Législatives 2022 : Le Silence des Agneaux

Article n° 172 du 6 juin 2022, écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

Cette suite de campagne présidentielle destinée à renforcer ou équilibrer le pouvoir dans l’Assemblée ressemble à une page blanche, ou grise. Le désintérêt connu et croissant du public pour cette élection pourtant essentielle ne peut qu’être confirmé et accru par le vide argumentaire qui tient lieu et place de campagne. Législatives : pourquoi le gouvernement est quasiment réduit au silence pendant la période de réserve (francetvinfo.fr) Les forces en présence sont pourtant bien identifiées avec les « 3 blocs« , extrêmes Gauche et Droite face aux mouvements présidentiels associés. (Dernier compilateur du Huffington Post)

La bataille aurait dû être rude, les uns pour challenger le pouvoir et les autres pour le consolider de manière indiscutable. Mais les nouveaux nommés au gouvernement s’abritent derrière E. Macron dans un silence et une invisibilité issus d’une stratégie « zéro risque média« , et les quelques tonitruances de J.L. Mélenchon paraissent presque fades, ne trouvant aucun écho dans ce désert de communication politique. Nouveau gouvernement : découvrez la liste des ministres d’Élisabeth Borne (lefigaro.fr)

La campagne se résume à un duel E. Macron versus J. L. Mélenchon, comme si le 3e tour invoqué par ce dernier prenait forme. La seule voix qui se fait entendre du côté de la majorité potentielle est celle du Président, prenant comme relais la presse quotidienne régionale ce week-end de Pentecôte. Emmanuel Macron se livre à la Presse Quotidienne Régionale – Var-Matin (varmatin.com). Quel que soit le contenu des propositions, la forme centralisée de la parole politique en campagne ne peut qu’inquiéter sur une forme également centralisée du pouvoir à venir. C’est une erreur de communication car elle va à l’encontre des promesses de « renaissance démocratique » destinées à corriger les erreurs du premier quinquennat. SONDAGE EXCLUSIF – La cote d’Emmanuel Macron plombée par le manque de souffle du début du quinquennat | Les Echos L’autre point sombre est que J.L. Mélenchon utilise la même méthode dans un écho moins contesté, l’autoritarisme du personnage ne faisant mystère pour personne. Le choc est donc plus négatif pour les supports présidentiels car le doute d’un changement quelconque pour l’avenir s’est installé, peut-être durablement.

Pendant ce temps, M. Pap Ndiaye (Education) suit dans l’ombre du chef le déplacement marseillais, Brigitte Bourguignon (Santé) est presque invisible dans une visite aux soignants, Amélie de Montchalin et Agnès Pannier-Runacher (Transition écologique) sont aphones. Les tambours et trompettes des médias retentissent autour de G. Darmanin pour le fiasco Stade de France et de Damien Abad pour les casseroles à assumer ou à faire disparaître. Affaire Damien Abad : Emmanuel Macron brise le silence (msn.com) Pourtant, Education, Santé et Transition Ecologique paraissaient des sujets propres à faire surgir des talents, voire des sauveurs. Quant aux candidats réels de la majorité pour des mandats de député, avec en tête la Première Ministre Elisabeth Borne, aucun élan particulier ne se fait jour, et surtout aucune vision. Incidents au Stade de France, législatives… Mais où est passée Élisabeth Borne ? (msn.com) On sent très bien que la moindre parole ratée sera payée cash, à la fois à l’électorat et au patron. Bruno Lemaire, rendons justice aux anciens, fait un peu ce qu’il peut pour ne pas laisser le silence des agneaux régner sur cette campagne, mais il est bien seul. «Ceux qui proposent la retraite à 60 ans mentent aux Français», insiste Bruno Le Maire (msn.com) G. Darmanin a dépensé son crédit en quelques heures, et tous les autres sont installés en mode mute. En termes d’image, E. Macron semble bien être le seul ministre de tous les ministères.

Le sujet de cet article n’est pas de soutenir ou rejeter, mais de s’étonner d’une telle absence de capacité à manager une équipe. On peut comprendre le temps d’adaptation, mais pas le plomb qui donne le ton et le quadrillage serré de la liberté de parole des ministres et des candidats aux législatives. Un climat politique atone, « comme si la présidentielle n’avait pas eu lieu » constate le directeur de l’Ifop (sudouest.fr) Cette forme est un argument pour les oppositions de tous genres et préfigure un phénomène de protestation populaire qui se déclenchera contre le Président dès que le calme sera de retour en Ukraine. Ce conflit reste une forme acceptée de justification aujourd’hui, ainsi que les effets rebonds des sanctions à la Russie tant que les hostilités se poursuivent. Embargo pétrolier, liste noire… L’UE dévoile son 6e paquet de sanctions contre la Russie (bfmtv.com) Mais ensuite, celui qui a parlé paiera, et sans doute par la rue. Et il se trouve qu’il n’y en a qu’un seul qui parle, ce qui est non seulement une erreur stratégique par rapport au programme revendiqué mais un oubli d’expérience passée, pourtant récente.

J. L. Mélenchon, quant à lui, est dans son rôle et sa caricature, dans une logique autoritaire évidente et une personnalisation formelle, panoplie indispensable de tout chef incontesté. Jean-Luc Mélenchon, ce grand libérateur autoritaire | Le HuffPost (huffingtonpost.fr) A ce titre, on entend assez peu ses soutiens, en dehors d’apparitions bruyantes et publiques, mais les médias en sont pour leurs frais également de ce côté-là. Du coup, il répond à M. Sardou sur le ton qui va bien dans son costume de prélat révolutionnaire. «Vous pouvez aller en enfer, je vous rattrape avec la note» : Mélenchon répond à Sardou sur son envie d’exil (msn.com) Le problème pour la majorité actuelle, c’est que la forme utilisée par le chef de l’Etat lui ressemble, induisant l’idée du duel, et donc celle d’un potentiel danger pour la constitution de l’Assemblée future. C’est presque une reconnaissance de la valeur de l’adversaire, un comble !

Une élection présidentielle inédite avec la reconduction du chef de l’Etat dans ses fonctions est (encore) une occasion de redéployer l’enthousiasme et l’envie autour de personnes « à vision« , et d’une vraie équipe pour l’amélioration du futur. Gouvernement : un début de quinquennat mouvementé (francetvinfo.fr) Les français ne se rassembleront pas avec des tableaux Excel, des calculs électoraux ou des paroles unilatérales venues « d’en haut ». L’image qui est aujourd’hui donnée au travers de cette campagne est celle d’une démocratie qui ne sait pas se relancer ni se réinventer, avec un gouvernement dans l’ombre et plus absent du dialogue que jamais. Au moins, l’extrême droite semble en recul net, les bonnes nouvelles étant rares, ne les boudons pas. Législatives 2022 : surendetté, le Rassemblement national compte sur le scrutin pour éviter la faillite (msn.com)

Ce mutisme assourdissant et craintif coûtera sans doute des sièges à la majorité à l’Assemblée, mais aussi des réactions « à la française » qui auraient pu être évitées.

Espérons alors que le silence des agneaux ne dure pas toujours et qu’une équipe émerge enfin.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 et 2022 sur : https://adcasecom.agency/blog

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