Sondages Politiques : Perversions Insondables

Article écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

Les périodes électorales sont rythmées par 3 événements média : les débats et commentaires politiques, les campagnes directes des candidats, et enfin les sondages et classements potentiels. La part de chacune de ces apparitions est réglementée par le CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) à l’exception des sondages qui n’entrent pas dans la catégorie « temps de parole », attribué de la manière la plus égalitaire possible entre les partis ou formations politiques. Lors de ces périodes, les sondages, dont l’utilité indicative n’est pas à remettre en cause, deviennent des arbitres des hiérarchies, preuves à l’appui et sans limite de bruit médiatique, et surtout sans réalité.

Protéger le pluralisme politique – CSA – Conseil supérieur de l’audiovisuel

Paradoxalement, alors que les sondages font régulièrement la preuve de leur approximation, pour ne pas dire de leurs erreurs de prévisions, les dépenses de l’Etat par l’intermédiaire du SIG (Service d »Information du Gouvernement) ont quasiment doublé. (Un gouvernement par sondages | Contrepoints). La COVID 19 méritait sans doute quelques points d’opinion mais c’est de toutes manière hors de proportion (28M€ vs 14M€ prévus), compte tenu de la faiblesse des résultats. Nous venons tous de le constater lors du premier tour des élections régionales, phagocytées par les estimations avec une quasi absence d’expression directe des candidats eux-mêmes. A propos de la réalité de l’abstention, on peut en suspecter une des causes dans les mirages quotidiens présentés sous forme de classements, en lieu et place d’arguments défendus ou développés par des candidats en quête de notoriété et d’image pour convaincre. Quand les jeux sont faits, on joue beaucoup moins.

Un autre des effets pervers est que les gagnants du premier tour des régionales deviennent des « super gagnants » dans les prévisions pour les futures présidentielles : Présidentielle 2022: Xavier Bertrand bondit de 3 points dans notre sondage exclusif (msn.com). C’est la tristesse des sondages, ils ne nous annoncent jamais l’inattendu, ou l’improbable surprise, mais surfent toujours sur la tendance. On pourrait les faire nous-même avec un crayon et une gomme en observant simplement les trajectoires les plus évidentes. Or l’évidence n’existe jamais lors d’un vote, comme vient de le démontrer ce premier tour des régionales. Les sondages créent alors des super-héros sur la base d’un scrutin déserté, avec un relais média de 100% de couverture d’audience. Tant que cela fait vendre…

Ce qui pervertit la réalité des opinions et surtout des votes, vient de ce que les sondages vident partiellement de leur substance les propositions des candidats. La nature humaine est ainsi faite qu’elle a tendance à se démobiliser pour les mouvements les plus entendus, les plus lus, les plus supposés. Le Rassemblement National vient d’en faire l’expérience dans ces régionales. Une faible implication de l’électorat en général sur cette élection avec une assurance de bons résultats pour le RN promis par les sondages, et voilà ce parti à la merci des absences de votes, avec une part de « c’est gagné d’avance » propre à démotiver les électeurs non-militants, ou hésitants. On peut estimer que le RN n’est pas si fort que cela dans ses chances objectives, mais une partie du potentiel mou s’est sans doute désactivé dans un « laisser faire » encouragé par les sondages trop prometteurs. Il en va de même pour En Marche, donné avant les élections a minima bon troisième, et souvent arbitre du second tour, voire en passe de gagner. La lecture rétrospective des prévisions est saisissante, avec une Gauche prévue à l’agonie, et plusieurs régions offertes au RN : Élections régionales 2021 : les intentions de vote région par région (franceinter.fr)

Dans le domaine des médias audiovisuels privés, l’économie du système est basé sur des « panels », donc des sondages, qui définissent les audiences, et par voie de conséquence le prix de la publicité, c’est-à-dire le financement des chaînes privées. Les fiabilités sont moins discutables parce que les enjeux ne sont pas l’opinion, mais il y a tout de même des questions à se poser sur le financement d’un système qui repose presqu’entièrement sur de l’estimation et non sur de la preuve. Il en va de même pour les soi-disant « modèles de prévisions » commerciaux qui ne sont rien d’autre que de l’historique statistique mouliné à la sauce future, et donc inopérants car incapables de prévoir « l’extraordinaire ». C’est pourtant ce dernier qui génère les succès ou les échecs.

Mais notre culture du contrôle, malgré l’inefficacité ou la contre-productivité, nous fait y revenir sans cesse. Entre deux tours des régionales, cela continue, avec une précision scientifique. Prévoir avec précision, deux mots qui ne peuvent réellement tenir dans la même phrase : Régionales en Paca : Muselier donné vainqueur d’une courte tête face à Mariani selon un sondage (msn.com) Les instituts sont prospères, les médias également, car un chiffre imaginaire par sa nature prévisionnelle vaut plus qu’un bon raisonnement.

Enfin, pour avancer sur un terrain qui limiterait l’influence des sondages politiques dans leurs effets sur l’apathie ou le dynamisme électoral, il serait peut-être temps que le CSA et donc l’Etat modifie la règle de diffusion de ces prévisions. Laisser aux électeurs et aux candidats de « vrais » temps d’échange et de réflexion, sans influence de « cote » quotidiennement médiatisée lors de ce moment. La crise Covid 19 est également pour beaucoup dans cet échec, mais le brouhaha permanent des chiffres dans le « temps de campagne » n’a pas aidé.

Régionales : une abstention record signe d’une campagne électorale qui n’a pas atteint son but (novethic.fr)

Aujourd’hui la règle est insuffisante : « Les dispositions applicables à la veille et au jour du scrutin : la diffusion de propos à caractère électoral et d’éléments de sondage ou de résultats du scrutin sont interdits la veille et le jour du scrutin jusqu’à la clôture du vote. Ces dispositions résultent du code électoral (voir les articles L52-1 et L52-2 du code électoral). La veille et le jour du scrutin ! Autant dire qu’on doit se farcir les sondages jusqu’à la dernière minute, à s’en retourner le cerveau. Il faudrait un délai imprescriptible d’au moins une dizaine de jours de silence pour rétablir une forme de démocratie, appelée de ses vœux par E. Macron lui-même. Abstention aux régionales : sous le feu des critiques, Macron sort de son silence | Les Echos

Nos sens sont en éveil lorsque nous sommes sollicités par des invitations au choix. Ils sont endormis lorsque ces choix nous sont dévoilés par avance, sans cesse, nous révélant ainsi de surcroît notre inutilité. La démocratie, à l’occasion d’une élection, c’est donner une chance à la rareté, à la réflexion, à ce qui est personnel, au vote.

Et dans le cas des sondages, leur abondance nuit.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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