2022 : Politique, Médias et Fruit Miracle

Article écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

Le Synsepalum Dulcificum également appelé « Fruit Miracle » est une baie rouge qui a la propriété, lorsqu’on la croque, de transformer les goûts acides et amers des aliments en goûts sucrés. Rapportée aux rôles et aux effets des médias sur l’efficacité politique en période électorale, cette métaphore représente ce que les politiques attendent des médias : un effet positif et convaincant sur leur image, leur crédibilité et la bonne perception de leurs capacités, un résultat sucré. Présidentielle 2022: le débat national que de nombreux Français attendent | Le HuffPost (huffingtonpost.fr) Il n’est pas certain que la recette de la petite baie rouge fonctionne aussi bien dans le couple médias-politique car les goûts doux amers ou même acides sont souvent au menu des audiences. Pourtant, tous les politiques sont au rendez-vous du fruit miracle. Mais les stratégies ou comportements vis-à-vis des médias appartiennent à des familles différentes, même si quelques recettes sont partagées.

Les « Punchliners » : nous sommes là dans le monde du langage qui pourrait être assez proche des publics les plus jeunes si les émetteurs étaient moins âgés. Présidentielle 2022 : « On a grandi avec ses phrases cultes… » Ces jeunes LR séduits par Eric Zemmour (20minutes.fr) Cette approche peut fonctionner dans une « reprise » médiatique mais elle présente quelques inconvénients et pose également un problème stratégique. Les obstacles ou freins à ce comportement vis-à-vis des médias sont qu’une « punchline » obéit aux lois de la publicité pour le meilleur ou pour le pire. « Abstention, piège à cons » : la phrase choc de Jean-Luc Mélenchon – Vidéo (politologue.com) En effet, si une phrase choc est réussie, elle laissera une empreinte « en tant que telle » par amusement, choc moral ou trait d’esprit. Mais elle ne vivra que le temps de son émission et de sa reprise par les médias. Pour Yannick Jadot, Éric Zemmour est un « petit collabo de salon » – Le Point Le public, s’il est enchanté, attendra la suivante, et la personnalité politique en question pourra rapidement se transformer en amuseur public, ce qui n’est la stature recherchée par aucun(e) politique. Les petites blagues de François Hollande, prix de l’humour politique (parismatch.com) Certaines phrases restent dans l’histoire, mais le fameux « Je vous ai compris » de De Gaulle en juin 1958, pour ne citer que celle-ci, n’a pas eu le même impact que le « casse toi pauvre con » de N. Sarkozy, les « Gaulois réfractaires au changement » d’E. Macron ou « la République c’est moi ! » de J.L. Mélenchon. Cette approche du fruit miracle n’est certainement pas la bonne, car c’est la plus risquée, en particulier pour les candidats sortants. Les médias, toutefois, peuvent y trouver l’espoir d’un booster d’audience, et certains en ont même fait une émission de télévision :

Les « Sérieux » : Il faut chercher cette approche des contacts médias plutôt du côté des Républicains . C’est en soi respectable et conforme à une image un peu rigide vis-à-vis de ce qui est médias et communication. Présidentielle 2022: Xavier Bertrand ne veut pas être le «prochain président du quoi qu’il en coûte» – Politique | L’Opinion (lopinion.fr) Le problème de cette stratégie est qu’elle s’entend comme une leçon un peu permanente de « Nous on est sérieux, honnêtes et transparents, et on sait ce qui est bon pour les français alors arrêtez de nous emmerder avec vos questions« . Le passé a démontré à de multiples reprises que les promesses d’honnêteté et de transparence rendaient les mises en cause juridiques politiquement mortelles. F. Fillon en a fait les frais, et de l’autre côté, J. Cahuzac, entre autres exemples et sans comparaison. François Fillon, le candidat de « l’honnêteté », touché en plein cœur (lemonde.fr) D’un point de vue média c’est une approche peu dynamisante en audience, car toute charge émotionnelle est mise de côté pour une recherche argumentaire pure et des références au passé. Présidentielle 2022 : tous les candidats de droite « se revendiquent de l’héritage du général de Gaulle », analyse l’éditorialiste politique Olivier Gracia (francetvinfo.fr) La Droite républicaine ne croit pas en la communication, et lors d’une campagne présidentielle, c’est un problème plus lourd que de choisir le ou la bonne candidate. Le public est renvoyé a des souvenirs ados de profs d’allemand rigides qui donnaient une dimension encore plus onirique à l’heure de la récréation. Faire envie reste la clé. Les républicains doivent bosser là-dessus.

