Paroles Syndicales : Modérateurs de République

50e article écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

La communication et l’action syndicale ont toujours été étroitement liées. La fonction de « modérateur », telle qu’elle s’entend aujourd’hui est apparue pour réguler les éditions web et permettre une forme d’acceptabilité des contenus. Hors du cadre juridique, mais basée sur des jugements arbitraires des éditeurs, cette fonction quasi associative permet aux sites d’éviter le pire même si le meilleur n’est pas toujours au rendez-vous. Dans le domaine politique, il n’existe malheureusement pas de rôle de modération des discours dans les médias, voire même un encouragement de ces derniers à forcer le trait des personnalités pour générer des polémiques. Qui dit polémique, dit audience, en particulier sur une formule malheureuse employée par un responsable, les membres du gouvernement en première ligne sur ce sujet.

Mais il existe une autre forme de modération, beaucoup plus profonde et inscrite dans nos mécanismes républicains depuis 1884 par la loi de Waldeck-Rousseau, qui a autorisé la création de Syndicats. Et ce sont les plus actifs modérateurs de la République, aujourd’hui encore. L’image des syndicats a beaucoup évolué au fil du temps mais leur rôle et leurs objectifs sont toujours restés bien identifiés : la défense des droits des salariés, au-delà du juridique, par une recherche de protection, de valorisation et de conseil de l’ensemble des travailleurs, du bas de l’échelle aux étages des cadres.

Représentativité des organisations syndicales tous secteurs confondus – CFDT UFETAM (cfdt-ufetam.org)

Chaque « catégorie » a son syndicat représentatif, avec la liberté laissée à chacun d’y adhérer ou non. Cette représentation a participé à la construction des conventions collectives par secteur, et donné une substance utilisable supplémentaire au droit du travail. Mais le rôle des syndicats, et en particulier leur image, a de loin dépassé ce simple travail de base, même s’il s’est avéré précieux dans le dialogue social des entreprises. Ils représentent aujourd’hui environ 11% des salariés avec la répartition suivante :

Les salariés de la société IBM viennent de lancer la « télé-grève » en opposition au télétravail, avec réunions syndicales, assemblées générales, paroles et échanges, votes etc.. Ceci s’accompagne d’une coupure du réseau professionnel pendant les heures de travail, l’idée étant de faire passer le message à la direction de la même manière qu’avec banderoles, grève, et manifestations physiques. La technologie au service du travail est aussi au service des revendications, et les principes sont identiques à « la vie d’avant ».

Les salariés d’IBM France se mettent en « télégrève » : « Nous débattrons exactement comme si nous étions dehors » (francetvinfo.fr)

La « modération » par les syndicats est un rôle plus vaste, dépassant même les 11% de salariés représentés, car les échanges de leurs représentants avec les gouvernants sont de réelles passes d’armes sur les thèmes des droits sociaux acquis par l’histoire. La tentative de réforme des retraites par le gouvernement actuel a été, avant l’arrivée du virus Covid 19, un réel coup de projecteur sur cette fonction syndicale de modération, bien plus impactant que toutes les manifestations traditionnelles du 1er mai ou autres mobilisations. En effet, on a pu se rendre compte, au travers des retours d’échanges, de l’équilibre qu’il est indispensable de maintenir dans une gouvernance réformiste. Notre modèle politique est très centralisé et pourrait s’avérer dangereux pour ce qu’on appelle communément les « acquis sociaux », qui, sans les interventions syndicales, n’auraient d’acquis que le nom.

Réformes des retraites : le gouvernement a-t-il vraiment fait des concessions aux syndicats, comme l’assure Edouard Philippe ? (francetvinfo.fr)

Nous savons tous que Philippe Martinez avec la CGT est en baisse (21,8% des votes) et que la CFDT de Laurent Berger reste en tête, les deux syndicats devant tous les autres FO, CFE-CGC, CFTC, UNSA etc… Ces deux figures emblématiques, l’un de la lutte sans concession et l’autre de la même lutte mais dans un dialogue plus diplomatique (pour résumer) ont été, sur la réforme des retraites comme sur bien d’autres sujets (Assurance Chômage, réforme SNCF entre autres), dans leur rôle.

Leur communication est simple, claire, tournée vers leurs adhérents, mais toujours en phase avec des sujets dépassant largement le cadre de leurs électeurs, et surtout la lumière des médias, après chaque rendez-vous important. Les marques ont souvent utilisé ces images de protestation pour parler d’autres combats. La force de ces représentations de type « commercial » vient de la culture française qui admet la protestation comme un élément de la société, dans l’inconscient collectif :

On peut ne pas être syndiqué, penser que c’est un vieux système de gauche, ou bien être persuadé que ces forces sont des freins au progrès. Cet article n’est d’ailleurs pas un argumentaire d’adhésion. Mais il faut rester conscient en France, de l’apport organisationnel des syndicats dans les schémas de bataille sociale, y compris ceux de la protestation physique. Les Gilets Jaunes, quels que fut leur sincérité, voire leur juste combat, ont été les otages de la désorganisation, portant la violence au premier plan de leurs revendications, bien malgré eux. D’autres français en ont été victimes. La force syndicale est aussi un modérateur de révoltes, indispensable à nos équilibres républicains, et l’Etat serait bien avisé de leur redonner un rôle puissant, plus institutionnel, dans le respect des règles sociales et de la loi tout simplement. Cela ramènerait plus de calme dans les rues, même en cas de foule massive.

Les acquis sociaux, des conquêtes menacées (lemonde.fr)

La République a besoin de modération en France. Elle peut venir des oppositions, ou des lanceurs d’alerte, mais dans ce qui constitue le quotidien du « peuple », tous les syndicats sont des remparts indispensables aux excès de la centralisation des pouvoirs.

Ils sont l’un des acteurs de l’équilibre républicain.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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