Pandémocratie : La Vie Politique d’Après.

Article écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

L’accès au pouvoir, dans la démocratie française, est une suite de marches montées pour y accéder, suivies très vite de couloirs qui se réduisent pour le mettre en œuvre. Pourtant, la Constitution de la Ve République confère au Président un pouvoir immense en comparaison d’autres pays aux structures politiques et sociales comparables.

La France est une terre de paradoxes : on donne un pouvoir pour mieux le contester, dans un contrat faustien interminable. Et cela n’a rien à voir avec la Constitution, pourtant favorable au dirigeant. C’est une forme historique de surveillance du pouvoir par la population, sans qu’aucune règle n’ait prévu de l’encadrer. La rue est le terrain privilégié de ces rappels, ainsi que les grèves, les médias et les débats. Les origines des révoltes et le profil des révoltés sont divers, pas toujours de gauche, pas toujours un pavé dans la main, mais toujours réactifs. Ils se rendent aussi visibles dans le monde entier, avec les conséquences que l’on sait sur l’image de la France dont certains diront qu’elle est abîmée, alors qu’elle n’est que confirmée, dans la plus pure tradition d’une Bastille dont on pourrait douter qu’elle ait jamais été détruite.

Aujourd’hui, le terrain de crise a généré un état d’urgence concrétisé par un conseil de défense qui aurait été plus justement nommé « conseil de sécurité sanitaire ». En temps de guerre on y conviait les ingénieurs militaires, les généraux et ministres en charge pour permettre de décider. Ils ont été remplacés par les épidémiologistes, sociologues et patrons de secteurs de la santé, ainsi que les ministres en charge pour aider à la décision. Mais au fond, cela a redonné au Président des pouvoirs discrétionnaires, sans contestation possible ni freins, l’Assemblée Nationale devenant le témoin sans arme ni voix des directives unipersonnelles d’E. Macron. On a beau savoir, et accepter sans enthousiasme, que cette structure exceptionnelle existe pour lutter contre la pandémie dans l’urgence, on se demande quand même si certaines habitudes prises ne vont pas perdurer, une fois le retour à une vie plus normale conquis. Par exemple ne jamais reconnaître l’échec, en s’inspirant de D. Trump, champion toutes catégories de la discipline : Reconfinement: «Macron a fait passer ses échecs pour une fatalité» (lefigaro.fr)

Revenir aux basiques, et en particulier sur le thème des libertés fondamentales, pourrait être un début :

*

Cette question n’est pas illégitime quand on souhaite défendre la démocratie dans ce qu’elle a de plus universel, car la mise en cause de la décision reste fondamentale. Elle l’est d’autant plus que les communications faites par le gouvernement sur cette « façon de décider » ne sont pas rassurantes. La perspective d’un deuxième mandat, post-pandémique, avec l’impossibilité d’en briguer un troisième, est un risque majeur de libération de cette tendance autocratique.

Sécurité, coronavirus… Emmanuel Macron décide tout seul, quitte à perturber ses équipes (orange.fr)

Les habitudes présidentielles prises lors de cette crise occasionnant une liste de décisions, bonnes et mauvaises avec les difficultés d’évaluation qu’on connaît, ont déteint sur la communication des ministres qui se résume à ceci : déni permanent des échecs et encensement disproportionné du Président. En communication, je pense que nous n’avons rien à envier aux régimes autoritaires, et fort heureusement ce n’est « que » de la communication. Mais quand le ridicule masque les vraies « bonnes décisions », c’est ce qu’on appelle dans les entreprises : « être contre productif ».

Jean-Michel Blanquer fayot ? Emmanuel Macron n’a pas aimé une « flagornerie » (msn.com)

La présidence macron ou l’inquiétant déni démocratique (diacritik.com)

La vie politique ne sortira pas indemne de cette période et il y aura fort à faire pour rétablir les équilibres démocratiques, et la saine balance des contre pouvoirs. On accepte beaucoup de choses en période de tension vitale, mais l’obéissance actuelle des français est une illusion, un piège pour les dirigeants et les candidats aux présidentielles, qu’ils soient sortants ou entrants. Le quinquennat actuel ne pourra s’abriter derrière la crise pour expliquer les échecs, ni les oppositions derrière cette même crise pour en relever les erreurs de choix. Ce serait une sorte de « réduction démocratique » à but électoral. Les français se soulèvent toujours quand on tente de les séparer. Les communautés n’existent pas vraiment dans la durée mais elles se créent en un clin d’œil face aux excès des pouvoirs (cf gilets jaunes). Aujourd’hui, ces excès et erreurs trouvent un avocat de la défense dans les risques pandémiques, que tout le monde veut bien comprendre comme étant une immense difficulté à gérer, comme une forme d’unité nationale qui dirait « on fera les comptes après ».

N’importe quel chef de grande entreprise rêverait, ne serait-ce qu’une petite dizaine de jours, de diriger son navire sans avoir de comptes à rendre, à ses actionnaires, à son comité de direction et à son conseil d’administration. Une sorte de blanc seing ponctuel pour respirer un peu. Mais voilà, contrairement aux idées reçues, le contre pouvoir est plus fort dans les entreprises, parce que les règles sont claires, immuables et qu’une mauvaise décision est sanctionnée, comme une bonne est récompensée. C’est simple, voire brutal, mais au moins on ne peut pas se cacher, et les fayots sont vite repérés.

La communication et l’état d’esprit des gouvernants devraient changer, pour revenir à l’équilibre qui fait notre culture. Car 2022 ne pourra pas être une année de « pandémocratie » supplémentaire.

Qui s’y risquerait, perdrait.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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