Démocratie Participative : Mirages et Technologies

Article écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

Il y a deux mondes dans le concept de participation politique : celui du partage de la décision sur un mode social entre un pouvoir et une population, et celui de l’application stricte du concept. Le plus connu, et appliqué par le passé des systèmes de consultation, est le référendum, mais il ne peut techniquement s’appliquer qu’à une question avec réponse « oui-non » dans la plupart des cas. Cela ne peut donc concerner qu’un thème, universel et simple à définir, permettant de recueillir une réponse nette des citoyens sur un sujet. Toutefois cela ne garantit pas son exécution, comme l’a montré le référendum sur le Traité européen il y a une dizaine d’année. Politique – Il y a dix ans, la France disait «non» au traité constitutionnel européen. Les plaies du référendum se sont creusées (dna.fr) Pour toutes les décisions complexes (climat, sécurité, immigration, économie, santé, etc…), la participation peut être un élément de communication pour un effet d’annonce. Elle reste cependant vouée à l’échec sur le plan de la mise en œuvre car les structures de décision constitutionnelles reprennent immanquablement le relais avec les censures multiples inévitables.« La convention citoyenne butte, comme il était prévisible, sur l’appareil polico-administratif » (lemonde.fr)

Sur un plan plus philosophique, nos démocraties occidentales génèrent un paradoxe particulier sur la participation : le vote populaire, destiné à désigner des Présidents est en soi une manœuvre anti-participative puisqu’à son issue, la décision politique est confiée à une personne qui décide seule de qui sera en charge et pour quoi (gouvernement). En creusant encore un peu, on s’aperçoit que les votes réellement représentatifs sont ceux des « premiers tours » des élections. Présidentielles de 1969 à 2017 : des scores serrés aux élections (franceculture.fr) Ils dépassent rarement le quart ou le tiers des suffrages pour les meilleurs, le second tour étant constitué d’un partage entre un vrai choix et un refus de l’autre. Au fond, la participation est réduite au système technique qui traite l’exécution des choix.

Ce constat de la « mécanique contre le concept » est étendu à toutes les formes de construction d’une communauté économique, les entreprises étant sur un modèle plus directement vertical, mais qui tient de la même logique. L’importance de la bonne prise de décision dans votre performance commerciale et financière (chefdentreprise.com) La question de la forme reste, on échange, on prend des avis, on consulte mais le « final cut » reste celui du chef d’entreprise, avec un comité de direction acquis par avance la plupart du temps. Ce n’est pas une hypocrisie, mais une question d’exécution et de responsabilité donnée. Le premier répondant aux actionnaires dans le privé, ou au ministre dans le public, est le responsable de l’entreprise. Il est donc logique que sa part de décision personnelle dans le choix et la mise en œuvre d’un plan soit la plus vaste. C’est ainsi depuis la nuit des temps, avec des variantes sociales en progrès, mais qui ne changent pas le principe.

Qu’est-il imaginable alors pour créer une démocratie tout ou partiellement participative, influant réellement sur les décisions et leur application ? La première réponse pourrait venir de la « volonté politique de le faire » des dirigeants, la Constitution française laissant au Président toute décision. A la suite de l’essai « demi-échec et donc demi-succès » de la convention sur le climat, il semble que la volonté ne soit pas de la partie. Démocratie participative : une escroquerie intellectuelle ? ⋆ Objectif Métropoles de France (objectifmetropolesdefrance.fr)

La seconde réponse vient de la stratégie et du mode de participation. Nous sommes habitués, par culture et aussi praticité historique, à des calendriers, des dates, des échéances décisives, alors que la formule de la participation est un principe linéaire nourri d’un flux permanent. Il ne peut y avoir de participation que dans la possibilité d’exprimer une évolution d’opinion, et non une « dead-line » qui dénature la réflexion par inscription dans le marbre. Les politiques aujourd’hui , le gouvernement en tête, dépensent des sommes importantes en sondages avec un rythme qui se rapproche d’une mesure de type « flux » de l’opinion. L’inconvénient est que le sondage en lui-même puisse être interprété, ou que son groupe miroir (échantillon) ne soit pas représentatif. Cela réduit la donnée à une estimation, à la fois chiffrée et intellectuelle et non une vérité. Fragilités et énigmes d’un sondage électoral (latribune.fr)

Pourtant, la technologie permet aujourd’hui de se libérer des interprétations et variations méthodologiques par la mesure directe des opinions individuelles. La connexion des français au numérique (par laptop ou smartphone) est suffisante pour imaginer un système volontaire d’expression permanente, sans dénaturer des résultats qui viendraient nourrir des bases de données de manière quotidienne.

