L’Etat, les Partis, et les Antis : La Poule et l’Œuf.

Article écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

En France, comme peut-être ailleurs, mais surtout en France, il suffit d’annoncer une couleur pour voir immédiatement des groupes contester la couleur, le nom de la couleur, l’origine de la couleur, l’odeur de la couleur, et surtout le fait que ce soit la bonne couleur. Malheureusement pour la gouvernance politique, un quinquennat est truffé d’annonces de couleurs, et le lot quotidien de chacune de ces déclarations dans les médias, est un combat inégal entre l’acceptation silencieuse du plus grand nombre et le vacarme du plus petit. Des anti-vax aux anti-OGM : cette culture de contestation scientifique que la France a laissé prospérer tout en feignant de s’en désoler  | Atlantico.fr

Interviewer quelqu’un qui est d’accord n’a aucun intérêt pour un journaliste ou un chroniqueur, le marketing de l’audience conduisant donc inévitablement à imposer au public les protestations de ceux qui ne le sont pas. Rien de liberticide dans ce constat, c’est un fait, car les médias se nourrissent de cela, E. Zemmour en étant le parfait exemple de fabrication marketing, propulsé par CNews et Le Figaro. Les médias font-ils les élections ? – Areion24.news Il en va de même pour les épidémiologistes stars des chaînes d’info Didier Raoult « a pu créer ces phénomènes » de rejet du vaccin selon Macron (msn.com) et pour un Florian Philippot surgi du néant grâce aux antis (vaccins, passe-sanitaire).

Il ne faut pas se tromper, il y a une sincérité et une réalité individuelle dans ces schémas protestataires. L’opinion négative sur la vaccination, les soutiens au souverainisme, les réactions de méfiance vis-à-vis du politique dans sa globalité sont le fait de gens en grande majorité convaincus, dans une ambiance de colère réelle amplifiée par l’effet de groupe. La formule qui génère ces réactions est composée de trois facteurs essentiels : la réalité de conviction des groupes, la communication de l’Etat dans sa dimension hors champ et enfin l’exploitation politique par des minorités d’opinion. Florian Philippot et Nicolas Dupont-Aignan, les pyromanes du mouvement antivax (france24.com) Ajoutons à cela un calendrier (mois d’août) relativement vierge d’autres événements et nous avons les parfaits ingrédients d’une micro protestation aux maxi effets. La question des antis n’est pas une question politique mais un reflet social de multiples frustrations issues du dialogue impossible avec l’Etat. Covid-19, qui sont les anti-passe sanitaire ? (la-croix.com) Certains feux n’ont pas besoin d’huile.

Si on prend pour exemple la liberté, socle principal des expressions et manifestations récentes contre le passe-sanitaire, le schéma est facile à démonter par des exemples simples de la vie courante avec lesquels nous vivons chaque jour : les limitations de vitesse, les vignettes carbone, la carte d’identité, le passeport, le permis de conduire, les amendes routières ou administratives, les impôts, les vidéos interdites aux mineurs, les feux rouges, les interdictions de fumer etc… France: des milliers de personnes dans les rues «pour la liberté» et contre la vaccination (photos vidéos) – Le Soir Il y a une quantité astronomique de règles destinées à nous protéger, protéger les autres, faire en sorte que la société soit vivable simplement et quotidiennement. Citer cette liste aux opposants au passe-sanitaire pourrait aider éventuellement dans le dialogue. Au lieu de cela, les politiques et chroniqueurs médias répètent à l’envi une phrase type, paternaliste et éducative : « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres » . Quand la liberté des autres s’arrête là où la mienne commence… – Libération (liberation.fr) Certes, c’est vrai, mais les gens dans la rue qui manifestent sont des adultes, avides de respect et non de leçons. La liste de règles énoncées ci-dessus est un média d’échange alors que l’autre est une forme morale de rappel à l’ordre. Quand il s’agit de liberté, le rappel à l’ordre se révèle peu efficace et les populations redoublent de bruit, avec les excès inévitables.

L’inconvénient majeur de ces protestations, amplifiées par les médias et l’inquiétude des plus hautes sphères de l’Etat, sont l’occasion donnée aux « autres » de s’exprimer au travers des manifestations. Question – Les médias donnent-ils trop la parole aux « antivax » ? (lepoint.fr) Ces « autres » sont moins sincères, ou moins gentils. Antisémites, souverainistes et partis politiques à la dérive dégradent les messages d’origine pour des objectifs de récupération grossiers, de possibilité d’accès aux médias, ou d’expression de haine pure et simple. Que cherchent ces politiques qui défilent avec les anti-pass? (headtopics.com) On a connu cela lors des manifestations de gilets jaunes, avec des tentatives de détournement politique, et des animations violentes qui n’avaient pas été invitées. On retrouve là, en chair et en os, l’expression des réseaux sociaux dans leur dynamisme autant que dans leurs perversions diverses.

Pendant ce temps, les inégalités sociales, réelles justifications de protestations publiques, se multiplient, et là c’est plutôt silence dans les rues.

