Présidentielles : Primes d’Ancienneté

Article n° 163 du 4 avril 2022, écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

Il semble bien qu’il y ait une sorte de règle dans le combat politique que l’exception de 2017 ne fait finalement que confirmer : il y a une prime aux anciens. Cette année, à quelques jours du premier tour des présidentielles, le trio de tête est constitué de trois combattants retaillés. Tous les sondages du premier tour de la présidentielle 2022 au 1er avril | Le HuffPost (huffingtonpost.fr) Le plus jeune d’entre eux, E. Macron, est déjà dans une carrière longue d’avant-pouvoir et de pouvoir. Les cernes et les rides accompagnés de quelques cheveux blancs viennent achever l’expression de son expérience, dans une accélération des circonstances de crises successives qui comptent double. EN DIRECT – Présidentielle: «la mobilisation, c’est maintenant»: Macron se propulse vers le premier tour – Libération (liberation.fr) Le Président sortant, M. Le Pen et J.L. Mélenchon cumulent, selon un sondage récent (en ligne avec les précédents), plus de 65% des électeurs potentiels, soit les deux tiers du paysage électoral. Les anciens de la politique ont le cuir épais, et qu’on le veuille ou non, cela reste un métier. Présidentielle: dernière semaine marathon pour les candidats (msn.com)

J.L. Mélenchon et M. Le Pen sont des anciens, on ne peut pas en douter. Ils sont même inscrits dans l’histoire politique de longue date, l’une avec son nom, Le Pen, indissociable du jeu politique du XXe siècle, et J.L. Mélenchon, socialiste « professionnel » des années 80 jusqu’à un ministère du gouvernement Jospin dans les années 2000, puis la France Insoumise créée en 2016. Election présidentielle 2022 : en un coup d’œil, visualisez les grands clivages entre les candidats (msn.com) E. Macron, membre du parti socialiste en 2006, puis ministre de F. Hollande, a une carrière politique effective qui approche les dix années, soit, dans l’exercice du pouvoir, une « vraie ancienneté« . Un quinquennat supplémentaire le rendrait sans doute l’un des plus stables gouvernant de France depuis F. Mitterrand et J. Chirac, ce dernier ayant dû pourtant composer avec une cohabitation. Sondage de la présidentielle : Le trio Macron, Le Pen, Mélenchon force l’allure (parismatch.com) Les trois candidats ont dû réinventer leurs axes politiques, sortir de leur genèse, et quelles que soient nos opinions pour l’un, l’une ou l’autre, ils y sont parvenus.

Le regard que l’on peut porter là-dessus est celui d’une description presque caricaturale du paysage politique français. Les deux versants « Gauche-Droite » représentés par les extrêmes du genre et « l’Empire du Milieu » d’E. Macron, regroupant les modérés de gauche, les centristes, et la droite républicaine qui s’y reconnaît. Présidentielle française: dans un meeting géant, Emmanuel Macron fustige les «extrémismes» (rfi.fr) LREM n’a pourtant pas grand sens sur le plan intellectuel. C’est une forme associative d’intérêts politiques de toutes ces origines, permettant une mécanique électorale de parti, et une représentation législative. C’est moins efficace sur le plan local-régional que sur le plan national. Cette configuration de la politique française conduit à une réflexion électorale simple pour un citoyen qui considère ces trois mouvements : un vote de risque ou un vote de prolongement. Présidentielle. Jean-Luc Mélenchon consultera ses soutiens en cas de duel Le Pen-Macron (ouest-france.fr) L’ancienneté politique, portée par E. Macron par une pratique du pouvoir, et par les deux autres candidats par une stabilité des convictions est la force qui stabilise ces fameux deux tiers de votes qu’ils se répartissent. Tout choix différent est un « autre risque » ou un « réflexe de fan« , comportements minoritaires même s’ils constituent le tiers restant, souvent très motivés.

En regardant simplement les chiffres, et même si des surprises peuvent toujours se produire au moment de l’élection, on constate que ce tiers restant est dédié presque exclusivement aux nouveaux entrants du combat politique présidentiel. Cela ressemble presque à un bizutage. Sondage présidentielle 2022 : l’écart Macron-Le Pen se resserre, Zemmour et Pécresse sous les 10% (rtl.fr) Il y a les circonstances des mouvements socio-politiques français (chute de la Gauche, ressorts extrémistes etc..) mais également l’absence de pratique des campagnes présidentielles par les candidats, qui jouent un rôle. E. Zemmour, le petit nouveau de la politique fait pourtant une campagne puissante, à l’inverse de ses concurrents du tiers restant. Malgré cela, la force d’une campagne doit trouver ses limites, et lorsqu’on les dépasse la sanction est immédiate. Les excès d’E. Zemmour ont payé au début par une visibilité dans les médias et sont devenus un boulet ensuite pour sa crédibilité. Présidentielle 2022: la chute d’Éric Zemmour – Challenges C’est une entrée en fanfare par la grande porte mais, à la sortie, quelqu’un l’attend pour discuter du second tour. La politique peut parfois être mortellement simple.

