Décennie Politique : L’Ere de la Plomberie

Article écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

Il est commun désormais de dire que l’univers politique ne convainc plus autant qu’avant et que l’image des personnalités s’est dégradée. La confiance, et par conséquent les attentes des citoyens, ont été revues à la baisse. Les chiffres le disent, les attitudes le disent, les protestations le disent.

Naturellement, il y a toujours un thème de tension du moment, suivi d’un autre qui peuvent laisser croire à des séquences successives sans aucun lien entre elles, ce qui serait une probable erreur de jugement. Défiance politique : le cas français (lemonde.fr) L’autre facilité serait d’en accuser le Président actuel, ce qui reste une activité privilégiée en France, mais la tendance est plus lourde et antérieure à 2017. Le quinquennat actuel n’a fait qu’accentuer un phénomène sociologique plus vaste et plus ancien, masqué par l’enthousiasme de 2017. Ci-dessous extrait du baromètre CEVIPOF sur la confiance des Français depuis dix ans :

Invoquer l’image d’Epinal sur la morosité ou la mauvaise humeur chronique des français serait une mauvaise piste d’analyse car elle impliquerait une absence de responsabilité du politique dans cette évolution. La principale raison réside dans le passage lent mais certain du mode projet de société à un mode parcellaire et départementalisé de la politique. La culture du résultat s’est installée, mais au lieu d’en vérifier les efficacités ou les faiblesses, comme dans n’importe quelle entreprise bien gérée, la place a été laissée à l’entêtement, la complexité technique et l’absence de contrôle des effets. Ce lien si distendu des Français avec la politique (franceculture.fr) On a vu apparaître une forme scolaire de travail politique en lieu et place d’une force d’inspiration dotée de moyens. Les récents essais de réforme de la retraite sont emblématiques de cette tendance : un projet sur le fond acceptable, voire utile et urgent, et une explication incompréhensible de son fonctionnement et donc réforme incomprise et rejetée. Après la crise sanitaire, le retour encore flou de la réforme des retraites – ladepeche.fr

La communication politique est devenue essentiellement centrée sur les « comment » et rarement ou jamais sur les « pourquoi« . C’est devenu la norme, avec en prime un goût incontestable pour la complexité, les détails empilés, et les avalanches de mots sans avalanche d’effets. Emmanuel Macron à Versailles : un trop-plein de mots qui annihile le débat ? | Sciences Po Le parallèle avec l’univers commercial est criant : prenez n’importe quelle personne qui a quelque chose à vous vendre. Si cette personne s’appuie sur des justifications compliquées ou vous explique ce que le produit n’est pas et non ce qu’il est, il vous viendra deux sentiments à l’esprit : « je n’ai pas compris à quoi sert le produit » et « il (elle) a l’air de mentir ». Dans tous les cas, vous n’achèterez rien, et la personne sera définitivement décrédibilisée car tout n’est pas qu’une question de prix.

Depuis 2017, le nombre de sujets stratégiques pour la France qui n’ont été partagés avec les français que par des circonvolutions oratoires sont légions. Retraite, Sécurité, Travail, Gilets Jaunes, Education, Religion, pour ne citer que quelques thèmes hors pandémie. À un an de la présidentielle, les Français jugent durement le bilan de Macron – ladepeche.fr Les mesures ou décisions qui s’en sont suivies, quand il y en a eu, ressemblaient toujours à des couches successives et minimales pour en arriver « in fine » à la décision lourde qu’il aurait fallu prendre dès le début. Comme si les français n’avaient pas le fond, la force, et le courage nécessaires pour affronter les problèmes directement et tout de suite. La pandémie actuelle a été parsemée de ces petites escarmouches au ton politico-paternaliste propre à énerver tout le monde, sans jamais donner le sentiment d’une stratégie assumée. Présidentielle : l’étiquette « En Marche » en voie de disparition pour 2022 (la-croix.com) Pourtant, le premier confinement (mars 2020), exception dans la règle, a été appliqué et accepté sans protestation malgré les peines et les difficultés de chacun. La suite est connue : petites règles du jeu quasi hebdomadaires, ignorances non avouées de l’Etat, avec en prime l’absence absolue de modestie et la condescendance devenues le costume des plombiers en chef.

L’exécution est apparue comme la seule stratégie, et les détails techniques les seuls arguments. La plomberie exclut le doute et limite le dialogue. Cela peut paraître une vision méprisante de la politique, mais ce n’est pas le cas, ce blog n’étant pas écrit pour exposer une opinion mais des observations. La réalité, si chère à l’argument politique, n’est pas présente dans ces amoncellements d’explications techniques tout simplement parce que la vie n’est pas cela. Paysage politique de 2021… comme si 2017 n’avait pas existé! (franceinter.fr) Peu importe les décisions prises, si on en assume les faiblesses, voire les échecs, au lieu de satisfécits à répétition. La prise de parole récente du chef de l’Etat sur l’Afghanistan est un état des lieux et non une analyse de l’échec auquel la France a participé de bonne foi. Les soldats morts n’ont pas servi à rien car ils ont tenu ce bouclier pendant des années, offrant ainsi un répit à ce peuple. Afghanistan. Tollé après les propos d’Emmanuel Macron sur les conséquences migratoires pour l’Europe (ouest-france.fr) Peut-être est-ce peu, sans doute un échec, mais ce n’est pas rien. La question de la « gestion de l’immigration » évoquée dans cette allocution n’a rien à faire là, car c’est un argument protectionniste et technico-politique, dans un drame international. Encore et toujours le « comment » dans la panoplie du soit disant « concret« . Si on veut du vrai concret, comment sauve-t-on l’étudiante afghane à Kaboul, en ce jour maudit pour elle ?

La confiance en politique se crée sans doute par l’action, la promesse tenue, mais en grande partie aussi par la clarté des projets, la vision d’ensemble et un choix de mots qui se rapporte toujours à cette vision. Personne ne dit que l’époque est facile. Mais personne ne rêve d’une liste de courses.

Cesser d’exécuter des choses et de s’en réjouir mais penser les choses et en douter.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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