E. Macron : Communication maudite

Le libéralisme a des vertus. Mais il demande un contrôle immense des effets, car on ne maîtrise pas les causes. Et parfois, les causes maudites s’accumulent. Et les tentatives de contrôle par l’Etat apparaissent comme des grignotages de la démocratie, avec l’amplification traditionnelle des oppositions pour rallier l’opinion.

L’accès au pouvoir d’E. Macron a été une suite de brillances et de trous dans la raquette du paysage politique. On ne réussit jamais tout par sa simple volonté de réussir. Il faut un peu d’aide circonstancielle. Si la réussite avait été immédiate, évidente, le premier tour des élections aurait donné un score majoritaire. L’aide circonstancielle de l’élection est venue du vide sidéral de la concurrence au deuxième tour, la brillance devenant d’un seul coup éblouissante par comparaison. Jacques Chirac en avait fait l’expérience en 2002 face à Jean-Marie Le Pen, l’un et l’autre à moins de 20% au premier tour, soldé par un 82% au second tour pour J. Chirac. En 2017, E. Macron est élu avec 66% des voix, dans un scénario ressemblant comme un frère à celui de 2002. Un petit frère toutefois, qui a vu une progression des votes M. Le Pen dans une proportion qui aurait mérité une réflexion sur l’état de l’opinion. Maudite opinion.

http://french.xinhuanet.com/2019-05/30/c_138100928.htm

On a une cérémonie « d’investiture » napoléonienne, avec une bande de jeunes futurs ministres et quelques grognards (Gérard Collomb, Jean-Yves Le Drian) à qui on tire l’oreille en guise de remerciement. Pas sûr que le geste fût apprécié. Les fastes élyséens sont inévitables, mais on pouvait s’attendre à une jeunesse renouvelée du genre, y compris dans le cérémonial. Peu importe, mais l’image contrastée entre l’activisme libéral et les références historiques un peu fantasmées fonctionne seulement à moitié. Toujours l’opinion. Les jeunes ne font pas ça, ils n’aiment pas ça, ils veulent qu’on s’occupe de la planète, de l’égalité, et que la vie prime toujours sur le devoir : l’instant plutôt que les soucis, l’histoire de France étant remplie de devoirs et de soucis qui ont conduit à la mort. La mort de jeunes, justement. Pour résumer, on respecte les anciens mais on ne les prend pas comme références. Alors qui sont les jeunes qui ont besoin d’un jeune président ? Quelle image de président faut-il diffuser? :

L’obsession présidentielle du contrôle des effets : l’exemple de l’incendie de Notre-Dame de Paris est emblématique. Une catastrophe dont on se garderait bien d’attribuer la responsabilité à qui que ce soit. Le choc, le drame, les pompiers. Et à peine l’incendie maîtrisé, le danger écarté, E. Macron déclare qu’elle sera refaite en 5 ans. Pourquoi 5 ans ? « On reconstruit en 5 ans » ressemble à une promesse de promoteur, toute l’attention étant portée sur le délai, les retards possibles, le « comment », comme si ce n’était qu’un bâtiment. Suivie d’un concours d’architectes, pour savoir qui est le meilleur pour en faire un monument hideux et sans âge. Le meilleur c’est le groupe multi générationnel qui l’a construite entre 1163 et 1250. Alors voilà, un événement improbable arrive, s’ensuit un contrôle des effets avec délai, l’ efficacité au lieu de l’âme. En communication c’était une vraie faute de goût. La culture a un sens, mais a aussi un temps, et Dieu lui-même ne s’est fait remarquer qu’une seule fois par un délai de livraison performant. Tout le monde est content de savoir que Notre-Dame sera reconstruite. Personne n’en doute. Il n’y a pas d’erreur sur l’objectif et probablement sur les moyens. Mais la question n’était pas le délai, pourquoi en faire un enjeu ? Ajoutée à ces déclarations sur la rapidité de reconstruction, celle des donateurs, tous issus du sommet de pyramide, comme un club de richissimes avec des promesses de dons énormes pour l’individu, invisibles dans les comptes de ces marques, mais une bonne affaire en image. Sauf pour E. Macron, « président des très riches ». Cela aurait dû être : « On va prendre les meilleurs artisans au monde, quel que soit le temps que cela prendra, pour rendre à Notre-Dame son éternité ». Un « quoi qu’il en coûte » temporel, respectueux mais surtout avec du cœur et du sens. Raté.