Or, plus l’élection approche, plus la crédibilité présidentielle devient un enjeu majeur. V. Pécresse en fait également les frais, sous une autre forme, par accumulation de punchlines peu convaincantes et parfois amusantes mais jamais efficaces sur le fond. Les propositions se confondent avec celles d’autres émetteurs politiques. Contre vents et marées, Pécresse veut « faire mentir les sondages » (france24.com) A cela s’ajoute l’absence de parrainage comme celui de N. Sarkozy, qui aurait consolidé sa candidature et l’envergure de la campagne auprès d’un électorat LR. A. Hidalgo, de son côté, est « sous-visible » et n’a pas anticipé la puissance média que provoquent les propositions inédites, ultra progressistes et bien au-delà de ce que le PS a proposé jusqu’à présent. “Tu risques de te faire broyer” : Anne Hidalgo mise en garde – Gala Par force « d’attraction-répulsion« , J.L. Mélenchon tire les marrons du feu, avec le talent qu’on lui connaît et également Y. Jadot dans sa ligne de mire. La recomposition à gauche, l’autre enjeu entre Jadot et Mélenchon – l’Opinion (lopinion.fr) Il reste F. Roussel, premier candidat communiste depuis Marie-George Buffet, il y a quinze ans, qui doit porter par sa candidature un retour de visibilité de son parti et une exposition de son personnage. Cela fait beaucoup, trop sans doute pour un nouveau venu, malgré une prise de parole identifiable, assez sympathique et combative. « Voter efficace » pour Roussel: les militants PCF pas prêts à lâcher leurs convictions (msn.com) Au moins, il ne sortira pas de cette élection avec une image dégradée, sans préjuger d’éventuels accords de second tour. Elections législatives 2022 : le climat se réchauffe entre La France insoumise et le Parti communiste français (lemonde.fr) La parole dans les médias est le pivot, surtout pour les candidats du dernier tiers.

L’une des conclusions qu’il est possible de tirer de ces constats est qu’une campagne présidentielle ne peut être abordée sans infrastructure politique solide, stable et constante, surtout en ce moment. C’est le cas des trois « anciens » en tête de campagne. Le duel annoncé Le Pen-Macron aura ou n’aura pas lieu, mais il serait représentatif de cette analyse, ce qui ne réjouit personne, et favorisera sans doute des « votes contre » ou de l’abstention. Vers un duel « tous sauf Le Pen » contre « tous sauf Macron ». L’édito de Michel Taube – Opinion Internationale (opinion-internationale.com) C’est pourtant la stabilité qui est au cœur de l’actualité, pour se protéger, se redéployer, tenter de construire l’avenir et résister aux vents mauvais qui s’annoncent. Présidentielle : l’étrange élection mélancolique (msn.com) L’enthousiasme paie moins, et surtout est moins crédible, ce qu’on peut également regretter. M. Le Pen adoucit le ton, E. Macron solennise le discours face à l’agitation internationale, et « l’autre monde possible » de J. L. Mélenchon fonctionne mais moins bien que le symbole de « la tortue ». « Une démonstration de force » : la grande marche de la « tortue » Mélenchon – Le Point Les autres candidats doivent exister avec ce qu’il reste de la Droite Républicaine, du Parti Socialiste et du Parti Communiste.

Ces vieux et très grands partis, autour desquels s’est construite l’histoire politique de la France du XXe siècle, sont désormais condamnés à une introspection d’obsolescence pour renaître plus tard, et autrement. Il y a du travail pour le futur, mais leur tour d’aujourd’hui est réellement passé. Spécial élection 2022 : les références historiques des candidats à l’élection présidentielle – Ça m’intéresse (caminteresse.fr)

Le paradoxe est finalement total. Les anciens qui performent s’appuient moins sur l’Histoire que les nouveaux qui échouent.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 et 2022 sur : https://adcasecom.agency/blog

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