Communication d’Etat : Paranoïd Circus

Les messages nous parvenant de l’Etat sont généralement émis pour informer et sont reçus et compris avec des effets indésirables. En particulier quand il s’agit d’une décision occasionnant un changement perceptible à court terme pour l’individu. On peut toujours expliquer que l’audience française est râleuse, ou prompte à dégainer à la moindre contrariété, mais c’est beaucoup plus compliqué que cela. Par exemple, la mise en œuvre des mesures individuelles anti-pandémie très contraignantes pour la majorité de la population a été suivie. Avec les peines indirectes, des destins freinés et parfois brisés, des protestations et des solidarités, les mesures ont été écoutées et suivies. Les exceptions sont restées des exceptions, et on ne peut pas mettre en cause les poncifs habituels sur le caractère des français.

L’information simple sur ce sujet a aussi été l’occasion de psychoses plus ou moins collectives qui ont aggravé les conséquences indirectes de la période aujourd’hui traversée. D’autres sujets, traités de façon émotionnelle ou en réaction, ont également produit des effets dévastateurs, non seulement sur la santé d’individus mais sur l’équilibre global, l’économie, et la dynamique d’entreprise et de consommation. Contrairement aux idées scientifiquement partagées, les psychoses existent ailleurs que dans l’esprit des femmes et des hommes. Elles existent aussi dans les cerveaux théoriques que sont les entreprises, les groupes, les associations, et globalement les éléments constitutifs d’une nation.

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/confinement/la-psychose-francaise-sur-amazon-na-aucun-sens-denonce-cedric-o-secretaire-d-etat-au-numerique_4168369.html

La manière dont l’information est distribuée, relayée, déformée, contestée ou approuvée, est la cause principale de ces effets d’accélération négatifs. Car ce qui est perçu, en bout de piste, n’a parfois plus rien à voir avec l’information simple émise par l’Etat. (L’Etat français, mais aussi l’OMS, la Commission Européenne et toutes les instances stratégiques occidentales.) https://www.lesoleil.com/actualite/science/communication-en-temps-de-pandemie–les-rates-de-loms-39122af22fc832ab7a9c462e2029e848

Les stratégies de distribution de l’information sont à l’évidence très mal maîtrisées par les personnages représentant l’autorité de l’Etat ou les intermédiaires officiels sur la communication. Un flot d’informations parvient aux français sous forme de buzz, la plupart du temps inquiétantes, distillées quelques jours avant des annonces officielles qui viennent confirmer ou infirmer le buzz précédent. Ce qui a de l’impact n’est pas seulement « l’information en soi » mais surtout le temps laissé entre buzz et info dont les esprits s’emparent pour se noyer dans des questions sans réponses. Et dans ce temps, les médias fabriquent l’amplification psychotique. La psychose est une peur imaginaire, et l’imagination négative est toujours volontaire pour se réveiller entre un buzz et une info. Le buzz est le plus vieux et le plus mauvais média du monde : https://www.scienceshumaines.com/dossier-qu-est-ce-que-la-rumeur_fr_dossier_69.html

Les marques qui communiquent par la publicité, les événements ou les relations presse, exigent de leurs conseils deux choses : de l’efficacité (impact, créativité, ciblage, retour sur investissement) et de l’intégrité. Cette seconde exigence est la corrélation entre la culture de la marque, ses valeurs, et ce que les gens comprennent de la publicité diffusée : un lien sans tache entre ce qui est dit et ce qui est compris. Ensuite, les consommateurs font le choix d’adhérer ou non, mais dans la plupart des communications réussies, il n’y a pas de pollution intellectuelle ou psychologique entre la création publicitaire, le message, et la qualité de la réception par l’audience. Si c’est raté, les items négatifs ressemblent à : « c’est faux », « ils mentent », « il parait que… », « cher pour ce que c’est.. » etc… et c’est sur ce décalage que la barque commence à couler. Les labels, sans garantie absolue, sont quand même un progrès pour réduire l’écart entre promesse et réalité. Le monde politique pourrait s’en inspirer.