Il y aurait la masse, c’est-à-dire le nombre suffisant de participants permettant de dire que les réponses sortent de la gravité d’un simple échantillon, et le flux, par la quotidienneté ou l’instantanéité. La masse et le flux sont les deux piliers de la technique de participation. La technologie, améliorée par la 5G à venir, proposerait alors des solutions de démocratie participative, sécurisées et dans le respect des personnes répondantes. Quels sont les avantages de la 5G, le réseau mobile du futur ? (latribune.fr) Les experts de la méthode sauraient construire les thèmes et leur forme mais l’assurance d’une masse de réponses serait un atout indiscutable pour fabriquer de la décision en possédant la connaissance quasi parfaite du sentiment national sur tel ou tel thème, à un instant donné, avec ses variations potentielles.

Il existe un enjeu politique beaucoup plus stratégique à cette idée de participation massive et permanente : la recherche de l’apaisement social. L’un des problèmes majeurs de l’Etat, dans cette période de « dirigisme sanitaire« , est de prévoir un « après » de calme social. Le système de participation démocratique peut servir de levier, voire de déminage des points sensibles, occasionnant les étincelles de révolte des citoyens. Même si on connait déjà les thèmes sociaux principaux, on ignore si c’est le prix de l’essence, le passe sanitaire ou la météo qui vont déclencher le chaos. Au-delà d’éviter des débordements, l’idée est d’en identifier les causes probables pour en imaginer à l’avance les solutions. Ce serait une sorte de retour d’efficacité de la Démocratie Participative.

Le « savoir social » est une force politique pour améliorer la vie des gens d’une façon générale mais aussi pour anticiper les points d’impacts possibles d’une société technologiquement et culturellement en mouvement rapide. La démocratie reste une valeur. La démocratie participative est son outil d’évolution.

Chaque Conseil des Ministres pourrait ainsi toujours se terminer par :

« Qu’en dit la Participation ? ».

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

Un avis sur « Démocratie Participative : Mirages et Technologies »

  1. Merci pour ces réflexions sur la démocratie participative.

    Je pense qu’il faut reconnaître les vertus de cet instrument (comme vous le faites), mais aussi en souligner les limites. À mon sens, la participation peut être pertinente dans deux cas de figure : la consultation de l’opinion des citoyens sur un sujet particulier (ce qui se rapproche des sondages), la possibilité pour n’importe quel citoyen de proposer de la matière législative (n’existe pas aujourd’hui, cela nécessiterait des outils informatiques à développer).

    Le référendum, comme l’élection, est un dispositif fort peu efficace. Très légitime, certes, mais peu efficace. La raison en est simple : sur plus de 40 millions de votants, combien ont véritablement analysé les enjeux du oui et du non ? Combien de temps ont-ils passé à s’arracher les cheveux face à un sujet dont ils ne maîtrisent pas grand-chose ? Quel intérêt à le faire, d’ailleurs, puisque la voix d’un expert a le même poids que celle de quelqu’un qui joue la réponse à pile ou face. Et il n’existe pas de sujet « simple » il y a toujours un contexte, un historique, des thèses contradictoires sans l’étude desquelles ont ne peut prendre de décision éclairée.

    Je vois donc plutôt la démocratie participative comme un instrument consultatif (ce dont vous semblez parler également) que décisionnaire. Pour cela je préfèrerai plutôt de la démocratie délibérative avec des citoyens tirés au sort qui disposent du temps et des moyens d’étudier la question à traiter.

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