Présidentielles 2022 : Le Syndrome « Poulidor ».

Article n° 160 du 14 mars 2022, écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

Raymond Poulidor, célèbre coureur cycliste français du siècle dernier, était surnommé « l’éternel second » pour ses classements dans les « grands tours« , et ceci malgré de nombreuses victoires sur d’autres compétitions. Son nom est même devenu, un peu injustement, un symbole de seconde place. Les Poulidor potentiels de cette campagne présidentielle sont, par ordre d’apparition variable dans les sondages : Marine Le Pen, suivie d’un peu plus loin, et dans un mouchoir de poche, de V. Pécresse, Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour. L’échappée de ce peloton par Emmanuel Macron date du début de l’étape, pour reprendre la métaphore cycliste, et s’accentue au fil des événements extérieurs, avec une ligne d’arrivée presque visible désormais, à moins d’un mois du premier tour (de France) des élections. Présidentielle 2022 : l’élection est-elle jouée ? (rtl.fr)

Comme une forme de première conclusion, les quatre poursuivants deviennent au fil des jours qui passent des compétiteurs pour la seconde place. Les discours ou arguments développés en interviews médias se terminent toujours par : « je serai le/la prochain(e) président(e) de la République« . Seule une foi indestructible en leur destin ou leur ligne directe avec Dieu peut faire croire à ce scénario. Il n’y a pas de projection possible qui soit tenable avec l’un d’eux en tête, à moins d’une défection du leader due à des événements extérieurs ou de santé. [Vidéo] Présidentielle 2022 : “Je serai au second tour”, assure Éric Zemmour – Valeurs actuelles Par conséquent, on peut de notre côté « citoyen » imaginer que ces candidats soient lucides, et s’interroger sur ce qu’ils poursuivent en réalité face à cette victoire de plus en plus impossible. La bataille pour être second(e) fait rage, en attendant mieux. Présidentielle 2022 : Mélenchon se replace dans la course pour la finale selon les derniers sondages (20minutes.fr)

La campagne d’E. Macron, même tronquée par l’agenda international, aura lieu comme ont eu lieu les campagnes de ses prédécesseurs. Il y aura sans doute une forme réduite d’enthousiasme et de format, comparativement à sa campagne 2017, les heures n’étant pas aux réjouissances, mais les arguments seront développés. Présidentielle : ce qu’il faut retenir du grand oral sur le climat sur Twitch, sans Emmanuel Macron (msn.com) La guerre russo-ukrainienne est sans doute un réel élément de consolidation de victoire électorale mais elle reste un désastre et non une manipulation politique. Sondage de la présidentielle : La guerre en Ukraine, «pare-balles» de Macron ? (msn.com)

Il va de soi que ses conseils en communication, ou E. Macron lui-même, établiront pour le candidat une forme de leadership basé sur les projets + l’actualité mais il pourrait être vain, voire contre-productif de la part du groupe « Poulidor« , de jouer l’accusation de cynisme. Emmanuel Macron se défend de vouloir fuir la campagne de l’élection présidentielle (lemonde.fr) C’est une forme d’injustice d’une certaine façon, car les possibilités données par l’Histoire de briller s’adressent la plupart du temps aux responsables en charge. L’exemple de Volodymyr Zelensky, passant du comique au héros national et mondial, est malheureusement le fait de l’Histoire et de la personne, et non de la personne seule. Portrait de Volodymyr Zelensky, un président devenu héros | Illustré (illustre.ch) E. Macron, par une forme de détermination à ne pas rompre la ligne directe avec V. Poutine entre dans le club des résistants, des défenseurs de la Paix, et donc de nous-mêmes. Cette image est inaccessible aux candidats challengers, non pas parce qu’ils n’ont pas les qualités requises, mais parce qu’ils ne sont pas exposés.L es rivaux d’Emmanuel Macron l’accusent de « se défiler » en refusant un débat avant le premier tour | Les Echos La possibilité donnée de démontrer est très rare dans une campagne présidentielle, le Président sortant ayant traditionnellement à se justifier d’un bilan imparfait, avec talons d’Achille et promesses non tenues. Aujourd’hui, ces deux éléments qu’E. Macron aurait eu normalement à défendre comme tous les Présidents sortants, s’effacent dans la furie poutinienne. Emmanuel Macron candidat, ses opposants à la présidentielle fustigent son quinquennat | Le HuffPost (huffingtonpost.fr) Ne nous y trompons pas, ce n’est ni une chance ni une opportunité, mais un massacre.

