Economie : Des Milliards et des Hommes

Pour le commun des mortels, l’Economie en France s’est résumée depuis 40 ans à une succession d’environnements de crises diverses vécues. Une lutte incessante pour les salariés entre les opportunités réelles et les freins de carrière, entre la fin du 20ème siècle le début du 21ème. L’accompagnement social, puissant en France, a permis d’amortir les punitions pour que l’impact individuel soit le plus faible possible. La conséquence indirecte, en terme de perception par le public, est que la réalité des crises économiques, comme celle des succès, semble vivre dans un monde parallèle, une autre dimension dont nous parviennent quelques poussières, individuellement. C’est naturellement beaucoup moins irréel pour un entrepreneur, et encore plus quotidien pour un dirigeant politique.

La question posée, par exemple, du remboursement de la « dette Covid », et relayée de mille façons par les médias quotidiennement, subit le même sort dans l’esprit public : c’est loin, c’est flou, et l’aspect culpabilisant d’une génération à l’autre prend le dessus sur une explication claire des scénarios possibles. Il en va de même pour les descriptions que nous avons eues, avant la pandémie, sur la mise en place de la retraite à points. La complexité incomprise se transforme toujours en soupçon d’économies sur le dos d’une catégorie, en augmentant les craintes d’appauvrissement et d’une manière générale, l’angoisse patente des citoyens.

Cette absence de stratégie de communication est mortifère pour l’économie elle-même puisque le principe général de la dynamique est basée sur la confiance en l’avenir. https://www.insee.fr/fr/statistiques/5015653 (Confiance des ménages en repli en 2021). En effet, on nous explique que la dette sera essentiellement remboursée par un redéploiement de l’économie du pays « post-Covid », et que la performance retrouvée et améliorée des entreprises est la planche de salut des années à venir pour retrouver l’équilibre. En soi, on ne peut pas contester l’intention politique de cette approche mais elle vient se cogner assez violemment contre l’activation d’inquiétudes distillées dans la population. Le rôle des responsables de l’Etat serait aujourd’hui d’apporter des raisons d’y croire et non de laisser les médias se régaler avec les scénarios de futurs malheurs fantasmés ou réalistes des générations à venir.

Et les chiffres n’aident pas, comme le montre cet extrait (Challenge , Janv 2021) : « Un déficit, en 2020, de 178 milliards d’euros, soit 85 milliards de plus qu’en 2019. Une dette qui s’élève à 2.400 milliards. Un plan de relance de 100 milliards… Les chiffres ne veulent plus rien dire. Ils déroutent l’esprit. » Alors, réfléchir à un simple calcul entre la dette et le plan de relance nous laisse penser qu’il faudrait 24 plans d’aide pour effacer la dette. A moins que les fameux 5 000 milliards d’épargne totale des français servent à éponger la dette en une fois, en demandant à chacun de rendre à l’Etat la moitié de ses économies. Ainsi, les vieux auront aidé les jeunes. Bref, tous les imaginaires simplistes sont sollicités, avec une banalisation du mot « milliard ». Cette dernière idée de partage aurait le mérite de rappeler que l’Etat n’a pas la propriété de ces sommes mais qu’il est mandaté pour en décider l’organisation. En bout de piste, c’est l’argent des citoyens, issu du travail, pour la majorité d’entre nous.

