Digital et Politique : Asocial Network.

La communication digitale des politiques est quasi exclusivement personnelle. Un message, un signataire, une audience (followers). Quelles que soient les stratégies, la forme est la plupart du temps l’inverse d’un échange entre un groupe (parti politique, gouvernement, groupe parlementaire, etc..) et de potentiels électeurs à convaincre. La réalité du temps d’émission et du temps de réponse de l’audience pousse à une hystérisation des contenus, de plus en plus émotionnels et de moins en moins informatifs. Il n’est pas question ici de regretter un « bon vieux temps » mais plutôt l’absence de maturité, ou simplement de formation, des intervenants. L’âge moyen des personnalités politiques peut jouer également. Le niveau reste celui du « clash », et non de l’échange :

Cette description n’est pourtant pas celle qui convient pour les élus locaux. Leur logique et leur mission étant de suivre le terrain, ils communiquent en général sur les problèmes concrets du moment (inondations, relogement, précarités diverses), ce qui n’a rien à voir avec l’approche « politique » en soi mais avec la simple mise en lumière d’événements de court terme et urgents. Que ce soit sur Twitter, Facebook ou d’autres réseaux sociaux, leurs interventions restent liées à du concret, du réel, et malheureusement souvent, un réel difficile. (Ci dessous leur page FB):

Le sujet de cet article n’est donc pas une critique de la communication locale, mais un point de vue de communicant sur les apparitions digitales d’élus nationaux, de gouvernants, ou de partis d’opposition.

Ces élus et dirigeants politiques ont d’abord été saisis, que ce soit en France ou à l’étranger, par la puissance de l’expression participative au travers des réseaux numériques, dits sociaux. Les révolutions arabes (printemps arabe), la révolte des gilets jaunes, les manifestations diverses contre la Loi Travail, la réforme des retraites et la Loi de Sécurité globale, ou les rassemblements politiques de la campagne présidentielle 2017, tous ces mouvements et bien d’autres dans le monde ont accrédité le média social comme une arme de rassemblement et souvent de protestation. Les actuelles agitations et graves répressions qui ont lieu actuellement en Russie témoignent de la force du média, qu’aucun chef d’état ne peut vraiment circonscrire. Les images finissent par circuler, les messages par passer. La masse de personnes qui peut être mobilisée en un temps record est impressionnante et génère un climat de menace virtuelle de fragilisation permanente au-dessus des têtes des dirigeants, y compris dans nos démocraties. L’ opinion publique peut y être constamment mesurée, la température du peuple également. https://www.lemonde.fr/idees/article/2017/10/14/comment-internet-a-fait-les-printemps-arabes_5201063_3232.html

La question est donc : y a t’il une stratégie de développement du dialogue démocratique participatif de la part des responsables politiques, ou est-ce que le niveau « menace » reste la seule caractéristique à retenir pour eux aujourd’hui ? On sait, par exemple, que dans le monde manichéen américain, les réseaux sociaux ont été un moyen de diviser tout en mobilisant jusqu’à l’élection de J. Biden. En Europe, de cultures diverses, l’activité numérique voulue pour développer une stratégie politique est moins claire, se rapportant à des personnalités, ou inexistante. On peut simplement retenir, en positif, une démocratisation réelle de la prise de parole des citoyens, avec, comme en témoignent les articles de ce site, des possibilités d’expression avec réponses possibles. La différence est donc là. Une vraie démocratie est celle qui inclut l’échange, et donc la réponse du responsable à l’administré, du pouvoir aux citoyens. On peut aussi se réjouir de la parole donnée aux victimes muettes de l’indescriptible : Meetoo, Meeto-Inceste, et autres initiatives de libération de la parole. Les progrès n’arrivant jamais sans leur côté obscur, c’est également une opportunité donnée aux terrorismes et crimes organisés, d’une façon inédite jusqu’alors.

