Politique et Gouvernance : La Fin des Statuts

Article écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

L’évolution de la société française, et plus largement d’Europe occidentale, a remplacé les règles de fonctionnement social d’après guerre par d’autres. Les nouvelles règles ne sont pas encore très claires car il ne s’agit pas de législation mais de mutations de comportements, d’attitudes, et de pensée. On pointe souvent du doigt le respect dégradé, mais la tendance est plus vaste que le manque de respect. C’est la perception des statuts qui est en mutation.

L’exemple le plus typique, que la France traverse en ce moment, est celui de la sécurité et en particulier du rapport des personnes à l’autorité policière. Il n’y a aucune opinion exprimée là sur les chocs actuels, mais une simple mise en perspective de la perte de sens liée à la dégradation des statuts. La peur du gendarme d’autrefois a été grignotée par « la police qui a peur des gens« , pour reprendre l’image originelle de façon caricaturale. Les gens ont perdu le statut de masse pacifique, et les personnels de police celui de l’uniforme.

« Police, à bout de souffle », travailler la peur au ventre (nouvelobs.com)

Le respect d’une fonction par un quidam induit une forme de calme; sa disparition laisse libre cours à tous les comportements, du plus calme au plus dangereux. Ce n’est pas que les gens soient devenus plus dangereux, c’est qu’il y a simplement moins de verrous, plus de portes ouvertes, multipliant ainsi le nombre de possibles, donc le nombre d’actions et de conséquences.

L’autre exemple est celui qui a été donné par les textes médiatisés des militaires, reprochant (à l’Etat ?) mille dysfonctionnements et autres complots. Peu importe les contenus de ces textes, mais leur existence et leur mise en lumière en tant que message politique démontre que les auteurs eux-mêmes ont perdu la perception de leur propre statut. Dans ce cas, il impliquerait une réserve d’opinion politique, sans pour autant interdire l’opinion personnelle. C’est la règle, et si on ne s’y conforme pas, c’est qu’on se libère du groupe auquel on est censé appartenir : à nouveau les portes ouvertes, hors statuts, et dans ce cas précis, les courants d’air plus ou moins nauséabonds.

Derrière les tribunes de militaires, une opération politico-médiatique et un emballement (lemonde.fr)

On peut multiplier les exemples, comme le statut des parents qui se désagrège dans beaucoup de familles, ou de l’âge (les criminels mineurs sont plus nombreux), ou même du simple passage du fantasme à l’acte, le statut de la « conséquence des actes » étant également en perte de vitesse. Cela s’appelle la « dissonance éthique« .

Comme toujours à l’évocation d’un problème de société, on cherche des coupables, et la politique est un champ de tir idéal puisqu’on a l’habitude de lui faire porter un maximum de chapeaux. C’est également dû au fait que la dégradation des statuts des politiques dans l’opinion autorise plus de critiques, pourtant déjà prêtes à surgir à tout moment dans la culture française. Le phénomène est donc accentué. Ajoutons à cela la communication des partis politiques et de l’Etat avec les maladresses accumulées, et nous avons un tableau parfait de déconnexion entre l’autorité statutaire et la population.

Etat de la confiance politique

Les causes sont certainement à chercher ailleurs. Elles sont liées au sens du mot liberté. La liberté de penser a été transformée en liberté « de faire ce qu’on veut« . Les générations montantes ont une notion de la liberté beaucoup plus pragmatique et globale que celle des générations précédentes, souvent teintée de romantisme. L’histoire récente est la libération de Paris (de l’ennemi), de la femme (de ses contraintes), sexuelle (pour tous), de l’opinion (mai 68) etc.. toujours sous un angle partiel, et plutôt sociétal. Ensuite sont venus les empêcheurs de tourner en rond : SIDA, Crises financières, Chômage de masse, Covid19, qui ont occasionné des règles strictes, finalement appliquées assez littéralement par la population, y compris les jeunes, même avec un peu d’indiscipline plus que naturelle. A l’inverse, la mondialisation dans sa version « que le meilleur gagne » (En Marche), ou la gauche représentée par un mouvement (LFI) qui accentue le phénomène d’insoumission, et la disparition de référents politiques clairs (Gauche-Droite) ont conforté une tendance déjà lourde de la pensée : « La politique elle-même n’a plus de statut, donc sa gouvernance est contestable ».

L’éclatement du PS en six actes : du Congrès d’Epinay à la débâcle des législatives (lefigaro.fr)

La pauvreté peut transformer une personne en voleur(se), mais l’absence de référent peut transformer un gamin en criminel. Ce ne sera pas « que » la responsabilité de l’éducation (ou des parents du gamin), mais celle du mouvement de la société vers un équilibre que nous ne connaissons pas encore, même s’il se construit, parfois en dehors de nous.

Le numérique, pour aborder le versant positif de ce sujet, a occasionné cette libération de l’autorité par la multiplication des créateurs d’entreprises (start-up), dont la motivation principale, en dehors des rêves de fortune rapide, est à 99% de n’avoir aucun patron (eux-mêmes dépossédés de leur statut), et d’être maître de sa vie; pour beaucoup, la passion aussi d’une communauté ou d’un sujet, et en bout de course beaucoup de travail, constante pour réussir quelque chose. Les marques, dans leurs communications, ont reflété ces éléments liés à la « liberté concrète« , témoins de leur temps sur des affiches ou des spots :

On peut parfois avoir envie de désigner des responsables. Pour cela il faut que la notion de responsabilité soit elle-même acceptée et admise comme un élément solide. Les politiques nous ont habitué à se justifier d’erreurs par des pirouettes médiatiques, ou des comparaisons avec « ceux qui font moins bien« . La communication qui est distillée par l’autorité, mais également les partis d’opposition, réduit l’espoir de trouver une vision plus modeste mais plus équilibrée de l’évolution de la société.

La perte de statut n’est pas forcément une catastrophe puisqu’elle engendre des initiatives autres que la protestation ou les violences. La mise en valeur de l’individu, paradoxalement, est l’exacte ambition d’une société occidentale libérale, pariant ainsi sur la réussite des personnes plus que des systèmes, et le nombre croissant de lois n’y change finalement pas grand-chose.

Ce qui est en jeu, c’est de passer d’un monde de statuts imposés par l’histoire, la culture, et les lois, à un autre monde valorisant, au même niveau, ceux obtenus et reconnus par l’individu.

Personne ne sait aujourd’hui quelle en sera la juste gouvernance.

L’admettre serait un progrès.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

2 commentaires sur « Politique et Gouvernance : La Fin des Statuts »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :