Politique et Médias : le Plus, Ennemi du Bien

Article n° 152 du 17 janvier 2022, écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

Le cerveau humain est capable d’enregistrer des informations qui engendrent des comportements ou des actions. Toutefois, cette logique de chaîne de commandes peut être bloquée ou freinée par une quantité trop importante d’informations, de stimuli contradictoires, reçus en un temps très court, provenant d’émetteurs différents. Cerveau humain : 8 choses à savoir – Ooreka La politique, en particulier lors de cette campagne 2022 pour le job ultime, est la source d’une multitude de sollicitations intellectuelles ou émotionnelles, comme un gigantesque embouteillage produit par les médias.

Etrangement, les multiples allers-retours circonstanciels des candidats dans leur popularité ou impopularité créent de mini-événements successifs présentés comme de réelles informations alors que les chiffres démontrent invariablement la même chose. «En avril 2022, le vrai changement pour la France serait la stabilité». La tribune de Richard Bielle – l’Opinion (lopinion.fr) La Gauche rame toujours après avoir eu le pouvoir, la Droite exprime l’absence de désordre, la foi dans l’effort dans une verticalité rassurante et paternaliste (même avec une femme aux commandes), et les extrêmes se nourrissent à Droite lentement mais sûrement au gré des insécurités grandissantes fantasmées ou réelles. C’est ainsi depuis toujours. Les invariants du discours politique – Recherche des spécificités du discours politique sur le (123dok.net) Ce phénomène accrédite l’idée selon laquelle la société française aurait une forme d’inertie d’opinion liée à sa culture et à sa situation géographique. On ne parle pas anglais parce qu’on n’a pas besoin de voyager : nous avons la mer, la campagne, la montagne, et les plus belles villes du monde. On peut donc légitimement s’interroger sur l’intérêt de la quantité d’informations qui nous est délivrée quotidiennement, puisque les éléments de stabilité ancrés représentent la grande majorité des opinions.

Ces archaïsmes qui paraissent ennemis de toute dynamique ne sont rien d’autre que le ciment de l’opinion politique, le quinquennat qui s’achève n’ayant pas brisé cet état endémique. La forme change, les partis se trouvent des noms poétiques, mais la vision sociale opposée à la vision d’efficacité reste le champ permanent des débats, sans que l’accélération technologique y change grand chose. Ce que révèlent les noms des partis politiques – Edition du soir Ouest-France – 05/01/2021 Par exemple, voiture électrique ou non, la question de la circulation reste entière, pour prendre une métaphore actuelle, le vrai problème restant l’infrastructure globale et non les véhicules eux-mêmes. D’une certaine manière, la vie politique et les propositions par tonnes qui sont faites ne s’étendent que très rarement au-delà de l’échéance d’un quinquennat. Les structures d’aujourd’hui, politiques, institutionnelles, et par voie de conséquence celles de la nation, n’ont pas bougé depuis des lustres. C’est la loi du court terme qui dégrade l’hôpital public, qui nourrit la lenteur écologique et la fascination vaine pour le tout numérique, pour ne citer que quelques exemples. Une stratégie de long terme permettrait de remonter ces différentes pentes, et bien d’autres.

Aristote (philosophe grec, 384-322 av. J.-C) avait qualifié le progrès : « Le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous« , que la SNCF avait repris comme slogan publicitaire. Cette maxime pourrait s’appliquer à la quasi totalité des domaines de progrès, incluant les structures et langages politiques. Prenons la récente candidature de C. Taubira, sans en faire une critique d’opinion. Candidate officielle à la présidentielle, Christiane Taubira veut bousculer le paysage à gauche (lefigaro.fr) Elle vient augmenter la masse des candidatures en jouant dans le discours sur des références sans nouveauté ainsi que sur le lieu de l’annonce (Lyon, la révolte des Canuts en 1831) . Le résultat risque d’être décevant face à la multitude des candidatures: Présidentielle 2022: la Primaire Populaire «n’est pas ce qui permettra de dégager une candidature commune», selon Anne Hidalgo (lefigaro.fr) A Gauche, on pourrait peut-être se demander ou imaginer  » ce que doit être le social du 21e siècle« , de même qu’à Droite (LR), on pourrait nous expliquer « ce que doit être l’efficacité du 21e siècle« . La masse de punchlines médiatisées de V. Pécresse obscurcit son message stratégique, la sensation d’une « responsable crédible au travail » n’étant pas suffisante pour sortir du lot. Valérie Pécresse candidate LR à la présidentielle, vous n’avez pas fini d’entendre cette punchline | Le HuffPost (huffingtonpost.fr) L’attente des électorats reste de pouvoir apprécier la capacité des candidat(e)s à faire face aux sujets d’urgence mais dans une approche de long terme ; c’est une quadrature du cercle, avec les inévitables impossibles et les probables inattendus, mais c’est ce qui est espéré, et donc « partagé par tous« .

La majorité présidentielle est elle-même noyée dans le nombre, que ce soit le trop de communications ou le trop de décisions. L’impression reste brouillonne, sans recul et il est très difficile de voir de quel apprentissage ou maturation ce gouvernement pourrait tirer un bénéfice pour améliorer un second mandat. La Macronie planche en désordre sur le projet présidentiel (msn.com) La rue s’encombre toujours de manifestants, les contradictions ou excès de parole sont toujours les mêmes cadeaux polémiques aux audiences médias, et la stratégie d’un renouvellement de mandat n’apparaît pas. Les mots deviennent des raisons de faire : Christian Estrosi : sa proposition choc pour “emmerder” les non-vaccinés (msn.com). La multiplication des « partis » de majorité vient compléter cet empilement de choses incompréhensibles, voire inaudibles pour le public. Il s’ensuit d’évidentes tensions, légères ou profondes mais là encore le « plus ennemi du bien » joue à plein : “Pas de tambouille entre les partis” : Emmanuel Macron douche les espoirs d’Édouard Philippe – Gala.

Aux frontières de la démocratie les extrêmes droites s’entretuent en multipliant les erreurs de communication et d’approche (M. Le Pen devant Le Louvre sans droit à l’image, l’absurde et honteuse proposition d’E. Zemmour sur les enfants handicapés, pour ne prendre que les plus récentes). 2022: le ton monte à l’extrême droite entre Le Pen et Zemmour (msn.com). Quant à la Gauche du pôle extrême opposé, l’outrance reste la règle, comme une forme de tradition sans laquelle elle se fondrait dans la masse : Jean-Luc Mélenchon traite Jean-Michel Blanquer de « crétin »: « C’est la campagne de trop pour lui » (bfmtv.com). L’apaisement sera pour une autre fois.

Pour tous les acteurs politiques, la démonstration d’une existence passe aujourd’hui par un nombre d’apparitions, si possible à fort potentiel mémoriel. Cela demande une maîtrise quasi impossible de l’expression sur la durée d’une campagne présidentielle, la gaffe notoire effaçant en une seconde des heures d’interviews ou de paroles publiques.

Car en politique, « le plus » produit toujours son ennemi.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 et 2022 sur : https://adcasecom.agency/blog

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