Présidentielles 2022 : Le Piège du Direct

Article écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

Les campagnes présidentielles ont changé. De septennats en quinquennats, la donne politique est devenue plus floue, orientant ainsi les projecteurs sur les personnes plus que sur les contenus ou les propositions. Le phénomène est accentué par l’omniprésence du « direct live » constitué parfois de plateaux organisés, et beaucoup plus souvent de prises caméra ou son sur le vif lors de déplacements ou de simples apparitions. L’amplification média fait ensuite le travail de diffusion, et certains excès de langage deviennent des boulets pour les personnalités en cause.

Laurent Wauquiez, son «bullshit» est devenu un sparadrap – Politique | L’Opinion (lopinion.fr)

Les exemples de « piégés » sont nombreux et ces événements interviennent très souvent dans un calendrier stratégique pour les oppositions. Parfois la vie privée, évoquée pour s’humaniser, est une impasse, voire une faute. «En communiquant sur leur vie privée, les politiques se sont piégés tous seuls» – Libération (liberation.fr). Et lors de campagnes électorales, les oppositions ne sont pas seulement les partis politiques adverses, mais parfois les candidats du même groupe politique et les médias d’opinion « adversaires« . Les primaires, par exemple, peuvent être des terrains de batailles plus durs que la campagne elle-même, compte tenu de l’enjeu, avec pour conséquence la ruine des projets.

L’un des problèmes de toutes les personnes « en course » pour la présidentielle est leur difficulté à échapper à l’émotion du moment. C’est un exercice certes très difficile mais il est indispensable pour couvrir un temps relativement long (presqu’une année) en minimisant les occasions d’accidents de parcours verbaux. Les conséquences de ces excès peuvent être lourdes, surtout quand un(e) candidat(e) est en phase ascensionnelle ou en compétition interne à un parti. L’exemple récent de X. Bertrand qui, face à une question posée, révèle une forme de paranoïa ou de fatigue est typique du « trop parler, mal parler« . Il y a dans cet exemple tous les éléments propices au rejet et à la dramatisation média : la tension non maîtrisée, la paranoïa complotiste, et pour couronner le tout la violence verbale vis-à-vis d’une femme. Difficile de faire plus à contre courant dans une période où le calme, la résistance aux pressions et la recherche de positif sont des clés pour imposer une personnalité présidentiable.

Xavier Bertrand s’emporte contre une jeune femme, elle finit en pleurs (yahoo.com)

Il faut comprendre que la France est sur le point de sortir d’une période de 5 ans rythmée par les problèmes sociaux et les violences diverses (black blocs, féminicides, incivilités, terrorisme etc…), avec la pandémie de Covid 19 en toile de fond de la seconde partie du quinquennat d’E. Macron. Ce contexte appelle la prudence des mots et surtout un calcul de communication hors de toute humeur, avec une discipline absolue dans ce domaine. Les responsables politiques n’écoutent pas souvent les conseils et parlent trop. Une communication forte est une approche frugale, concentrée sur les sujets principaux, avec des mots que tous comprennent, et encadrée par un ton conquérant sans naïveté. Le trop est toujours l’ennemi du bien dans ce domaine, et cela peut aussi se traduire par des budgets hors de proportion par un besoin irraisonné de communiquer : mauvais choix.

Des millions d’euros pour des sondages : l’exécutif et sa communication « quoi qu’il en coûte » (nouvelobs.com)

Les interventions inopinées de journalistes ou de caméras indiscrètes seront toujours là pour faire trébucher celle ou celui qui souhaite retenir l’attention. Il ne s’agit pas de supprimer tout élément de personnalité, mais de contrôler le verbe en saisissant au plus vite ses conséquences si on argumente sur un sujet potentiellement hystérisant. Un pays en sortie de crise est constitué d’un ensemble de personnes prêtes à en découdre si les propositions induisent une forme de fausseté ou une invitation au conflit. Un candidat ne sort jamais gagnant de l’improvisation et la difficulté majeure est d’être préparé à tout instant, quelle que soit la circonstance, pour être crédible face à la responsabilité ultime.

Lorsqu’E. Macron a sorti ses punchlines célèbres sur ceux qui ne sont rien, ou le travail de l’autre côté de la rue (entre autres), il était au pouvoir, avec un simple risque d’impopularité. Mais cela a donné tout de même corps à une forme de clivage durable parmi les français malgré ses efforts pour remonter la barre. Il n’est pas étonnant de voir sa cote de popularité remonter avec les périodes de silence. A l’inverse, J. Castex, pourtant extrêmement médiatisé, est moins en risque de montagnes russes (hautes ou basses) de popularité par une bonhommie en toutes circonstances, avec une teinte un peu ridicule mais qui génère soit de l’indifférence, soit une simple écoute de ce qui est dit. La popularité de Macron stable, Castex gagne 1 point à 40% (lefigaro.fr) On ne lui demande pas d’être Batman, alors il ne fait pas semblant de l’être. Le Premier Ministre a rarement les faveurs ou défaveurs. Il travaille, sans sommet ni ravin.

La campagne présidentielle 2022 sera jouée sur un terrain de réformes sociales avec une vague probable supplémentaire d’inquiétudes sur la santé. C’est assez explosif et également inédit, les dernières années de quinquennats étant en général dédiées aux projets et promesses. Mais la conjoncture en France montre des éclaircies significatives, en attendant qu’elles soient durables. Tableau de bord de la conjoncture | Insee Dans ce cadre, les candidats n’ont pas d’autre choix que de régler leur communication sur un mode d’espoir et de bataille contre les mauvais jours, en intégrant toutes les données sociales et psychologiques du pays, sans déraper, forçant ainsi le respect. Une seule chose est certaine: les médias seront toujours là.

Eviter les pièges du direct, c’est se lever du pied droit, et parler avec le cerveau gauche.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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