas, et quand elles sont néfastes pour l’expression de l’avenir on reste sur un futur antérieur, et dans ce temps, c’est le mot « antérieur » qui gagne.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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