Communication et Justice : Némésis

8 mars, journée internationale de la femme… et si c'était la journée de la  femme médecin ! - AFFM
8 mars Journée de la Femme.

Article écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

La Justice communique peu. Parfois pas du tout. Les détails des dossiers, les résultats des enquêtes, et la procédure judiciaire dans son ensemble, sont autant d’éléments interdits de publication. D’une certaine manière, c’est une deuxième « grande muette » de la République, pour des raisons évidentes d’efficacité et de simple respect des droits des femmes et des hommes. On peut toujours trouver quelques entorses à ces règles du jeu judiciaire dans son histoire mais globalement les enquêteurs, et les juges, ainsi que la hiérarchie des tribunaux, respectent une discrétion professionnelle pour le bénéfice du citoyen, plaignant ou accusé. Jusque-là tout va bien. https://www.juritravail.com/obligation-discretion-secret-professionnel-confidentialite

Pourtant, par le simple fait d’anciens rois sur le banc des accusés (N. Sarkozy, E. Balladur, F. Fillon, Les Balkany, entre autres), la justice n’a jamais fait autant de bruit. La médiatisation est le royaume des avocats mais également des accusés, la présomption d’innocence valant invitation à se défendre publiquement. Ce n’est pas critiquable en soi car nous vivons dans un monde ou le « live » a une part de voix importante, porté par les médias du direct et de la parole forte. A condition d’être une star. Et une star de la politique a un impact plus puissant encore sur les audiences qu’une personnalité du showbiz. https://www.bfmtv.com/people/tv/interview-de-nicolas-sarkozy-tf1-bat-un-record-d-audience_AN-201803230029.html

Notre culture évolue. Le mot audience lui-même s’applique à un univers de discrétion judiciaire et à celui d’une déclamation publique, dans la même journée, pour le même sujet. C’est un retour « à la romaine » d’une recherche de jugement populaire, et si cette évolution se poursuit, les gladiateurs ne vont pas tarder à entrer en scène.

La question qu’on peut toutefois se poser est celle de la communication que l’Institution Judiciaire pourrait faire, de manière contrôlée et stratégique. Jusqu’à présent, les échos entendus de ce côté-là de la Justice ne sont principalement que les communiqués demandant le respect des institutions dans les déclarations publiques, et les déclarations d’Eric Dupont-Moretti (Garde des Sceaux) à l’Assemblée ou sur quelques plateaux TV pour rappeler la loi ou en défendre de nouvelles. C’est très professionnel, respectable, conforme à la traditionnelle attitude de ce ministère. Mais cela ne suffit pas.

Les actes et les peines : Loin des célébrités en présomption d’innocence et invités aux JT, la population s’intéresse à la Justice sous un angle différent, bien plus proche d’elle. Et les attentes sont vaines, la plupart du temps. Il y a une forme médiatisée et souvent dramatique des délits du quotidien, meurtres, viols, trafics, jusqu’aux incivilités croissantes. On parle aussi des « zones de non droit » d’où la police serait exclue, des déserts oubliés de certaines cités et d’une forme de crainte des forces de l’ordre face à ces multiples gangs. Métropole de Lyon. Policiers pris dans un guet-apens à Bron : que s’est-il passé ? (leprogres.fr). Mais parfois, quand les arrestations ont lieu, et les personnages déférés, on n’entend plus parler de rien. Le temps du silence devient le temps du doute dans l’esprit du public. Et la nature ayant horreur du vide, l’opinion fantasme sur les lenteurs, les libérations anticipées, les passe-droits, et tout ce qui rend les actions de police inefficaces ou vaines, elles aussi. Associé à la déprime policière rampante, le « bruit court » que la Justice ne fait rien.

Eric Dupont Moretti

La Justice ne fait pas « rien ». Mais elle a le tort de ne pas communiquer. Les peines sont faites pour punir, écarter un danger de la société, et éventuellement réussir une rédemption. Mais elles devraient être faites aussi pour être exposées, sans nommer les personnes, en pratiquant une communication forte de la « preuve de Justice » pour transformer l’image d’une administration débordée en outil puissant de défense de la démocratie et de la société en général. Dire les peines, donner les statistiques, fabriquer un média du résultat, et sans hésiter, construire une saine crainte de ce qui est encouru. Les marques ont depuis longtemps adopté dans leur publicité le langage de la preuve, ou de l’engagement « chiffré », parfois avec talent, parfois pour se justifier, mais cette stratégie de communication fonctionne. Elle permet de rassurer un public lorsqu’elle est bien faite, et elle représente surtout un engagement futur de performance, qualité, ou durabilité :

Les événements créent des expressions récurrentes. La Covid 19 en a créé une qui existait mais qui est devenu un mantra : l’analyse du « Bénéfice-Risque ». Si on se place du point de vue d’un délinquant aujourd’hui (on peut toujours essayer), sa perception du monde judiciaire doit conduire l’analyse bénéfice-risque à une évaluation mineure du risque et majeure du bénéfice, qui conditionne l’action. C’est le principe de la délinquance, quand elle n’est pas passionnelle ou maladive. C’est d’ailleurs un principe marketing de base. Et quand l’analyse donne ce résultat, la délinquance augmente. Et elle augmente quand le risque est sous-évalué. (chiffres de la délinquance : https://www.interieur.gouv.fr/Interstats/Actualites/Interstats-Conjoncture-N-60-Septembre-2020). La communication doit pouvoir apporter des preuves tangibles d’une Justice équilibrée mais appliquée, en appui des forces de l’ordre dans le cadre de la loi, avec une mise en scène suffisante pour faire apparaître le risque plus important que le bénéfice pour sa cible : les criminels, petits ou grands. Il faut contrebalancer les images toujours plus nombreuses des victimes et des actions de police par une prise de parole ou des vidéos du risque pris. Et cette communication, c’est celle qui parle des peines effectives. L’apport d’image pour l’Institution Judiciaire, et donc la fameuse « confiance en la justice », pourrait être nourrie par la communication des peines courantes appliquées aux délinquances issues du quotidien des français. En répondant aux attentes, et dans la mesure du possible en montrant des délais raccourcis entre délit et peine effective, les images seraient une sorte de force de sécurité supplémentaire. D’autant que les chiffres existent :

Le sujet ici n’est pas de présenter un monde punitif, à la manière des dictatures, ou de se mêler d’un débat sur la dureté des peines. Il s’agit de communiquer pour aider au monde sécurisé et surtout civilisé. Une Justice qui se voit, et qui montre ce qu’elle fait. L’institution judiciaire ne peut pas parler des procès (les prévenus le font quand ils sont connus), mais elle peut parler des peines. Une stratégie de communication des risques encourus, c’est une stratégie de preuve.

Pour la Justice, devenir la Némésis de la délinquance passe par la communication des peines.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles de janvier et février 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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