L’Etat et la Psycho-Information

Article écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

Les effets psychologiques de l’information sur la population peuvent-ils jouer sur l’opinion, voire les votes ? La seconde question, plus pernicieuse mais sans esprit complotiste ou de manipulation, est de rechercher les possibilités de scénarii d’influence pour un bénéfice politique.

Les informations qui nous transmises par les médias partent d’un noyau-source relativement fiable (Agence France Presse entre autres ) puis sont déballées, discutées, amplifiées et très souvent déformées. Ce n’est pas nouveau, c’est simplement plus diversifié ou folklorique via les réseaux sociaux. Mais dans l’ensemble, à la fin de la journée, notre cerveau a retenu l’essentiel : « les contaminations augmentent, la vaccination obligatoire pour tous se rapproche, E. Dupont-Moretti a des soucis, et peut-être qu’E. Macron doit annoncer bientôt des nouvelles dont on n’a pas trop envie« . C’est un exemple, débarrassé des fioritures et commentaires qui sont déversés par tonnes sur les chaînes d’info. La question est de savoir si la façon de communiquer ces informations a un impact sur les effets psychologiques de masse, et lesquels.

Depuis la multiplication des sources d’informations, deux phénomènes générationnels sont apparus, probablement liés l’un à l’autre : la montée en puissance de la part d’émotion dans nos jugements des choses communes, donc des politiques, et la baisse de la confiance généralisée dans l’information média, en France et ailleurs.

L’exposition permanente aux stimuli brefs et illustrés (images, vidéos) sur l’ensemble des sujets sans différenciation réelle de forme ont généré une tendance aux comportements réactifs plus que réfléchis. Par exemple aujourd’hui, un débat politique à la télévision aura la même forme qu’un talk-show ou que certaines émissions de divertissement. En voici le dernier exemple en date :

BACKSEAT : Le streamer Jean Massiet dévoile son nouveau talk-show d’actualité politique sur Twitch – La Ruche – Média Jeune et Indépendant (la-ruche-media.com)

Dans cet environnement dédié aux instants et aux images, on comprend pourquoi les punchlines retiennent l’attention plus que les projets de fond. Il ne s’agit pas d’aller contre ce phénomène, puisque c’est une tendance culturelle lourde, mais de voir quels effets et conséquences cela peut avoir sur la politique en général et éventuellement aussi sur des choix électoraux. Les approches et études cognitives menées (souvent aux Etats-Unis : Leon Festinger — Wikipédia (wikipedia.org), Georges Marcus : Political Science (williams.edu) ) démontrent les rôles déterminants de l’enthousiasme, l’anxiété, l’aversion, la colère, la peur ou la béatitude dans la réalité de jugements politiques pouvant influencer un vote ou générer des comportements de groupe.

Contrairement aux idées reçues, l’émotion positive comme l’attachement (à une personnalité ou un parti) s’il est trop passionnel, peut devenir un danger lorsque la déception face au résultat se fait trop importante. C’est un peu comparable aux relations interpersonnelles quand la méfiance et la jalousie remplacent la confiance et la sérénité en un court instant. L’autre versant, celui de la colère et de l’anxiété, offre une réponse assez inattendue de l’analyse cognitive en lien avec la politique. L’anxiété semble conduire le plus souvent à un rejet violent et un vote sanction, et la colère à une valeur refuge qui profiterait plus aux personnalités d’extrême droite, de droite ou gauche modérées, voire aux plus anciens politiques. Que ce soient des candidat(e)s ou non, peu importe, ils symbolisent le rôle qu’ils pourraient jouer en soutien. (G. Larcher, M. Aubry, par exemple).

Ceci, appliqué au quinquennat d’E. Macron et à la communication de l’Etat durant cette période, permet de se rendre compte que les décisions et chocs subis par ce gouvernement correspondent bien à ce schéma. « Le tragique submerge le quinquennat d’Emmanuel Macron » (lemonde.fr) La montée en révolte des Gilets Jaunes est un état d’angoisse latent d’une population de classe moyenne, mis en activité par le sentiment de « Président des riches » qui caricaturait fortement le début du quinquennat. De même, l’impression d’insécurité sanitaire liée aux « ça va mieux-ça ne va pas mieux » des communications et décisions de confinements-déconfinements a un potentiel de génération d’angoisse (absence de maitrise) qui pourrait occasionner de fortes résistances ou manifestations inattendues dans les urnes. Ces Français « angoissés » par le déconfinement (la-croix.com) La mise en perspective d’une possible réforme des retraites « je fais, je fais pas » dans une communication hésitante est également une forme qui génère l’angoisse d’une partie de la population.

C’est le syndrome du couloir de la mort qui dure, en lieu et place d’une condamnation immédiate, l’un construit l’angoisse, l’autre ne laisse que peu de place aux émotions. Des formations comme La France Insoumise peuvent se retrouver bénéficiaires de ces angoisses par un vote de punition violente anti-establishment .

La colère existe aussi dans ce quinquennat décidément marqué par le mauvais sort et l’agitation, mais ses conséquences sont autres et paradoxalement moins émotionnelles. Elle peut naître de sentiments d’injustice, d’inégalité, de crainte de l’extérieur et de confiance perdue dans les actions de l’Etat. « Malgré l’embellie sanitaire, la défiance et la crise sociale continueront de peser sur l’élection présidentielle » (lemonde.fr) Elle trouve un refuge au Rassemblement National dans sa version FN antérieure (anti immigration, sécurité, non à l’Europe… ), mais aussi dans les votes modérés et rassurants sur la gestion, la protection, l’absence de changement violent, LR et PS. Les « seniors » de la politique peuvent en être les récipiendaires au moment des votes. C’est probablement l’une des causes de l’abstention record lors des régionales, laissant la place aux acquis au détriment de la nouveauté, voire de l’envie au sens large.

La quantité inédite de communications de l’Etat, dans son chemin réformiste, n’a pas pris en compte la part immense qu’a pris l’émotionnel sur l’analytique, dans les choix politiques des citoyens. La campagne à venir peut inverser la tendance, mais balayer l’anxiété et la colère sera la stratégie clé de la forme d’information que l’Etat et son candidat utiliseront d’ici avril 2022. L’angoisse génère la détestation, la colère nourrit l’opposition. Voilà sur quoi il faut travailler.

La simplicité pourrait être l’axe stratégique principal.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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