Dans cette période de rentrée scolaire, le taux d’occupation des populations pourra calmer les ardeurs quelques jours mais ce qu’on appelle traditionnellement la « rentrée sociale » sera une nouvelle occasion donnée aux « antis« , en marge des messages populaires et actions syndicales traditionnelles. Les responsables politiques de tous bords ont une responsabilité dans le tri qui est à faire en communication. La CGT, FO FSU et Solidaires appellent à la mobilisation le 5 octobre | L’Humanité (humanite.fr) Le gouvernement actuel s’est habitué à des communications « de réaction » ce qui est la dernière des choses à faire. On attend de la réflexion et de l’échange et non une énumération de principes se terminant tous par « républicain(e)s« . Vont débuter les litanies de promesses de candidats aux présidentielles 2022 avec des augmentations de salaires, des charges en diminution et Bla, Bla… Présidentielle 2022: Guillaume Peltier propose une augmentation de 20% des salaires (headtopics.com) C’est une occasion supplémentaire de mise en cause de la crédibilité politique, de l’eau aux nombreux moulins des antis et non de l’espoir pour tous.

Les colères exprimées autour du vaccin, entre autres, peuvent être incompréhensibles ou ridicules pour une grande majorité de français. Mais dans une démocratie, rien ne doit être ignoré ou méprisé, car l’origine est souvent plus parlante que l’expression.

Pour l’Etat, rechercher cette origine serait déjà assumer sa part de responsabilité.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

Un avis sur « L’Etat, les Partis, et les Antis : La Poule et l’Œuf. »

  1. L’élite et le peuple, la distance et la rupture
    Il existe, de tout temps, ce qu’on appelle communément, à tort, une rupture entre le peuple et l’élite.
    A tort, car ce phénomène n’est pas une rupture mais une distance, ce qui est moins grave parce qu’une rupture sépare alors que la distance est réductible.
    L’élite est ce qui se distingue par des qualités exceptionnelles qui sont profitables à tou(te)s, ce qui rend souhaitable son émergence.
    Les qualités exceptionnelles de l’élite peuvent avoir, ou pas, un caractère permanent, ce qui rend délicate sa gestion et justifie que la distance entre le peuple et l’élite doive être réduite afin d’éviter cette rupture préjudiciable.
    La distance qui s’instaure entre l’élite et le peuple, par le fait le l’isolement mental inévitable dans lequel ces deux entités s’installent peut s’accroître et apparaître alors comme une rupture.
    L’élite s’appuyant sur ses qualités, qui deviennent des compétences, égoïstement, peut, à l’infini, jouir, ignorant le commun, de sa position dominante.
    Ce qui en fait, dans ce cas, une élite non plus souhaitable mais préjudiciable, d’abord au peuple puis à elle-même car la frustration entraîne la violence, contagieuse, si celle-ci est ressentie seule capable de rétablir un équilibre juste.
    L’élite ne peut s’exonérer du peuple dont elle est.
    L’élite n’est pas une masse uniforme. Elle est sujette à des fluctuations qui la rendent faillible, heureusement humaine. Ses composant(e)s ont des performances variables qui peuvent aller de l’excellence à la médiocrité.
    Le peuple a des aspirations, mais pas seulement, il a des qualités et des compétences, qu’il peut aussi amender, jusqu’à l’excellence.
    Le peuple et l’élite ne font qu’un et justifient ainsi le système unitaire.
    Cette évidence ne se constate pourtant pas toujours, à cause de nos instincts primaux qui contrarient en permanence notre humanité, ce qui fait le terreau des partis politiques, surfant en permanence sur nos deux caractéristiques, l’une intellectuelle, l’autre viscérale.
    Il est de la responsabilité de l’élite, qui détient le pouvoir, et du peuple, qui aspire à ne pas en être exclus, de mettre en place les structures permettant de réduire autant qu’il est possible et nécessaire la distance entre ces deux composants qui ont, par nature, cette faculté d’osmose.

    Il y a deux élites, la première, c’est l’élite institutionnalisée, celle qui encadre la société. Sa fonction est de réguler l’organisation fonctionnelle et hiérarchique.
    Tenant les rênes du pouvoir, cette élite tend à les rigidifier afin de conserver sa position, voire même à l’accroitre plutôt qu’à l’assouplir afin de la rendre accessible et de la partager. Cette tendance est accrue par le fait qu’elle souhaite transmettre cette position à sa descendance.
    Celle-ci, bien sûr, dans une large mesure, figera cet état.
    Ceci est naturel mais primal et s’oppose peu à peu à l’émancipation qu’y est l’ambition de l’éducation.
    La seconde, c’est l’élite qui surgit, qui s’impose grâce à ses capacités, elle existe dans tous les domaines, celle-là n’est pas figée et peut éclore dans tous les milieux. Celle-là peut être freinée, empêchée, étouffée alors que celle-là doit être encouragée. Heureusement.

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