Société : Le Coma du Débat Politique

Article écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

Depuis le 3 mai 2017, date du fameux et relativement désastreux débat E. Macron/ M. Le Pen, suivi d’une élection sans surprise, nous sommes entrés dans une période caractérisée par l’action et la réaction jusqu’en 2019. Les débuts de mandats sont rarement des moments d’échanges d’idées, mais une addition d’enthousiasmes et de critiques sur les actions engagées. Ensuite, la période pandémique, parenthèse géante et dramatique des échanges sociaux, a poursuivi l’extinction du débat politique, noyé par une litanie quotidienne de chiffres apocalyptiques, et néanmoins réels.

De bonnes perspectives pour l’été 2021 avec un probable ciel de traine épidémique à la rentrée, mais sous contrôle, serait l’occasion de retrouver aussi le chemin de l’échange civilisé entre responsables politiques. Le moins qu’on puisse dire aujourd’hui, c’est que nous en sommes très loin. La dernière année du quinquennat est pourtant le moment où les idées doivent fleurir, de tous bords et dans un esprit citoyen, sans qu’une controverse devienne une attaque en règle. La violence que la France connait aujourd’hui de la manière la plus sauvage dans la rue, ( Emmanuel Macron giflé lors d’un déplacement dans la Drôme ; deux hommes en garde à vue (lemonde.fr)) se reflète également dans le comportement des politiques; pas sous les mêmes formes évidemment, mais trop souvent et par trop de responsables.

Si « l’effet média » est indéniable et permet aux uns d’invectiver les autres, la Justice est également prise à témoin sur des échanges, comme une arme de destruction massive du débat. Cela ne peut devenir une habitude, les tribunaux ayant d’autres chats à fouetter, et ce triste spectacle n’ayant pas besoin de multiplier les arbitrages, eux-mêmes sujets à audience. Les gens qui trustent les médias, sans être des politiques mais de grands souffleurs de braises, on appelle ça des polémistes. Finalement, il suffit de se donner un titre pour travailler sur un plateau de télévision, et l’image des politiques prend encore un coup sur la tête. France – Des responsables politiques portent plainte contre Zemmour | Tribune de Genève (tdg.ch) Et les tribunaux se remplissent de dossiers.

Les entreprises n’oublient jamais ce que l’image de marque peut avoir de bénéfique lorsqu’elle est excellente et de destructrice quand elle est oubliée. On monte en image par l’escalier, avec le respect et la distance bienveillante, et on en redescend par l’ascenseur par la polémique ou le scandale (C. Ghosn-Renault). Il en va de même de la politique dans son ensemble, et de ses animateurs aussi, individuellement. Ils ont une responsabilité immense dans l’exemple dégradé qui est donné de la chose publique. Leur problème est qu’ils ont remplacé la réflexion par « l’action-réaction », dans des schémas d’urgence qui ne se justifient pas toujours. Même la structure de l’Etat (Parlement, Sénat) n’a pu freiner cette hystérie rampante et désormais contagieuse.

Pourquoi l’image de marque est si importante ? AntheDesign

Les dérapages « punchlines » des uns ou des autres dans l’histoire de ce quinquennat commencent à apparaître comme de petites blagues bien sympathiques ( Maladresse ou arrogance : les dix phrases choc d’Emmanuel Macron – ladepeche.fr ) à côté de ces réflexes si pauvres de recours à la plainte à la moindre contrariété. L’exemple, heureusement non mené à son terme, de G. Darmanin menaçant d’une plainte A. Pulvar (elle-même déposant plainte pour dénonciation calomnieuse) pour son argument face à la crise de la police a effacé le sujet principal, la police, au profit d’une forme de téléréalité entre deux personnalités. Après les invectives, Gérald Darmanin et Audrey Pulvar en face à face ? – Le Point Cela montre non seulement un manque de bon sens, mais une méconnaissance totale de ce que les médias choisissent traditionnellement pour nourrir leurs audiences : des combats nominatifs. Ils ne sont pas les seuls, cités ici juste à titre d’exemple, avec l’éternel « ce n’est pas moi qui ai commencé M’sieur » de notre enfance qui remonte dans les paroles de ces personnes censées nous représenter.

Enfin il y a les vrais dérapages, Donald Trump ayant montré un leadership de style incomparable durant son mandat, suivi de près par Jair Bolsonaro. On pouvait se dire que cet évènement resterait un épiphénomène mais, comme une sourde évolution, il semble bien que la migration de cette forme brutale de « non-dialogue + comportement outrancier » politique ait réussi à gangréner le débat politique français. Le Rassemblement National, comme La France Insoumise, en a une petite collection, soit dans leurs rangs, soit par les responsables eux-mêmes. Mais les autres partis, incluant En Marche, et Les Républicains, (Laurent Wauquiez, son «bullshit» est devenu un sparadrap – Politique | L’Opinion (lopinion.fr) ) ne sont pas en reste dans cet appauvrissement dramatique de la pensée politique. Récemment encore, S. Odoul et l’affaire des agriculteurs : Suicide d’un agriculteur : condamnation unanime après des propos polémiques de Julien Odoul | Voix du Jura (actu.fr), J.L. Mélenchon et ses prévisions de meurtres ou drames : Des « meurtres » avant les élections présidentielles : les propos de Jean-Luc Mélenchon n’en finissent pas de faire réagir – ladepeche.fr les comportements les plus simplement respectueux des règles sont oubliés, jusqu’aux limitations de vitesse sur la route. Les fédérations du RN en ont marre de payer les PV pour la direction du parti – Politique | L’Opinion (lopinion.fr) Les sorties de route sont innombrables, pour reprendre cette image.

A la suite de « La Gifle », (cf actu du 8-6-2021) les partis d’opposition déclameront un soutien sans faille à la République, pour dénoncer cette agression du Président. Mais est-ce que les patrons des partis et le chef de l’Etat lui-même ont une conscience de leur responsabilité dans cette évolution de la société et de ses rapports à la politique, et donc à ses représentants ? Ont-ils conscience que les mises en scène qu’ils fabriquent eux-mêmes au travers de leurs mots, des réactions provoquées, de leurs médiatisations « de proximité » (même pour le fun, type Mc Fly & Carlito ou pour rien type Papacito ), sont autant de barrages qui s’effondrent, et non de liens qui se créent. Sauf pour les élus locaux, le lien public n’existe pas, c’est un fantasme politique. On ne peut que l’imiter, sans jamais l’atteindre, et encore moins quand le peuple s’appauvrit.

Quant à la pensée politique elle-même, présentant la philosophie de chacun, pour avancer, pour s’en sortir, pour progresser, nul ne sait où elle est allée s’endormir.

Elle est sans doute dans un coma profond, et semble t’il durable.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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