Médias d’Influence Politique : Les Propriétaires du Sens

Article écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

Les médias français, exception faite du service public, sont des entreprises dont les actionnaires sont des personnes privées, comme n’importe quelle société commerciale. La notion de propriété, par un actionnariat majoritaire individuel ou une part suffisante pour détenir la décision, s’applique ici comme ailleurs. Qui détient les médias français ? | TV5MONDE – Informations Il est de coutume en France de fustiger les fortunes qui grandissent par simple inertie, mais quelle logique d’investissement peut-il y avoir dans un marché de médias où la rentabilité n’est ni garantie, ni stable et bien souvent négative ? La concurrence y est acharnée, les revenus publicitaires d’une grande fragilité, et la dépendance aux événements est totale. Le marché publicitaire français a reculé de 7,3 milliards d’euros en 2020 (lefigaro.fr) A cela peut se rajouter l’inévitable bruit, souvent négatif, qu’engendre le contact politico-rédactionnel avec les audiences, potentielle nuisance pour les affaires en général. Pour résumer, s’il y a un marché à éviter quand on veut faire fructifier une fortune déjà colossale, c’est celui des médias. Pourtant, presque tout le monde est là :

Si on regarde l’évolution des formats de médias, on a assisté en France à une « américanisation » des propositions. L’aspect numérique de l’information ou de l’analyse politique, dont ce blog fait partie, n’est que l’extension technologique d’une forme de journalisme ou de simple diffusion de pensée, il n’y a donc là rien de particulier. Ce qui interroge plus, c’est la copie conforme des programmes sur ce que les Etats-Unis produisent, avec des équivalents type C News avec Fox News, BFMTV avec CNN International, Le Monde et le Figaro restant dans les positionnements comparables aux New York Times et Los Angeles Times, et éventuellement Les Echos avec celui du Wall Street Journal. USA live tv – Télévisions américaines en direct sur internet (tvdirectlive.com) Même la Presse Quotidienne Régionale française a son frère jumeau aux Etats-Unis : USA Today. Cet ensemble de médias, en France comme aux Etats-Unis, est détenu par quelques personnes, avec une livraison quotidienne d’informations d’opinion. Si on y ajoute les versions françaises d’informations produites par Microsoft et Google, et l’acquisition du Washington Post en 2013 par Jeff Bezos, patron d’Amazon, on peut se demander si quelques règles du jeu supplémentaires ne devraient pas être envisagées chez nous, pour conserver le pluralisme historique des médias français. Comment Jeff Bezos a transformé le Washington Post | Les Echos

La question capitalistique, autrement dit la « propriété« , dans le domaine des médias encourage certaines batailles d’arrière-garde « contre les riches » et globalement dans un schéma de peur, voire de paranoïa. C’est une tradition un peu française, où le riche est forcément dangereux ou en tous cas rarement sans reproche. Richophobie : la France déteste-t-elle vraiment les milliardaires ? (planet.fr) Peu importe, ce n’est pas le bon combat, la société est construite ainsi, on peut améliorer les règles, on verra plus tard pour le « grand soir« . Par contre, l’Etat peut manifester une émotion juridique sur le fait que l’opinion peut être influencée par les recrutements et les restructurations faits par des hommes d’affaire au sein de médias d’information. Le cas d’Europe N°1 est emblématique de cette posture où, dans le sillage de C News, V. Bolloré redessine les fonctions, et donc les missions, et in fine les opinions émises. « Europe 1 » va bien se rapprocher de « CNews », les salariés de la radio s’inquiètent (ouest-france.fr)

Il y a quelques années, lorsque M. Bouygues avait pris le contrôle de TF1, les inquiétudes étaient nombreuses, mais ce groupe avait, et a toujours, de multiples fonctions dans le domaine média, ce qui a enrayé une éventuelle suspicion de téléguidage de l’information. C’est arrivé, mais de manière peu sensible. Aujourd’hui, M6 tombe dans son giron, et le groupe audiovisuel majeur du pays est entre les mains d’une seule personne. TF1 rachète le groupe M6 : ces chaînes qui sont désormai… – Télé Star (telestar.fr) Il y a peu de chance que les opinions de gauche irriguent la stratégie de l’info dans ce groupe, voire même peu de chance d’y voir l’écologie y tenir un rôle majeur. D’ailleurs, à bien y regarder, à part l’Humanité et Marianne, clairement orientés, on trouvera vaguement Le Monde, Le Parisien et Libération mais c’est à peu près tout dans la sphère centre-Gauche et Gauche. Orientations politiques des journaux français et étrangers – Intégrer Sciences Po (integrersciencespo.fr) Autant dire que la part de voix du Centre-droit , de la Droite et de l’extrême Droite est largement supérieure, pour ne pas dire de 70%. C’est un fait qui ne reflète pas la société dans sa diversité.

Les politiques en charge de l’Etat, ou en opposition dans des partis, doivent prendre en compte ce phénomène. La référence Gauche-Droite n’est peut-être plus d’actualité au sens structurel mais reste une bonne mesure de la pensée et de l’opinion. On ne peut laisser les médias d’information, et donc les journalistes, à la merci d’un repreneur comme cela se fait aux Etats-Unis, et donc maintenant ici. Une reprise doit être synonyme de « plan business » mais pas de « plan d’opinion« . Pour parvenir à équilibrer cela, la France est passée maître dans l’art de produire des lois, en particulier dans le domaine de la liberté d’expression. Liberté de la presse en France : quel cadre légal ? | Vie publique.fr (vie-publique.fr)

Le vrai combat est donc celui du bout de la chaîne, du pigiste, du journaliste, du reporter, de l’analyste qui ne peut avoir à rendre des comptes à des patrons de rédactions parachutés par des investisseurs du bâtiment, du luxe, du numérique, des mines de lithium ou des chemins de fer. On a bien compris que ces derniers sont les bourgeois gentilhomme de l’époque. A Europe 1, un rassemblement contre «la volonté d’utiliser un média pour dresser une partie de la France contre l’autre» – Libération (liberation.fr) Mais, nos démocraties méritent des médias pluralistes, forts en débats, laissant place aux oppositions comme aux gouvernants, dans un jeu représentatif de la pensée des publics et non du portefeuille d’actions.

On a besoin d’investisseurs mais aussi de nouvelles lois de gouvernance pour que les médias en France ne se transforment pas en enfants sages des pouvoirs.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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