Politique et Banlieues : Sous la Covid, les Pavés.

Article écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

Comme son étymologie l’indique (leuca : une lieue en latin), la banlieue est un endroit éloigné d’une lieue de celui où les habitants vivent sous une même autorité. Donc, si on en revient au principal, la banlieue est un endroit hors de l’autorité centrale. C’était vrai du temps des gaulois, et sans tirer trop fort sur cette ficelle du temps et des mots, on peut dire que certaines banlieues correspondent bien à cette description d’origine. En tous cas, c’est l’image qu’on veut bien en donner. Et comme toujours, la vérité est un mi-chemin d’effets médiatiques ou de communication et d’une vérité violente réelle et localisée.

L’ objet de cet article n’est pas de procéder à une enquête de police pour rechercher ce qui est vrai ou non, mais plutôt de comprendre comment le sujet de la banlieue a été utilisé, tordu, ou simplement décrit, et pour quels objectifs, par les médias et les politiques. Aujourd’hui, dans une phase pandémique d’épuisement populaire et de lente solution vaccinale, il faut chercher ce qui couve et ce qui brûle dans les banlieues.

Années 2000 et banlieues : la mine d’or du Front national. La peur et le sentiment d’avoir été abandonnés, l’humiliation de devenir une minorité « de souche », ont créé ce qu’on appelait à l’époque les « petits blancs », retraités, ouvriers ou employés, qui ont vu leurs quartiers de banlieue s’agrandir avec des populations immigrées, elles-mêmes défavorisées. Le cocktail détonnant des insultes anti français, des kebabs et des habitants d’origine des quartiers garantissait un vote protestataire au Front National, à la suite des émeutes de novembre 2005. Hier, 19 heures, les violences reprennent – Le Parisien . On pourrait remonter plus loin, mais les 21 dernières années ont largement démontré que la question de l’intégration banlieusarde, transformée en « gestion des quartiers », n’a pas progressé mais s’est simplement transformée au fil du temps et des progrès technologiques. Et dans la stratégie de récupération de l’énergie électorale de la peur et de l’insécurité, le Front ou Rassemblement National a fait le plein.

En 2021, la crise de la Covid 19 a masqué les problèmes sociaux dans les médias. On a vu, entre 2017 et 2019, avant crise, ce qu’il en était avec les gilets jaunes et les manifestations, grèves et multiples samedi noirs pour les commerces parisiens et des grandes agglomérations. Il serait irresponsable de penser que la sortie de la crise sanitaire apporte un calme social porté par l’enthousiasme d’une vie retrouvée. Les banlieues n’auront pas disparu, la pauvreté et le désœuvrement non plus, avec des syndromes post pandémiques puissants et difficiles à contrôler. Voici deux articles qui montrent l’absence de progrès en 20 ans, le premier date de 2002 (Le Parisien) et le second de cette année (Figaro). On pourrait inverser les manchettes, l’information est la même. En 20 ans, aucun changement :

La guerre des bandes empoisonne la banlieue – Le Parisien

Guerre des bandes: l’État face au spectre de l’impuissance (lefigaro.fr)

Les gouvernements successifs ont géré la situation dans une stabilité désespérante d’échecs et d’abandons après avoir largement abreuvé les citoyens de promesses électorales. On peut toujours taper sur les dirigeants et les politiques d’immigration ou d’aménagement du territoire, mais le seul Graal de ce sujet porte un nom : L’Emploi.

L’exemple des Usines Renault de Boulogne (92) au siècle dernier est criant. La commune voisine, Issy-les-Moulineaux, avait une proportion d’immigrés parmi les plus élevées de France, et un taux de criminalité parmi les plus faibles. Cette commune, voisine du constructeur automobile, vivait au rythme des Usines Renault, avec un plein emploi, composé essentiellement d’ouvriers et employés issus de l’immigration. Le monde parfait n’existe pas, mais la dynamique économique locale reste une force puissante d’apaisement et de retour de perspectives. La piste du retour au local n’est pas qu’une mode « anti-covid » pour acheter des poireaux et des tomates aux agriculteurs locaux, mais un levier de paix sociale quand la « vraie économie » s’en mêle.

La difficulté politique est de ne pas transformer l’argument en protectionnisme, ce qui ferait le lit des extrêmes de droite ou de gauche, et d’entrer dans un vrai projet structurant, et « occupant ». Le plan de J.L. Borloo, abandonné avant même d’être exposé en début de quinquennat, a été l’un des ultimes projets non retenus, non faits, bien que promis :

Banlieues : ce que contient le plan de Jean-Louis Borloo – Le Parisien

La communication actuelle du président est particulièrement parlante sur l’absence de projet, et ne va pas aider à renouer avec une confiance quelconque sur l’avenir post-Covid :

Emmanuel Macron en pleine psychose : « Sa crainte, c’est que ça pète de partout » (msn.com)

On ne peut tout changer en quelques mois, mais l’apparition des « black blocs », l’organisation accélérée de la violence potentielle par l’utilisation des réseaux sociaux, les interminables discours sur la sécurité, la police, et les simples tentatives de barrage aux symptômes, ne feront jamais disparaître cette autre maladie. La communication et la politique doivent pouvoir s’appuyer sur des projets, et non des rejets. C’est ce que font les marques ou les groupes privés, mais surtout les associations, pour entrer dans des perspectives à long terme. L’époque est incroyablement optimiste, contrairement à ce que les médias diffusent, et la « recharge en projets » des populations de banlieue pourrait être une voie progressive d’amélioration. Nombre de petites initiatives, accompagnées ou non par l’Etat, peuvent aider, et les communications ne manquent pas sur le sujet :

L’approche proposée peut sembler faible par rapport aux violences sociales et à la masse des projets qu’il faudrait empiler pour parvenir à un résultat. Mais le maillage social passe par de la dentelle, que ce soit en banlieue, ou dans d’autres types de territoires. Les communications pessimistes et lancinantes des gouvernants et des partis d’opposition, qui prennent les banlieues pour des sources de problèmes au lieu de tenter l’appel à l’activité, constituent une faute de communication qui œuvre à la dégradation progressive des dynamiques et des possibles. C’est un enjeu pour l’économie, mais aussi pour la démocratie qui ne vit bien que dans l’équilibre.

A une lieue de l’autorité, il existe des envies différentes, des endroits où les pavés ne sont pas une fatalité.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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