Politique, Médias et Société : Le Variant Alpha

Article écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

Le mot « variant » est indéniablement l’un des plus utilisés en ce moment. C’est donc l’occasion de tenter d’analyser celui qui gangrène les relations entre les hommes et les femmes attachés aux métiers du pouvoir politique. Le variant Alpha (inventé pour cet article) est bien celui qui va de la domination masculine vaguement entretenue jusqu’aux agressions sexuelles graves et violences faites aux femmes de cet univers. Scandales sexuels : avant Hulot, de DSK à Baupin, retour sur dix ans d’affaires dans le monde politique (sudouest.fr)

Plus l’homme est publiquement reconnu et haut placé, plus le variant peut circuler tranquillement. Détecté depuis longtemps mais dénoncé depuis peu, il est à l’origine de trois conséquences distinctes : la première est évidemment le préjudice des victimes qui va bien au-delà du ou des moments d’agression car, pour beaucoup d’entre elles, leur vie en est marquée durablement. Ces victimes sont la plupart du temps inconnues au moment des faits, à l’inverse de l’agresseur, et se réfugient dans le silence qui mêle le dégoût à la crainte. Engagées en politique, 285 femmes demandent à écarter les auteurs d’agressions sexuelles de la vie électorale (francebleu.fr) La deuxième est la confirmation physique d’un ascendant supposé des agresseurs, qui trouvent ainsi une forme ultime d’accomplissement, confirmant que le pouvoir hiérarchique et la notoriété restent pour eux des valeurs sûres, associées au silence des victimes. C’est ce qui occasionne la récidive.

La troisième conséquence est la médiatisation des affaires qui transforme ce qui devrait être confié à la justice en un tribunal populaire où se retrouvent les vraies victimes, les vrais coupables, les militants et les commentateurs, occasionnant un risque d’erreur. Affaire Nicolas Hulot: le porte-parole de Yannick Jadot, Matthieu Orphelin, mis « en retrait » de la campagne présidentielle (msn.com) Même minime, ce risque n’est pas à considérer comme dommage collatéral dans une démocratie. La répétition de l’expression « présumé innocent » dans chaque commentaire ne rend pas l’accusé plus innocent pour autant, aux yeux du public et de son entourage, la sentence étant rendue en direct live. Accusations contre Hulot: « La justice ne se rend pas sur les plateaux de télé », dit Dupond-Moretti (msn.com)

La question de la responsabilité de l’Etat, dans sa communication, est centrale car il apparaît clairement que ce sujet navigue entre deux eaux, celle des médias et celle de la justice. Or l’Etat ne peut s’exprimer clairement qu’à la suite de décisions de justice et non d’expressions médias, même répétitives et laissant peu de doute. Le tribunal médiatique, le juge et la raison | La base Lextenso (labase-lextenso.fr) Et le calendrier médias n’est pas le même que celui de la justice. Il y a pourtant un besoin clair de prise de position visible car la fameuse prescription sur ces crimes correspond souvent à la zone de silence obscur dans laquelle vivent les victimes depuis leur(s) agression(s). Les femmes politiques lyonnaises dans la rue pour manifester contre les agressions sexuelles (francetvinfo.fr) Dans le cas de l’affaire de N. Hulot, la raison pour laquelle la justice vient d’être impliquée est que l’obtention d’une sentence théorique est une reconnaissance aux victimes et une libération de la parole publique (aucune peine n’étant possible : prescription). Ceci au cas où la justice rendrait un avis de culpabilité. le parquet de Paris ouvre une enquête pour « viol et agressions sexuelles » – 24H News (yj.fr) Qu’on le veuille ou non, il y a tout de même une forme d’omerta sur le sujet, l’ensemble des élus étant représenté nationalement ou localement par des hommes en majorité, d’un âge certain et issus d’une éducation générationnelle loin de ces sujets. «Parler, pendant longtemps, signifiait quitter la politique» : quand #MeTooPolitique révèle une omerta féroce – Le Parisien

On pourrait faire un parallèle avec l’Eglise catholique, championne toutes catégories du secret d’alcôve et de la dissimulation bien pensante. Comme par hasard, d’ailleurs, la libération de la parole des femmes, en progrès, correspond également à celle des hommes et femmes victimes des crimes couverts par l’institution religieuse, avec les mêmes délais de silence traumatique des plaignants et les mêmes regards vers leurs chaussures des accusés, acteurs ou « sachants« . Le rapport Sauvé a recensé 330.000 victimes de pédocriminalité dans l’Église française | Le HuffPost (huffingtonpost.fr)

L’Etat a toutefois une dette morale envers les victimes lorsque l’un de ses membres se retrouve éclairé par les médias à la suite d’une enquête, de plusieurs témoignages ou de plaintes. En évitant d’accabler sans preuve un accusé, l’Etat peut tout de même tendre la main aux femmes qui s’expriment car l’aveu public d’une action subie de ce type n’est certainement pas la voie de la facilité, après un si long temps de secret. Violences sexuelles et sexistes des élus : le site du #MeToo politique hacké au bout de quelques heures – Le Parisien Comprenons qu’il ne s’agit pas de dragues foireuses ou maladroites, ou d’une grossièreté malvenue de fin de soirée arrosée, mais de vraies actions agressives qui tombent sous le coup de la loi. La différence est impossible à prouver parfois, mais elle est essentielle. Les hommes ne sont pas tous très fins, mais pas tous des prédateurs non plus. Est-ce de la drague, du harcèlement ou une agression sexuelle ? Un quiz pour faire la différence (lemonde.fr) Ce qui doit interpeller c’est la répétition des actes, souvent connus de l’entourage professionnel, plus rarement de celui de la vie privée ou familiale. Mais pour ces témoins qui « se doutent de quelque chose », la difficulté de la dénonciation est simplement l’absence de capacité à qualifier des faits, avec soit un témoignage, soit une preuve. #MeToo : « Sans les témoins, on ne peut pas faire d’enquêtes sur les violences sexuelles », estime la journaliste Marine Turchi (20minutes.fr) Et si le « suspect » est un homme public, qui plus est dans le haut du panier de la hiérarchie politique et de la notoriété, l’hésitation est d’autant plus forte pour dénoncer clairement.

La structure de l’institution politique doit changer pour améliorer la sécurité des femmes dans cet univers, sans qu’elle soit confiée au hasard ou aux témoins éventuels. Violences sexuelles : « Ne pas forcer les témoignages », respecter la parole des victimes, et leur silence (lemonde.fr) Un lieu sécurisé et neutre de parole et d’écoute est indispensable au sein de l’institution politique dans son ensemble. Il peut être numérique ou physique ou les deux mais il doit exister, en marge des actions juridiques ou médias. L’Etat s’engage pour lutter contre le phénomène général mais ce combat doit aussi trouver des solutions efficaces à l’intérieur du réseau d’élus.

La parole des femmes se libère, mais l’oreille de l’organisation politique est encore légèrement bouchée. Affaire Nicolas Hulot : la majorité, soupçonnée d’avoir couvert l’ancien ministre, riposte (msn.com) Il en va de même dans tous les univers médiatisés comme si la reconnaissance d’une personne par un public donnait un pouvoir moyenâgeux et hors du droit, transformant la tentation en prédation, dans un monde d’aveugles et de sourds. Le chemin est encore long. Violences sexuelles. Politique, sport, enseignement supérieur : quatre ans après, la déferlante #MeToo continue (lalsace.fr)

La parole politique ne peut s’exprimer en lieu et place de la justice, c’est heureux.

Mais écouter et voir serait un pas vers un variant Oméga.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 sur : https://adcasecom.agency/blog

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