Régionales, Présidentielles : Illusions Electorales

Article écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

Les élus sortants et les candidats challengers sont tous confrontés, et depuis toujours, aux mêmes forces contraires. Celles des vœux et des arguments face à celles des réalités et des calculs politiques. Les élections régionales de juin en ligne de mire, et les futures présidentielles, sont l’occasion d’un spectacle politique traditionnel où les postures deviennent plus importantes que les projets. On a beau chercher du fond, on trouve plutôt de la forme, et malheureusement la tradition est là aussi respectée : les candidat(e)s multiplient les déclarations et positions « fortes » pour sortir du lot, tenter de gagner un peu d’espace électoral, et parfois pour certains, juste un peu d’espace de visibilité sans la moindre chance d’être élu ( par ex J. Lassalle, E. Zemmour, peut-être, et d’autres à suivre..).

Quand on se bat dans une élection « contre quelque chose », et que cela devient le positionnement principal, les chances de réussite diminuent. Et si malgré tout on est élu, personne ne sait exactement pourquoi, dans le sens de « pour faire quoi ». De même, si on expose un calcul politique et des alliances un peu forcées pour expliquer que cette bataille doit se gagner « quoi qu’il en coûte », l’électorat cherche toujours une raison positive de fond pour voter, et là, le vide est immense.

La situation de la région SUD pour les régionales est typique. R. Muselier, sortant (LR), veut battre T. Mariani (RN), ce qui est logique et correctement concurrentiel. Mais happé par la crainte de la défaite, il génère un débat sur une alliance avec En Marche dans la région Sud pour battre le RN, alliance réfutée par C. Jacob (Patron des Républicains), ainsi que par X. Bertrand, lui-même en retrait de LR mais Républicain quand même. Ce dernier étant candidat à la fois aux régionales et aux présidentielles 2022, on comprend facilement les souhaits de chacun, mais cet exemple est typique d’une absence de stratégie de fond, laissant la place au brouhaha, à la panique, et à l’incompréhension des électeurs. On parle ici des effets de la communication. Pendant ce temps, le RN ramasse les sympathies de ceux qui hésitent, en ne faisant rien.

Régionales 2021: face à la menace du RN, Renaud Muselier devra-t-il composer avec La République en marche? – Nice-Matin (nicematin.com)

L’analyse est simple et ressemble à s’y méprendre à ce que les entreprises ne font jamais avec leurs produits : déshabiller un positionnement par crainte qu’il ne soit trop faible ou mal compris, et s’associer à un concurrent pour faire nombre, tenter de gagner de la « part de voix » (faire plus de bruit) puis de la « part de marché » (gagner des voix).

Part de voix – Définitions Marketing (definitions-marketing.com)

C’est exactement ce terme qui est utilisé dans la communication commerciale ou publicitaire. Les Républicains sont peut-être en perte de vitesse, sans doute malmenés par le mouvement d’E. Macron, et ont du mal à se rassembler, mais ils ont deux atouts majeurs dans l’échiquier politique : une histoire de gouvernances nationales, et une implantation régionale. Ils ne se sont pas construits « contre le Front National », ils se sont construits sur le Gaullisme. C’est une notion vieillotte pour les jeunes électeurs, mais solide pour les moins jeunes, et dans tous les cas une offre démocratique basée sur une expérience du pouvoir.

X. Bertrand aurait dû diriger le parti LR, et s’engager avec ce support indéfectible sur la route des présidentielles. Lui, ou un autre, mais dans ce schéma précis. Cela aurait eu la vertu de la clarté de position, et une forme de stabilité rassurante très compétitive face au RN, lui-même dans une clarté de type népotique depuis des lustres. Ce dernier n’a d’ailleurs qu’une chose à faire aujourd’hui :  » faire croire que… », en regardant les autres s’entretuer.

Oui, la perte de la région Sud est possible pour LR, mais est-ce le galop d’essai des présidentielles, présageant ainsi que nos futurs dirigeants seront : soit des despotes déguisés en démocrates, soit des pleutres ? C’est cette image qui ressort d’une compétition, qui devrait être à la fois honorable et riche d’idées pour convaincre. C’est sans doute un peu brutal comme description. Il est clair que les électeurs méritent mieux que cela, et les Républicains devraient vite retrouver le chemin de la raison pour rééquilibrer le débat avec leurs propres projets de société. Les chances de gagner augmenteront et on arrêtera de dire « la Droite » comme si c’était une organisation.

Présidentielle 2022 : à droite, six mois pour se choisir un candidat (lejdd.fr)

En Marche distance les Socialistes : il se passe pour la Gauche démocrate la même chose que pour les Républicains mais pour d’autres raisons, là aussi liées à un manque de clarté. En Marche, par l’action présidentielle, a rétabli en le poussant à un très haut niveau, une chose que détestent les socialistes : la verticalité. C’est une posture de Droite, Sarkoziste, et éloignée des idéaux de Gauche. Pourtant, comme beaucoup de formations politiques, la Gauche a eu ses héros de la verticalité, F. Mitterrand en étant un exemple type. La politique n’en est pas à une contradiction près. La « Force Tranquille » était avant tout une force. Le résultat aujourd’hui, après péripéties, est un ensemble qui se traduit en puissances qui s’opposent, entre l’écologie et le social, sans réelle position, et même sans réel nom. On ne peut pas juste le regretter, on doit le regretter amèrement. Cette force politique a toujours été une valeur équilibrante de la société, et le manque de résultats perçus « aux manettes » ne justifie pas une disparition, et encore moins ces affrontements internes. Pour espérer exister, surtout ne pas affronter En Marche mais le RN. Mettez un gros bateau en face d’un iceberg, c’est ce dernier qui gagne.

Les Socialistes sont dans le cas du « poids de l’histoire » au lieu d’être portés par celle-ci. Le « Macronisme » n’a rien à voir avec la Gauche, il faut juste qu’elle sache y piocher ce qui fonctionne, en n’y perdant pas son âme. L’image servie aux français aujourd’hui est celle d’un cerf-volant, avec plein de petits trous. On ne vote pas pour cela. La verticalité, ça marche aussi du bas vers le haut, pour porter et stabiliser un candidat.

Présidentielle 2022 : entre socialistes, « insoumis » et écolos, la fin du tout à l’ego à gauche ? (francetvinfo.fr)

Dans ces approches électorales, ce qu’on montre est bien éloigné de ce qui est. L’illusion électorale n’est pas une découverte, mais on aurait bien aimé être surpris, pour une fois, en France. Les élections régionales puis présidentielles prennent à nouveau le chemin des calculs et des recettes dans un moment où la crise sanitaire pourrait être l’occasion d’un peu de modestie et de réalisme, sans pour autant écorcher les rêves des citoyens.

Les dangers ne sont ni de Gauche ni de Droite, ils sont la pauvreté, la peur, la maladie et la mort. Etre candidat à une élection, c’est s’armer d’une gomme pour chacun de ces mots, et d’un crayon pour en écrire d’autres.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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