GAFAM : L’Etat Numérique

Ce sujet est l’un des plus absurde qui soit : La France, dont la stratégie de transformation globale passe par de sensibles progrès dans le domaine numérique, se retrouve au cœur d’une bataille franco-européenne en désignant les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft ) comme des cibles. La question des impôts à payer localement ou de l’hégémonie globale peut être posée, sans pour autant donner l’impression à tous qu’il faut combattre ces marques comme des ennemis qui se seraient infiltrés partout dans nos vies.

Ce qui fait peur tient dans le graphique ci-dessous, mettant en exergue leur poids (valeur boursière) face aux PIB des pays : ils sont à la 3ème place après les Etats-Unis et la Chine, et 2 à 3 fois plus gros que la France, si on agglomère leurs valeurs. On pourrait aussi ajouter les NATU (Netflix, Airbnb, Tesla, Uber) et le tableau serait encore plus effrayant.

La bonne nouvelle est qu’ils ne sont pas agglomérés ou fusionnés et que leur poids reste important, mais à la mesure de chacune des marques. La moins bonne est que leur puissance par marque, même en milieu de tableau, reste stratégiquement suffisante pour être l’occasion de discussions à forces inégales avec beaucoup d’Etats dans le monde. Mais quels que soient les fantasmes ou les réalités, la peur reste la plus mauvaise conseillère. Les communications et les projets politiques dépassent le cadre de la France et c’est l’Europe qui réfléchit.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/11/27/la-vindicte-anti-gafam-a-ouvert-la-porte-a-des-choix-politiques-hasardeux_6061315_3232.html

La première piste est celle de la régulation : créer des agences de surveillance pour limiter, éviter et contrôler, au quotidien, les activités. Avant, on constatait les dégâts a posteriori et cela conduisait à des sanctions ou amendes spectaculaires. Aujourd’hui, on s’oriente vers le contrôle, pour tenter de gérer la haine en ligne, les excès et la « pré-criminalité ». Le problème est qu’en créant ces agences, on légitime de manière induite le modèle économique et le gigantisme. La Commission Européenne pourrait bien se retrouver piégée. L’autre piste est de favoriser les développements alternatifs pour recréer un univers concurrentiel et innovant en provenance de l’Europe. L’intention est louable et équilibrante, mais le chemin à parcourir est tel que la puissance, quasi monopolistique, des GAFAM ne sera pas remise en cause avant longtemps. Créer une marque, ou plusieurs, pour challenger les « pères fondateurs 2ème génération » du numérique, est un sujet de thèse, mais la réalité pèse lourd. Et les marques challengers crédibles viennent de Chine pour l’instant.

Au fond, la vindicte politique n’est pas une défiance populaire. Le public, en France, utilise les services sans se poser de questions, exception faite de saines protestations liées au développement durable et au risque hégémonique face à l’économie locale. https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/une-loi-pour-reduire-lempreinte-environnementale-du-numerique-88513/ . Amazon est la marque qui a stigmatisé le plus ce risque pendant les confinements, face aux commerçants privés de clientèle. Mais ce phénomène reste conjoncturel et assez limité. La différence entre Amazon et les autres tient dans l’aspect physique indispensable de son activité : les centres de tri et de livraison. Ces derniers suscitent l’émotion par la taille des projets immobiliers qu’ils impliquent, et donc les unes des quotidiens régionaux assorties de nombreuses protestations des riverains. Toutefois, l’activité d’Amazon bat des records. https://www.capital.fr/entreprises-marches/ces-incroyables-profits-damazon-pendant-la-pandemie-1376861

Il s’agit donc d’une question de communication de l’Europe et des Etats membres, destinée à rassurer le quidam sur la surveillance fiscale et la police numérique. On a vu, aux Etats-Unis, la disparition de D. Trump des réseaux sociaux par leur décision unilatérale avec application immédiate. La « modération » est un arbitrage qui existe depuis longtemps et qui s’applique aussi chez nous, pour n’importe qui. Si vous souhaitez insulter ou harceler par le biais des réseaux sociaux, le seul moyen de rester abonné est de truffer les messages d’espaces inutiles dans les mots ou de tirets du 6. Les algorithmes s’y perdent et l’identification du délit n’est pas effectuée. Il s’agit donc bien d’un « univers numérique », à 99,9% technologique et non de maîtres du monde cachés derrière leurs écrans qui jugent toute la journée les utilisateurs. C’est pourtant l’image qui ressort des débats, lorsqu’ils sont résumés par les médias auprès du public. Ajoutée à la puissance financière extraordinaire, nous avons le profil type de la puissance obscure, qui ne demande qu’à être malveillante, en terme de perception.

L’axe principal de la communication de cette peur est le traitement des données personnelles. Pour des motifs publicitaires essentiellement, mais aussi de renseignement des Etats sur les personnes. La connivence entre les services de renseignement de l’Etat (DGSE/DGSI Direction générale des Services Extérieur/Intérieur) et les géants du numérique est une pièce maîtresse de l’activité anti-terroriste et de contre-espionnage en France et ailleurs. En effet, les algorithmes de modération sont également de bons détecteurs d’activités ou de messages, avec l’avantage de l’immédiateté et de la surveillance mondiale sans frontière ou presque. Le métier d’espion a changé, ce n’est plus le secret qui garantit en primeur l’efficacité, mais la capacité de sélection, de détection et d’infiltration dans un monde numérique. Les outils sont des « cracks », les opérateurs des « crackers » ou « black hats » ou des cryptanalystes spécialisés dans la lecture des codes cryptographiques. La population du monde de la nuit numérique qui trichait sur les sites de paris en ligne, rejoint ainsi celui de la défense nationale et de la sécurité du territoire, comme quoi tous les chemins peuvent mener à Rome.

On voit bien que la communication des Etats sur les GAFAM et NATU restera limitée par l’utilisation qu’ils en font, et la nécessité absolue qu’ils ont de collaborer avec les technologies de pointe, d’identification et de suivi des individus. Une sorte de donnant-donnant, échangeant les armes de la guerre de l’ombre avec une facture fiscale un peu impressionnante, pour montrer au bon peuple qu’on veille sur ses intérêts. C’est peu payer pour les géants du numérique, et suffisamment pour en faire une bonne manchette sur les chaînes d’information en continu. Il n’y a ni complicité, ni malveillance, mais juste une recherche d’équilibre politique d’un côté, et la garantie d’un harcèlement économique limité de l’autre.

https://www.vie-publique.fr/questions-reponses/277850-six-questions-sur-les-algorithmes

Ne pas juger, mais être cohérents : En communication, L’Europe n’y est pas encore, empêtrée dans une « bien pensance » convenue, et les Etats toujours prêts à se victimiser pour plaire aux électeurs. C’est une sorte de « je t’aime, moi non plus » fait de détestation de la réussite à l’américaine mêlée de quotidiens des citoyens qui ne peuvent se passer des services de ces marques. Et souvent plus par plaisir, par paresse, ou par praticité, que par une situation de piège commercial infernal. Les questions sociales et écologiques se posent, et la protestation épisodique face à ces marques par des citoyens est légitime, mais on pourrait en dire de même de Total ou de Vinci.

La question pour l’Etat est de faire comprendre qu’on doit s’allier au progrès pour y être associé, et non le prendre à revers alors que son développement est déjà admis et culturellement intégré à notre civilisation. Une communication en ce sens serait une aide stratégique.

Sinon, c’est une bataille d’arrière-garde, perdue d’avance, où l’expression « vieille Europe » s’ornerait de quelques rides supplémentaires.

.*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles de janvier et février 2021 sur : https://adcasecom.agency/

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