La psychose peut aussi être directement diffusée par l’émetteur, ou les émetteurs politiques. Le récent débat M. Le Pen – G. Darmanin (sur France 2 le 11 février 2021) est l’exemple type du comportement de réserve qui induit un effet de peur de l’affrontement et qui diffuse une impression d’accord entre les partis. La réception par l’audience est sans appel : G. Darmanin est d’accord avec le Rassemblement National, et les oppositions au gouvernement s’engouffrent dans ce cadeau de communication offert par un représentant de l’Etat. Pourtant, on aurait pu imaginer l’inverse, comme un « ramollissement » de M. Le Pen dans ses convictions. Mais le public, avant même le débat, décide qui est l’agresseur potentiel, rôle généralement attribué aux partis extrêmes de l’échiquier. Dans le cas de cet échange, c’est G. Darmanin qui prend le risque de ressembler à un copain du RN, parce qu’aucun débat n’a vraiment eu lieu. La paranoïa est paralysante, et ce débat était paralysé.

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/02/12/l-islamisme-au-c-ur-d-un-debat-cordial-entre-gerald-darmanin-et-marine-le-pen_6069660_823448.html

Il y a donc deux risques psychotiques possibles : l’information d’Etat qui génère des inquiétudes disproportionnées dans le public par l’amplification média et/ou par la maladresse des mots employés par la communication officielle : c’est la psychose potentielle de masse, l’angoisse des gens. Et le second effet : l’attribution de peurs irrationnelles à des représentants de l’autorité publique, confrontés à des situations d’urgence ou de conflit. C’est la paranoïa potentielle du pouvoir. Le cas extrême et spectaculaire récent est venu d’outre-Atlantique, mais le risque chez nous n’est pas à exclure : https://www.liberation.fr/debats/2020/10/07/etats-unis-le-style-paranoiaque-au-pouvoir_1801715/

Dans les deux cas l’effet est un affaiblissement des messages, un détournement de l’action publique dans son sens premier par une réception déformée ou une émission mal contrôlée ou mal préparée. Ce qui est effrayant, c’est la vitesse avec laquelle l’injonction de départ, ou la simple information, est oubliée pour laisser la place à des craintes irrationnelles dans le public, ou à des critiques de personnes, hors du propos de départ. Une sorte de distraction du réel au profit d’images angoissantes jusqu’au ridicule. Le bon sens reprend rarement le dessus, et, à l’inverse de l’univers numérique, les modérateurs n’existent pas et les médias participent de façon puissante à la diffusion de ces peurs.

La communication n’est pas qu’une affaire de mots. C’est un outil stratégique de contrôle des effets négatifs, et un levier de motivation fondamental pour conserver une cohérence et une efficacité. C’est vrai pour les marques qui font de la publicité, comme ça l’est pour l’Etat qui fait passer des messages. Les marques ont l’avantage d’évoluer dans un univers très réglementé et simple. L’Etat, lui, doit faire fonctionner sans manipulation, des médias et des relais d’opinion. Ces « publics relais » (journalistes, influenceurs, élus locaux, lobbyistes) doivent être informés avec une clarté qui laisse le moins de place possible aux mouvements d’opinion indésirables. C’est difficile, mais malheureusement traité aujourd’hui par l’Etat par un raccourci d’éléments de langage, répétés par chaque interlocuteur comme une leçon bien apprise, un « par cœur » sans cœur en quelque sorte, appât directement envoyé aux médias pour démontage en règle.

Une phrase-type sonne toujours creux. Les psychoses se créent très vite et disparaissent lentement. Il faut donc du solide, du réfléchi, et surtout des communications simples et directes.

Un débat est un combat. Une interview est un piège. Une déclaration est une cible.

En communication publique, la psychose s’évite avec une préparation paranoïaque. Et les marques ont du savoir-faire dans ce domaine.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/

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