Elections Région Parisienne : Le Lieu Commun

Article écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

Quelques jours avant les élections régionales, nous avons tous reçu ou vu les affichettes des candidats, comme le veut la tradition, et la loi. Ces outils, un peu désuets et sur papier, sont pourtant la dernière occasion de convaincre les électeurs, à quelques pas de l’isoloir. On sait que les décisions se prennent souvent lors de la dernière ligne droite, alors ces affiches et courriers sont stratégiques. C’est l’occasion de se livrer à une analyse critique des slogans-arguments utilisés par chacun des prétendants à la présidence de la région.

Le choix de l’Ile de France est opportun aussi, car c’est à la fois la région la plus peuplée, mais également celle où l’équilibre des candidats ne se résume pas à un duel Rassemblement National vs Les Républicains et alliés qu’on va laisser s’écharper dans leur coin. Pour aller plus loin dans cette analyse et « jouer » avec les mots, une proposition alternative sera imaginée dans cet article pour chacun. Cet exercice de communication s’affranchit de toute opinion politique et se concentre sur le sens des mots, et ce qu’on aurait pu travailler autrement.

1 : Majorité Présidentielle, Laurent Saint-Martin : « ENVIE D’ILE DE FRANCE ». (suivi de : « L’Ile de France doit être une chance pour tous »)

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Critique : Cette approche n’est pas juste car elle correspond à un appel à l’extérieur, (comme les publicité touristiques type : « Envie d’Ile Maurice  » ). Ceux qui ont envie d’Ile de France n’y sont pas, ou pas encore. Les franciliens eux-mêmes n’ont pas cette pensée. Il est donc possible que le candidat pense à lui dans ces mots, on le comprend, mais les communications égocentrées sont rarement gagnantes et on se doute bien qu’il en a envie, la phrase est donc inutile, dans les deux sens.

Proposition : Dans la tradition « ambition-travail-volontarisme » de la majorité, une formule tournée vers le futur serait plus appropriée, avec le mot « ensemble », cher à E. Macron. Le terme « Ile de France » n’est pas obligatoire. Deux mots suffiraient, par exemple :

Laurent Saint-Martin, Majorité présidentielle : AVANCER ENSEMBLE.

2 : Droite Républicaine (ex LR) : Valérie Pécresse : POUR VOUS, DE TOUTES MES FORCES

Critique : Typiquement égocentré, ce message est en plus épuisant par avance, presque sacrificiel. Cela ne peut convaincre. Si vous expliquez à un électeur que vous avez sué sang et eau, il vous plaindra peut-être mais n’achètera pas votre offre, voire même ne lira pas votre proposition.

Proposition : V. Pécresse est « sortante ». Elle a donc bossé (dur) pour la région, qu’elle connaît par cœur. Quel que soit son bilan, elle doit partir de cela. Et les bons mots sont présents quelque part dans le texte d’explication. Là aussi, dans la tradition droitière, « sans faille et morale », deux mots suffisent à exprimer une suite à son mandat avec une vraie patronne de navire :

Valérie Pécresse : « TENIR LE CAP »

3 : Ecologie- Les Verts, Julien Bayou : L’ECOLOGIE EVIDEMMENT.

Critique : On peut comprendre que les écologistes rejettent la communication, comme la publicité, mais quitte à avoir l’obligation de s’afficher, autant chercher quelque chose. Là, nous sommes dans le néant, avec un écologiste qui nous dit qu’il est écologiste. Les évidences en politique n’existent pas. Cela pose un problème autre : cette formule laisse penser que seule l’écologie comptera, à l’exclusion de tout autre sujet. Or justement, l’écologie aura à affronter et équilibrer ce qui n’est pas écologique pour progresser et sortir du dogme.

Proposition : On n’est pas obligé de faire court cette fois, et citer l’Ile de France peut être un argument car c’est la région la plus « difficile » pour l’écologie. J. Bayou peut se présenter comme le chef de file du changement, avec un mot mille fois utilisé par d’autres (transition) qu’il peut s’approprier à juste titre à cette occasion en donnant de l’espoir aux électeurs, sans dogmatisme.

J. Bayou pour l’ Ile de France : L’ESPOIR D’UNE TRANSITION ECOLOGIQUE

4 : Rassemblement National, Jordan Bardella : LE CHOIX DE LA SECURITé

Critique : Au moins, on sait où on va. C’est la seule affiche avec la cheffe de parti en soutien sur la photo de J. Bardella. Il y a donc clairement une stratégie de simplicité et de rappel du statut national et puissant du candidat. Le choix du sujet est peut-être opportun, mais pas spécifiquement régional et tous les deux vêtus de noir annonçant cet unique programme de sécurité n’éloigne pas le RN du pandémonium originel. Par ailleurs, un choix unique, quel qu’il soit, fait craindre que les autres sujets majeurs de l’Ile de France ne soient pas traités. C’est tactique, mais trop « FN ».