Alors que reste-t-il aux Poulidor, en course pour la 2e place ? On ne peut pas dire que les sujets importants de la politique soient laissés de côté, ce ne serait pas fair-play et de parti-pris. Ce qui cloche, c’est la forme. Présidentielle 2022 : Les oppositions tentent d’adapter leur campagne en temps de guerre (20minutes.fr) En effet, on assiste à des manœuvres et des débats qui ne sont pas au niveau d’une campagne censée développer des projets de société. En fait, le vrai problème est à droite et à la droite de la droite. On ne peut que se désoler de voir V. Pécresse croiser le fer avec E. Zemmour, dans un brouhaha plus ou moins agressif et sans bien discerner ni apprécier les arguments des un(e) et des autres. Présidentielle 2022 : Le débat entre Valérie Pécresse et Eric Zemmour vire au brouhaha et aux boules puantes (20minutes.fr) Naturellement, E. Zemmour est moins bien armé et hors du champ sur bien des sujets, mais on n’a même pas pu réellement assister à un KO, logiquement attendu sur des aspects régaliens ou de futur de la société. En terme d’image et de commentaires, on se contente de « V. Pécresse est meilleure en débat qu’en meeting » ce qui fait une belle jambe à tout le monde. «Si Pécresse est une médiocre oratrice en meeting, elle est vraiment redoutable dans les débats» (msn.com) Il reste un peu de temps pour trouver de l’épaisseur. Que la Droite républicaine tienne au moins son rang historique dans cette élection. La forme est stratégique, il faudrait vraiment que les héritiers de Chirac et Sarkozy se mettent ça dans la tête.

Pendant ce temps, les « marronniers de la politique d’opposition », les durs à cuire que sont M. Le Pen et J.L. Mélenchon, pas nés de la dernière pluie, continuent assez sereinement de construire une place durable, et si possible vaste, dans le peloton des « Poulidor ». Présidentielle: Mélenchon s’adresse « à chaque conscience de gauche » pour rallier le second tour (bfmtv.com) Leurs enjeux et leurs électorats ne sont pas volatiles, comme une forme de capital électoral pour M. Le Pen, historique, stable et sensiblement en tête du groupe avec des arguments classiques. «Rendre leur argent aux Français» : en campagne dans le Nord, Marine Le Pen défend le pouvoir d’achat (europe1.fr) J.L. Mélenchon, historiquement plus challengé, profite de transferts de la Bérézina de la Gauche traditionnelle. Présidentielle 2022 : « Apéro ou Hidalgo »… A Rennes, la jeunesse boude le meeting du PS (20minutes.fr) C’est une sorte de stratégie du matelas, sans réelle chance de victoire non plus dans un second tour, mais apte à générer une force d’opposition audible à l’Assemblée Nationale. Dans le cas de M. Le Pen, et malgré ses déclarations, l’incertitude demeure sur sa volonté/capacité à rester dans la politique en cas de nouvelle deuxième place, ce qui la « poulidoriserait » définitivement. Marine Le Pen « continuera à faire de la politique » même en cas d’échec en 2022 (nouvelobs.com) J.L. Mélenchon pourrait jeter l’éponge, mais son mouvement ne manque pas de successeurs brillants, ce qui est une preuve de maturité structurelle probablement supérieure au R.N. Lille: Adrien Quatennens livre «Génération Mélenchon», itinéraire d’un enfant Insoumis (lavoixdunord.fr) Les deux formations sont enracinées dans la culture d’opposition en France, avec les mêmes leaders depuis de nombreuses années, ce qui semble agréger l’idée que, même aux extrêmes du prisme politique, les traditions historiques restent puissantes.

La démocratie occidentale est aujourd’hui mise en cause par des pouvoirs qui projettent leurs espoirs dans nos faiblesses supposées. Il s’avère que les structures et les personnes de nos démocraties sont capables de protéger sans agresser, dans une coordination presque inattendue. 27/02/2022. Poutine face aux sanctions occidentales – Europe Solidaire Notre débat national y est, par certains aspects, amputé de ce qui en fait son sel et sa raison d’être en période électorale. Mais l’étape législative est l’occasion de rééquilibrer les pouvoirs, de redonner au débat un équilibre représentatif, et de faire en sorte que cette élection présidentielle soit contrebalancée par un plus grand partage de la décision avec les citoyens.

Depuis 2017, ce qu’on a appelé la « jupitérisation » n’est rien d’autre que l’expression constitutionnelle du rôle d’un(e) Président(e) en France. E. Macron en a forcé le trait, ce qui a généré cette expression. Cela doit être changé car les événements extrêmes auxquels nous assistons à nos portes, sont justement le fait de pouvoirs concentrés. Or, même si notre Etat est dirigé par un démocrate, la France politique reste en retard sur la structure, la modernité et la représentativité.

Toutefois, le syndrome Poulidor serait bien plus inquiétant si le coureur en tête était nationaliste.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 et 2022 sur : https://adcasecom.agency/blog

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