Europe – Russie : Dialogues et Sourds.

Article écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

Les relations entre la France, l’Europe, et la Russie sont anciennes. On peut donc toujours s’appuyer sur l’histoire pour éviter des catastrophes. Toutefois, il est clair que l’évolution du monde et la prise de parole instantanée des responsables politiques face à la Russie ne font pas bon ménage avec une paix durable. Et parler de « lignes rouges » avec la Russie a forcément un petit côté vintage :

Prêt à « sanctionner », Emmanuel Macron veut « définir de claires lignes rouges avec la Russie » (lemonde.fr)

La réalité de la communication de l’Occident, pour légitime qu’elle soit dans son contenu, ne rejoint pas la réalité des relations commerciales avec la Russie d’aujourd’hui. Ces niveaux d’échanges mettent clairement en lumière une forme de stabilité du commerce européen (La France est le 6e fournisseur de la Russie) malgré la récession 2020 et les sanctions américaines et européennes. Cela ne signifie pas que tout va bien, mais qu’une structure commerciale est active et fonctionne, d’une certaine manière, contre vents et marées. L’information qui devrait éventuellement inquiéter l’Europe est la progression spectaculaire de la part de marché de la Chine en Russie. Ce type d’interaction induit forcément une proximité politique, à défaut de cousinage culturel. Et en face de cela, même les Etats-Unis ne font pas le poids. (graphique ci-dessous, Russie : parts de marchés par pays)

Quand le commerce international privilégie des alliances en volume entre deux super puissances (Chine : 24% de part de marché en Russie), cela précède souvent ou accompagne des collaborations moins paisibles, en particulier sur le plan militaire, ce qui justifie les protestations dans les médias des autres pays. Les exercices théoriques plus ou moins virtuels de « guerre contre l’Ouest » pratiqués chaque année par la Russie (ZAPAD) ont semble t’il invité la Chine dans la version 2021 d’après les renseignements de Talinn (Estonie). Les protestations de forme de la Chine sur cette information ont tendance à la confirmer plus qu’autre chose. La question qui est posée à l’Europe au travers de ces échanges médiatiques n’est donc plus morale mais géostratégique à moyen terme, et d’une manière plus prosaïque : comment maintenir la paix ? La ligne rouge évoquée est beaucoup plus vaste que ce qui est décrit dans les médias par Paris ou Berlin, et ressemble bien plus à un axe rouge Chine-Russie, à moyen terme.

Dans les conflits potentiels, il y a toujours une étincelle potentielle. L’Histoire fourmille de ces prétextes qui allument le feu. Le point d’échauffement actuel s’appelle l’Ukraine. Les troupes russes s’amassent aux frontières en ce moment, Kiev proteste, accompagné de la France et de l’Allemagne, en proposant des réunions d’apaisement avec la Russie. La culture de « territoire » de la Russie s’oppose à la culture de « l’indépendance des territoires » de l’Occident. Si on ajoute le profil moraliste de l’Europe qui proteste (à juste titre, mais pas dans les bonnes formes) contre la détention de l’opposant principal de V. Poutine, Alexeï Navalny, on se trouve dans un dialogue de confusion entre morale politique et inégalité de puissance militaire et économique. Difficile de ne pas trouver ce schéma inquiétant, la Russie restant indifférente aux protestations, comme c’est sa tradition dès qu’il y a ingérence supposée dans ses affaires internes.

Alexeï Navalny « entre la vie et la mort » : retour en sept actes sur l’affaire qui l’oppose au Kremlin (ouest-france.fr)

Les médias français relaient assez peu cette situation, le ventre plein de Covid 19, de variants et de vaccins. Les dangers géopolitiques de la planète sont relégués aux objets trouvés de la pagination rédactionnelle. Quant aux médias russes et chinois, il est difficile d’en faire une analyse particulière car le sens du secret et les contrôles des pouvoirs respectifs en limitent le champ.

Médias russes : propagande ou contrepoint ? | Arrêt sur images (arretsurimages.net)

Les entreprises françaises, en revanche, restent très actives et sans orientation politique ou morale pour faire progresser l’échange commercial avec la Russie :

Les punchlines de V. Poutine, ou les accents d’autorité d’E. Macron et A. Merkel, créent un décor laissant penser qu’une « surveillance de ce voisin encombrant » est nécessaire et maîtrisée. En réalité, tout le monde surveille tout le monde et le réel danger de ce faux dialogue entre les bavards et les sourds est que la condescendance s’oppose toujours aux réalités de puissance. Le commerce privé (chez nous en grande partie issu du CAC 40 pour travailler avec la Russie) a bien compris la vacuité de ces schémas politiques. Il ne s’agit pas de fermer les yeux mais de trouver un sens réel.

Poutine à Biden : “C’est celui qui le dit qui l’est” courrierinternational.com

La Russie et la Chine ont besoin qu’on les aime autant qu’elles effraient. Peut-être faudrait-il que l’Europe politique cesse de trop parler pour que ces deux titans cessent d’être sourds.

L’enjeu humain paraît en valoir la peine, et le commerce montre un peu la voie.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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