Proposition : J. Bardella est connu et il n’avait pas besoin de M. Le Pen en toile de fond. C’est presqu’infantilisant en image comme s’il ne pouvait travailler sans mentor, même célèbre. Il y a pourtant dans leur programme un aspect « Paris-Banlieue même combat » qui intéresse les franciliens. Mêler cela à la sécurité (conservons leur choix, socle du discours) aurait pu donner un souffle plus universel au candidat : c’est le rééquilibrage territorial .

J. Bardella (seul sur la photo) : POUR TOUTE L’ILE DE FRANCE : LE DROIT à LA SéCURITé

5 : Gauche Républicaine, Audrey Pulvar : Gratuité des transports en Commun / IL EST TEMPS.

Critique : Il est clair qu’annoncer la gratuité d’une dépense quotidienne pour les franciliens et les entreprises qui en remboursent souvent une partie est une proposition forte. Le problème de la famille des communications « on rase gratis » c’est qu’elles ne sont soit pas crédibles, soit suspectes. Les français ont quand même une vraie habitude de la fiscalité compensatoire des bienfaits offerts. C’est donc une réelle erreur de communication qui ressemble aux « Vous avez gagné ! » d’origine commerciale qui encombrent les boites aux lettres. Pourtant, et sans que ce soit obligatoirement précis, il y a dans le programme des éléments qui expriment les idées d’A. Pulvar et ses combats bien mieux que cet appel à la gratuité.

Proposition : Cette candidate se définit et est définie plutôt comme une citoyenne engagée, ne faisant pas partie de la « famille » politique mais plutôt médiatique et donc capable de mobiliser, et de motiver. Elle aurait pu se rendre justice elle-même en s’appuyant là-dessus plutôt que sur une proposition réductrice et peu digne de confiance. le « Il est temps » peut être conservé sous une autre forme.

A. Pulvar avec l’Ile de France : LE TEMPS DE LA SOLIDARITé

6 : Lutte Ouvrière, Nathalie Arthaud : Faire entendre le camp des travailleurs

Critique : Nous sommes là dans un invariant des élections, Nathalie Arthaud en digne successeur(e) d’Arlette Laguiller et des années de combats avec Lutte Ouvrière. Le poids des ans n’a pas fait varier l’accroche et les symboles, avec le mot « camp » associé à une faucille et un marteau, ce qui ne dit pas grand-chose à la jeunesse et peut faire frissonner d’autres générations. Mais on ne peut s’empêcher d’admirer la constance, et une forme de sympathie pour cette expression d’équipe, bien éloignée des feux de Staline.

Proposition : Un peu d’histoire « Laguiller » ne nuirait pas à la permanence de l’idée de défense des travailleurs. N. Arthaud pourrait d’abandonner la faucille et son marteau ainsi que la couleur rouge et le mot « camp » dont les temps sont révolus, pour une injonction de vote pure et simple. C’est l’idée de Lutte Ouvrière qui est par essence « contre » mais qui peut appeler à voter « pour ».

Lutte Ouvrière avec Nathalie Arthaud : « TRAVAILLEUSES, TRAVAILLEURS, VOTEZ POUR VOUS ! »

7 : La France Insoumise, PCF, (et alliés), Clémentine Autun : POUVOIR VIVRE en Ile de France

Critique : Sans aucune influence d’opinion mais bien sur les mots eux-mêmes et le positionnement politique de Clémentine Autun, son approche est la meilleure de la liste. En effet, en dehors des nantis de l’Ile de France, les franciliens aimeraient pouvoir vivre dans cette région : comprendre mieux vivre, bien vivre, s’en sortir etc.. On peut toujours tenter une autre accroche avec d’autres mots mais ceux qui ont été choisis sont excellents dans la stratégie de C. Autun et rend justice à son combat. Oui, pouvoir vivre à Paris ou en Banlieue n’est pas simple pour les classes moyennes et populaires, tous les parisiens et banlieusards comprennent cela.

Conclusion :

Wikipédia : « Dans le langage courant, « lieu commun » est une expression péjorative, qui disqualifie un discours en affirmant qu’il n’est fait que d’idées reçues, qu’il montre l’absence d’originalité de la pensée et surtout d’invention rhétorique « 

Ces affiches sont le dernier mètre avant le vote. Elles méritent mieux, la Région et les candidats sans doute aussi.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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