Parole Politique : Le Pendule de Newton

Article écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

Les événements et prises de parole politiques en période pré-électorale agissent comme les billes du Pendule de Newton. Le principe de ce pendule est de transmettre l’énergie cinétique de la première bille lancée aux autres billes pour que la dernière en récupère l’effet de balancier. En retombant, le schéma s’inverse et recommence de façon quasi éternelle, les frottements mettant fin au mouvement après un temps si long qu’on pourrait croire au mouvement perpétuel. Qu’est-ce que la première loi de Newton ? (leçon) | Khan Academy

La parole et la décision politique fonctionnent de la même façon. Un avis ou une opinion lancés sur les médias en provenance d’un bord politique provoquent un avis contraire à l’autre extrémité, lui-même relancé par les médias (les billes du milieu), avec pour effet une contre-réaction etc… Plus le premier message est fort, inédit ou contraignant, plus l’effet cinétique de la réaction opposée est bruyante et puissante. L’exemple de l’appel légitime à la vaccination d’E. Macron en juillet 2021, avec mesures d’obligations vaccinales, a généré un effet retour équivalent en puissance des oppositions : « Claire », « brutale », « hygiénisme inefficace » : les réactions politiques à l’allocution de Macron (ouest-france.fr) Dans le cas de décisions ou de messages politiques médiatisés, on peut se demander si le mouvement perpétuel n’existerait pas, finalement. L’autre effet, moins célèbre, est qu’à force de le regarder, cela peut rendre fou. Le parallèle avec les aller-retours d’opinions, de débats et sondages sans fin des chaînes d’info va presque de soi. «Les chaînes d’info en continu, c’est l’art de remplir le vide» (lefigaro.fr) Nous sommes donc exposés, en tant que citoyens, à une forme à la fois répétitive, hypnotique et souvent creuse de la politique. Nous ne sommes pas loin des techniques publicitaires, basées sur la répétition et la réaction. Fort heureusement, quelques uns prennent le temps de la digestion, du recul et du retour à la lucidité, mais une certaine volonté est nécessaire.

Les tentatives de face-à-face des extrêmes politiques, a priori forts en énergie, se sont révélées décevantes et en droite ligne avec la métaphore de la physique de Newton : 2 forces équivalentes qui se rencontrent génèrent une énergie cinétique en retour de moitié pour chacune, comme deux billes lancées l’une contre l’autre qui ne remontent qu’à la moitié du trajet aller. L’exemple du débat J.L. Mélenchon vs E. Zemmour est la reproduction exacte de cette règle de physique : les deux énergies opposées se sont rejetées avec moins de force qu’attendu, générant une forme de surprise molle. Entre Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour, un débat sans surprise (lemonde.fr) De même, lorsque G. Darmanin a débattu avec M. Le Pen, les forces déjà faibles au départ, se sont simplement annulées, donnant lieu à un moment de discussion entre amis, ce qui a pu être interprété par le public comme une forme de complicité sous-jacente. Débat entre Marine Le Pen et Gérald Darmanin : la dédiabolisation par procuration (lemonde.fr) C’est ce qui arrive lorsqu’on lance deux billes directement l’une contre l’autre, sans avoir celles du milieu qui transmettent l’énergie à force égale. Les billes du milieu représentent les médias dans cette métaphore. Les futurs débats, faibles en énergie de combat pour la primaire Les Républicains, risquent un déficit d’audience certain, leur sujet n’étant pas l’invective mais la recherche de différences. Il n’y a pas à choisir, il faut se préparer de la façon la plus créative possible pour recharger l’énergie des billes.

Les exemples « d’action-réaction » à force égale dans les échanges politiques d’aujourd’hui sont très nombreux lorsqu’ils sont transmis par les médias. Il peut y avoir une forme d’exagération ou de transformation si un journaliste fait du zèle, mais le simple fait qu’il n’y ait pas de contact direct entre deux protagonistes opposés maintient le niveau énergétique au plus haut. Eric Zemmour s’amuse à cibler des journalistes avec un fusil (lemonde.fr) L’image en forme de provocation d’E. Zemmour visant des journalistes avec une arme lors d’un salon sur la sécurité a provoqué l’indignation énergique de M. Schiappa sur les réseaux sociaux : premier choc de billes transmis par les médias. « C’est horrifiant » : Marlène Schiappa s’indigne après qu’Eric Zemmour a pointé une arme en direction de journalistes (programme-tv.net) Le deuxième choc est venu du retour quasi insultant d’E. Zemmour en réponse, etc… “C’est une imbécile !” : pourquoi Eric Zemmour a-t-il insulté Marlène Schiappa ? La ministre lui répond ! (VIDEO) (msn.com) On voit bien que l’absence de « direct » entre deux opposés libère les mots et les expressions avec la possibilité d’une vendetta verbale interminable. La désolation du spectacle est évidemment une mine d’audience pour les médias, même s’ils n’ont fait que filmer sans commentaire. Quant à la profondeur du débat, elle attendra patiemment un autre siècle.

La gauche démocrate n’est pas en reste sur cette démonstration de physique appliquée à la psychologie politique. Lorsque F. Hollande ressurgit un livre à la main qui explique que les candidatures de gauche sont « lilliputiennes » selon ses propres termes, on a un lancé de bille parfait pour obtenir l’équivalent en retour. Anne Hidalgo a donc réagi, comme on pouvait s’y attendre, avec une force équivalente : Anne Hidalgo « piquée au vif » : elle demande des explications à François Hollande (msn.com) . Du côté « Gauche modérée » de la politique en France, on pourrait s’attendre à ce qu’ils lancent des billes ailleurs qu’entre eux, mais creuser encore après avoir touché le fond semble leur convenir. On le regrette.

Il est possible de citer de nombreux exemples, de tous bords politiques. Que ce soit dans les soutiens présidentiels, le Président lui-même, F. Bayrou, E. Philippe, et tous ceux qui s’estiment déjà gagnants dans cette campagne, ou Les Républicains, assiégés par les doutes des médias sur leur entente et en mal d’une « stratégie qui tue le premier tour« , ou bien encore les écologistes écartelés entre social, nucléaire, radicalité et faisabilité, c’est une liste interminable. L’expression politique de combat trouve son énergie populaire dans la médiatisation et non dans l’affrontement direct.

Entre les invectives spectaculaires à distance et l’assommoir de la plupart des débats en direct, il faudra trouver un autre chemin vers les français. Malheureusement, pour améliorer la qualité des échanges, Isaac Newton n’a laissé aucun héritage utilisable.

Alors on se rabat sur ses lois de cinétique, en attendant…

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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