Les autres événements de ce quinquennat encore en cours ont quasiment tous été communiqués de la même façon : une forme de « règlement des problèmes » sans interrogation sur « d’où viennent les problèmes ? ». Du coup, agression de l’Arc de Triomphe, gilets jaunes et black blocs, malaise dans la police, démissions LREM, manifestations tous les samedis, destructions, agitations, réforme des retraites gérée à la hussarde comme si ce sujet allait passer sous les radars, concertations sans échange avec les syndicats, et pour couronner le tout l’impression d’une gestion bancaire du pays : tapis rouge pour grands patrons à Versailles (janvier 2018), « à tu et à toi » avec Donald Trump (avril 2018), la gifle virtuelle faite à JL. Borloo sur le plan banlieue, Benalla et l’amateurisme de la sécurité, et l’emblématique impôt sur la fortune remisé avec des déclarations impossibles à croire sur les premiers de cordée et le ruissellement. Enfin, récemment, La loi sur la sécurité agrémentée d’un fait divers de violence policière filmée : on ne pouvait pas communiquer de pire façon. Raté encore.

https://www.liberation.fr/politiques/2020/02/06/ruissellement-vers-le-haut_1777529/

Etrangement, la pandémie a mis fin aux protestations, et le « quoi qu’il en coûte » additionné au récent « Faisons confiance aux français » pour éviter un nouveau confinement, permet à E. Macron d’être sur une forme de communication tournée vers l’autre, et non vers de pseudo efficacités fanfaronnées teintées de comparaisons malvenues avec les grands hommes de l’histoire. On sait que c’est l’économie qui est en jeu, ce qui pourrait être dit simplement, mais on veut bien croire en cet effort de communication d’ensemble. Il y a du mieux, même si ce n’est pas encore spécifiquement E. Macron. Tous les chefs d’états démocratiques sont sur ce mode là aujourd’hui.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/12/01/a-rebours-de-la-bienveillance-pronee-par-le-candidat-macron-en-2017-le-quinquennat-est-depuis-son-origine-marque-par-l-agressivite_6061724_3232.html

On pourrait continuer cette liste décidément interminable, sur le mode du mépris (les punchlines), de l’agacement (les chefs d’état européens), ou le jeunisme, le paternalisme, l’infantilisation, les mauvais choix de collaborateurs, le mensonge des masques ou la lenteur des vaccinations. Ce serait facile et finalement très injuste sur les intentions réelles présidentielles. Ce qui est maudit dans cette présidence inédite, c’est la différence abyssale entre la communication de l’ambition affichée et les formes de la pédagogie pour atteindre l’objectif de cette ambition. Il y a aussi un peu « L’homme seul va plus vite » au détriment « D’ensemble on va plus loin » dans ce qui est perçu. Cela pourrait avoir un côté romantique, mais nous ne sommes plus au temps des chevaliers, des princes, ou de Batman.

On a rarement visé si haut et tout aussi rarement communiqué si mal. Les sombres événements bizarrement gérés venant ralentir, interdire, abolir presque toute la dynamique de départ. Et la communication a joué l’accélérateur de performances, mais dans le mauvais sens, voire même parfois a déclenché les catastrophes. La question ici n’est pas de reprendre l’article comme une liste d’opinions sur E. Macron car ce n’est pas le sujet. Mais le déroulé chronologique des communications stratégiques ratées, impulsant parfois les événements cités, est sidérant de densité. L’éloignement de la vérité dans ce qui est dit ou montré est un pilier de l’échec. La lenteur des vaccins est un échec de l’Europe. Cela ne veut pas dire que c’est un échec scientifique ou d’intention. Et l’Europe va remonter la pente. On peut parler de cela aux français sans risquer tant de critiques que cela. Dire que tout est normal est une vaste erreur, car l’information réelle est disponible. Alors chercher à limiter les causes pourrait bien être une piste de réflexion pour limiter le mortifère contrôle des effets.

La communication en politique est une arme, il faut s’en servir, à condition de la maîtriser. Sinon, elle tranche à l’envers.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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