Alors pourquoi la communication des politiques sur les aspects économiques est-elle aussi désastreuse et contre-productive ? Le principe d’une relance par la dynamique et l’innovation, couplée avec les transformations écologiques indispensables de notre époque, est un bon axe de communication. Il rend positif le futur, et pourrait très bien être une stratégie permanente de dialogue avec les citoyens, les syndicats, et le monde du travail en général. Au lieu de cela, il y a une forme de stigmatisation politique des « coûts bruts », retraites, chômage, aides etc.. ce qui revient à stigmatiser des groupes de gens, comme une forme de discrimination par la paresse, alors que beaucoup d’initiatives et de développements associatifs proviennent de ces groupes, dans le lien social général du pays. Sans parler du respect des anciens, valeur de civilisation, s’il en est. C’est en fait un non sujet, et une usine à conflits de générations. L’attraction des médias pour le drame est caractéristique d’une société démocratique et il n’est pas question d’invalider le droit à la parole ou la liberté d’expression. Mais les politiques, si présents dans les médias, devraient utiliser le sujet de l’économie comme une réelle occasion d’inverser la tendance, car leur mandat n’est pas celui des plaignants mais celui des sauveurs. Cela semble excessif comme image, mais pas tant que cela. Apporter des solutions durables est un travail honorable, et communiquer sur des perspectives sans fausses promesses n’est pas une stratégie insurmontable. La simplicité, une fois encore, en communication, est la clé d’une reprise de confiance des français en leurs propres chances de construire l’avenir. C’est d’ailleurs vrai dans n’importe quel pays.

Les marques sont expertes de la simplicité du message, et même si les politiques ne peuvent utiliser les mêmes espaces, ces techniques peuvent définir une stratégie, pour que l’emploi des mots mène à une compréhension aussi simple et convaincante. Exemples : (Lego, The Guardian, Tabasco, Tzomet Sfarim- Edition)

Le langage est ici quasi-proscrit pour un bénéfice immédiatement compréhensible. Il ne s’agit pas de « calquer » un discours politique sur l’économie avec un visuel et quelques mots, mais de faire appel au talent de synthèse pour interrompre l’interminable litanie négative qui rythme les journées de l’audience des médias. L’Etat, et en l’occurrence Bruno Lemaire, pourrait se convaincre lui-même d’utiliser ces techniques avec pour objectif de redonner de l’énergie aux entrepreneurs, aux employeurs, aux fabricants, aux distributeurs, aux chercheurs, aux fonctionnaires, aux responsables d’associations, et finalement à tous ceux qui peuvent faire repartir la machine.

Les vieux comme les jeunes, les actifs ou les autres, les subventionnés comme les producteurs de richesses, font partie de cette dynamique car elle n’est pas uniquement financière. Elle tient, au moins pour moitié, de la cohésion sociale.

https://www.etuc.org/fr/theme/la-cohesion-economique-et-sociale

Et les milliards ne peuvent rester éternellement incompréhensibles.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles de janvier et février 2021 sur : https://adcasecom.agency/

4 commentaires sur « Economie : Des Milliards et des Hommes »

  1. Combien de français savent ( merci aux législateurs et teuses …) que leurs dépôts bancaires, tous comptes confondus ( hors Livret dit A et LDD ) ne sont garantis par leur(s) banque(s) qu’à hauteur de 100K€, et leurs innombrables contrats d’Assurance Vie ne le sont qu’à hauteur de 70K€ ( par organisme et non par contrat….ça change tout ! ) ? Alors, Hop : un petit claquement de doigts, et tchao la dette ! dans l’ancien jargon média, les CSP +++ du premier quintile s’en tapent, ils ont déjà mis leurs économies ailleurs, les « C » et « D » ( 4ème et 5ème quintile ) s’en tapent aussi ils ont du mal à remplir le frigo, Donc, et pour positiver, les CSP + et les + ou – ( je parle du dernier quartile du premier quintile ) et les « B » pourront expliquer à leurs héritiers qu’ils auront beaucoup moins de taxes, impôts et prélèvements divers à acquitter avant d’entrer en possession de quelques pièces jaunes longuement épargnées en leur faveur. On dirait du Lagarde ou du Macron dans le texte, non ? Normalement, banques et Cie d’assurances doivent rappeler ce scénario tous les ans à leurs clients. Au mieux, c’est planqué en mini caractères avec un relevé de compte chaque mois de janvier…..

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    1. Merci pour ce commentaire très juste. Il suffirait d’un courrier chaque année en effet. L’idée de l’article était aussi de rappeler que les milliards magiques sont garantis par la somme de nos économies. Achetons de la pierre !!!

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