Alors en France ? On peut déjà constater que LREM, à son arrivée en force à l’Assemblée Nationale en 2017, a fait exploser la création de comptes Twitter dans l’hémicycle, jusque-là majoritairement équipé d’ardoises et de craies :

Sur cette lancée, et dans un désir sincère de jouer la transformation numérique des nouveaux élus de 2017, on aurait pu espérer un développement démocratique de l’outil, avec une forme de communication des plus hauts niveaux qui soit accessible et technologiquement organisée. L’aspect transformation-entreprise (start up nation) a pris le pas sur un mouvement qui aurait pu être fort en direction des forces de régulation du pouvoir : syndicats, services publics (SNCF), groupes d’opposition, associations, etc.. Ceci aurait également donné un ton « digital » pour aborder les sujets climat, planète, Europe, et tous les sujets qui aujourd’hui sont dans les conversations, par passion ou par simple besoin de participer.

Le coche a été raté, les réseaux politiques ne sont pas sociaux dans leurs effets, mais sont restés au niveau de la réactivité directe, peu réfléchie, en mode « punchline ».

Quelle serait une stratégie d’utilisation de ces outils pour des responsables de l’Etat ou de partis opposés qui n’ont pas accès de manière payante à la publicité ? La première réponse, une fois les égos mis de côté, est de savoir où se situer dans un écosystème média, celui des marques étant le même que celui des politiques :

On peut simplement jouer sur les interventions souvent nombreuses en télévision ou radio, soit pour les « chauffer » sur les réseaux sociaux avant l’interview, soit pour les suivre, comme un « service après-vente ». Il en va de même pour les événements, meetings et manifestations publiques. L’aspect « non payant » n’est en fait pas un frein car la circulation organique de l’information est proportionnelle à la notoriété de la personnalité qui s’exprime. Donc, en gros, travailler sur un planning est déjà une stratégie. Le lien notoriété/puissance est la clé de la visibilité sur ces média. Aujourd’hui, dans l’ordre, E. Macron, M. Le Pen, N. Sarkozy, F. Hollande, J.L. Mélenchon, A. Hidalgo. (5 anciens et un nouveau..) : https://www.politologue.com/classement/politiciens/, avec une méthode toujours d’actualité mais peu utilisée réellement :

Ce petit éclairage en provenance des stratégie de marques ne fonctionne qu’à partir du moment où le raisonnement et la volonté de communiquer d’un « top de la liste » de la politique reflète un souhait réel d’échange, de progression et de mise en œuvre. La Convention Citoyenne pour le Climat a montré que ce dialogue est rapidement écorné par le pouvoir politique, et ce, quelles que furent les promesses de départ.

Le progrès sur le numérique restera donc une recherche de participation à la démocratie, pour que l’expression « réseaux sociaux » soit une réalité humaine, et donc sociale.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/

2 commentaires sur « Digital et Politique : Asocial Network. »

  1. Sujet majeur ! mais l’immense majorité des électeurs n’ont pas de compte Twitter ou autres. Un petit Twitt ne mobilise que les journaleux assis sur leur siège, devant leur ordi et surtout smartphone en attendant le « Bing » qui va leur permettre d’alimenter leur bla bla du jour sur un grand ( ? ) media… Je ne sais pas quel est le handicap de Trump au golf, mais pendant 4 ans sa com ( locale ET internationale ) n’a reposé que sur ça. Les dirigeants de la vielle Europe ne sont pas – encore et heureusement – tombés dans ce système. Je pense que les « grands média audiovisuels », audiences dispersées ou pas, conservent la main. Quel com numérique peut remplacer un débat X contre Z ? Donc effectivement, la bonne question est : comment donner du sens et du contenu au « Bing » ?

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ce commentaire. Il semble que les quelques mois qui séparent les politiques de la campagne présidentielle vont leur servir, entre autres, à améliorer leur dextérité sur les réseaux. Certains sont déjà « trumpisés » pour reprendre l’image.

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