Les « Tribuns » : J.L. Mélenchon et E. Zemmour se sont saisis de ce positionnement face aux médias avec tous les paradoxes propres à notre époque surinformée. Un tribun n’est jamais interrompu, et ne donne aucune chance au dialogue. Présidentielle 2022 : Jean-Luc Mélenchon, tribun de la jeune génération (lanouvellerepublique.fr) C’est un moyen de communiquer de façon spectaculaire, un peu comme un concert avec une salle remplie de fans. Tous les candidats le font mais ces deux-là sont passés maître dans l’usage des formes pour que les reprises médiatiques s’enchaînent à un bon rythme. L’un des paradoxes est qu’ils affirment détester les médias, ce dont les médias raffolent. Avec Zemmour, les médias français enlisés dans le même piège que celui de Trump | Les Echos La détestation est d’ailleurs le fil rouge des arguments développés, les médias n’en étant que l’une des victimes, celle-ci consentante. Curieusement, avec des point de de vue diamétralement opposés, leur rencontre-débat à la télévision s’est avérée faible en intensité, victime du syndrome du pendule de Newton. Parole Politique : Le Pendule de Newton – Ad Case (adcasecom.agency) L’approche fait flamber les indicateurs mais comme toute flambée, le risque d’être consumé sur la durée est maximum. Entre Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour, un débat sans surprise (lemonde.fr) Le fruit miracle est ici consommé sur place, et rarement à emporter.

Les « Je ne sais pas faire » : On retrouve ici trois partis politiques clairement identifiés, ce qui rend tout à fait étrange le fait qu’ils soient dans cette catégorie. Les Ecologistes, le Parti Socialiste et le Rassemblement National. Est-ce la personnalité de Y. Jadot, A. Hidalgo et M. Le Pen ou la difficulté politique du moment ? Présidentielle 2022 : Anne Hidalgo ira-t-elle jusqu’au bout ? (europe1.fr) Il n’est pas facile d’en tirer des conclusions car ces personnalités politiques ont toutes un passé connu mais une image qui est soit floue, soit en régression, soit en phase de « faire ses preuves » comme pour Y. Jadot et A. Hidalgo. Présidentielle 2022 : comment Jadot veut sortir de l’ombre d’Hidalgo et de Mélenchon (rtl.fr) Ils souffrent d’ennemis intérieurs plus que des combats politiques ce qui rend leur communication compliquée. On se rend compte que Y. Jadot et A. Hidalgo, par exemple, retrouvent de toutes petites couleurs dans les médias lorsqu’ils combattent clairement l’extrême Droite avec de vrais mots, mais cela ne fait pas un programme, ni une audience sur la durée. M. Le Pen est hantée (médiatiquement parlant) par le débat-catastrophe de 2017, et le traumatisme additionnel d’E. Zemmour sera soit sa perte soit son « reboot« . Présidentielle 2022: Marine Le Pen face au mur des parrainages | Le HuffPost (huffingtonpost.fr). Le Fruit Miracle est encore loin.

Enfin il y a « l’horloger » : Lui a compris ses erreurs « d’ex punchliner » et, par la voie de son calendrier officiel d’activité, vient couper les branches de tous ceux qui sont dans l’arbre, les uns après les autres. Emmanuel Macron face au flou d’une campagne incertaine (lefigaro.fr) E. Macron avec sa stratégie « intraverse » peut placer ses interventions aux dates de son choix, dans une tactique calender bien huilée pour ruiner les effets médias des concurrents. E. Macron : La Stratégie Intraverse – Ad Case (adcasecom.agency) Chaque intervention officielle du Président rassemble près de 30 millions de téléspectateurs. Il n’ a pas besoin de se déclarer candidat trop rapidement car l’Horloger devra devenir Tribun et parfois Sérieux, postures nettement moins efficaces dans des médias sursaturés. En attendant, il a réglé son approche des médias, pour en tirer le sucre au dépend des acides.

Le « Fruit Miracle » fonctionne quand les attentes des médias et celles des politiques se rejoignent sans pour autant devenir complaisantes ou molles. La masse d’audience reste l’arbitre des amabilités, plus que les sondages, et c’est cette recherche qui unit les deux entités dans un intérêt commun.

Politique et médias ne font ni bon ni mauvais ménage. Ils sont le rêve de l’autre.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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