Politique et Médias : La Kirkisation

Article écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

L’évolution du pouvoir des médias est une réalité que nul ne peut ignorer. Les échanges entre le monde des médias et le monde réel sont de plus en plus nombreux et la distinction entre les deux univers est de plus en plus fine. Dans les années 60 (1966) était diffusée à la télévision pour la première fois la série Star Trek racontant les aventures du vaisseau spatial USS Enterprise commandé par le capitaine Kirk (William Shatner). Cette série a fait le bonheur des « baby boomers » dans une fresque de science fiction qui a laissé sa marque dans l’histoire des réalisations pour la télévision. Aujourd’hui, le capitaine Kirk, âgé de 90 ans, est allé dans l’espace « pour de vrai« , grâce aux milliards de l’un de ses fans : Jeff Bezos. Star Trek : le capitaine Kirk s’envole dans l’espace (msn.com) Ainsi le capitaine Kirk, à la fin de sa vie, sera passé de l’espace virtuel à l’espace réel, dans un marketing bien pensé pour l’occasion. La Kirkisation, mot inventé pour cet article (prononcer Keurkisation), représente, comme cet événement, la porosité grandissante entre l’exposition occasionnée par les médias, et l’action réelle dont ces médias se font l’écho. Cette fois, le capitaine Kirk de Star Trek s’est vraiment rendu dans l’espace – Sciences et Avenir

James Tiberius Kirk

Il existe, dans le domaine politique, des exemples de plus en plus nombreux de ce phénomène, aux aspects trompeurs, mais aussi reflet de l’évolution des technologies de l’information qui s’insèrent petit à petit dans la vraie vie. Ces acteurs ont aussi fait de la politique ! – Dossier Cinéma – AlloCiné (allocine.fr) L’exemple de Donald Trump est le plus connu de ce passage de la notoriété média-business à celle des bulletins de vote. Il y a aussi Volodymyr Zelensky, élu Président de l’Ukraine, sans la moindre expérience, après avoir joué dans une série racontant à peu près la même chose, et Hema Malini, actrice indienne devenue députée en 2014. Plus loin dans le passé, nous avons eu Bernard Tapie en France, Melina Merkouri en Grèce, Arnold Schwarzenegger en Californie, et enfin Ronald Reagan, Président des Etats-Unis en 1981. En France nous n’avons pas encore eu d’acteur, journaliste, chroniqueur ou autre métier de médias élu(e) Président(e). Mais nous voyons bien avec les projecteurs braqués sur E. Zemmour que le concept n’est pas rejeté a priori par un certain nombre de gens. Un sondage donne pour la première fois Éric Zemmour qualifié au second tour de la présidentielle (lefigaro.fr) Ce polémiste-journaliste est typique de la Kirkisation du monde politique qui traduit le succès d’audience en succès de votes, sans distinction. Il y a fort à parier que la réalité sera différente au moment de voter, mais cela reste tout de même la preuve que les fenêtres ouvertes d’un monde à l’autre sont plus nombreuses et les tabous moins puissants.

Les résultats de sondages ascensionnels que les médias provoquent pour certains politiques ne sont pas les seuls effets de la Kirkisation. En effet, il peut y avoir aussi un échange inverse, souvent moins brillant et agissant plus en bouée de sauvetage qu’en mise sur orbite. C’est le cas de Manuel Valls qui, après avoir été Premier Ministre de la France, puis mis en échec aux élections espagnoles pour la Mairie de Barcelone, se retrouve aujourd’hui « chroniqueur polémiste » sur BFM-TV. Recruté par BFM, Manuel Valls propose de « raser » les quartiers de Marseille pour les « repeupler autrement » (nouvelobs.com) C’est à se demander si « Chroniqueur Polémiste » n’est pas une meilleure planche de réussite que Science-Po ou l’ENA pour les ambitions politiques. Dans le cas de Manuel Valls, toute honte bue, les tabous ont clairement disparu, et cela pourrait s’avérer une bonne chose pour la qualité des débats de BFM-TV si cela en restait là. Mais sur ces chemins entre virtuel et réel, rien n’est jamais garanti, et les surprises nombreuses.

Dans les périodes pré-électorales d’un(e) Président(e), toujours fortes en médias et en sondages, on a vu les attentes et les intérêts du public évoluer. Par exemple, le débat du second tour est devenu le PSG-OM de la politique. Attendu comme le spectacle d’une cloche de discorde décisive, l’attente majeure est de ne pas refaire le même que précédemment. On va dire pour les uns qu’il faut éliminer M. Le Pen, pour d’autres qu’il en y en a marre d’E. Macron, mais pour l’ensemble il faut une exclusivité de spectacle inédit, un suspense d’un nouveau genre, bref, une saison 2 qui apporte son lot d’imprévus. Cotta – Un grand débat plus « tout sauf Le Pen » que « tout sauf Macron » – Le Point E. Zemmour, sans le savoir vraiment, surfe aussi là-dessus avec ce mélange indistinct entre l’appel du choc média et la recherche de crédibilité professionnelle politique. Au chapitre du 4e pouvoir, les journalistes publient aussi, et parfois sans le savoir à l’avance, donnent à leurs éditions un poids inouï sur la destinée des présidences :

Pour les politiques « professionnels » classiques que nous connaissons, candidats ou Président, il faut reconnaître que la pilule a du mal à passer. « Ce n’est pas crédible » : Valérie Pécresse se paye Éric Zemmour – Gala Ces gens ont beaucoup travaillé pour parvenir à un niveau de connaissance politique et technique suffisant pour que leur parole soit entendue et surtout crue. Alors ils n’ont clairement pas envie de se retrouver à rediscuter des livres d’histoire, de la place des femmes, du choix des prénoms, de la peine de mort et de la France rétrécie. Macron tacle Zemmour au sommet Afrique-France – Le Parisien Ils connaissent par cœur le droit constitutionnel et le code civil, et parlent (enfin !) anglais pour certains, ce qui est utile en Europe, entre autres compétences brutes. Ce n’est pas une question de mépris, mais celle de la connaissance, qu’on soit de Droite, de la Majorité, ou de Gauche, on peut comprendre leur malaise. Mais la Kirkisation se développera, alors il faut que les politiques estampillés « compétents » prennent en compte ce phénomène pour s’y adapter, l’utiliser, au lieu de l’ignorer ou de le combattre. Pour Xavier Bertrand, Eric Zemmour est « un diviseur » aux « propos monstrueux » (parismatch.com) On ne combat pas l’évolution. La communication peut les aider, car les médias sont une force incontournable à condition de ne pas leur déléguer tous les pouvoirs.

On ne devient pas médecin par une formation de « chroniqueur-polémiste« .

Espérons que Président non plus.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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