Assemblée Nationale : Amnésie Républicaine

Article n° 175 du 27 juin 2022, écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

Dans les fantasmes d’amitiés viriles, on a vu mille fois au cinéma des scènes de réconciliation s’enchainer après un dur combat dans l’honneur, entre deux ennemis de toujours. Dans l’Histoire politique de la planète, l’exemple presque légendaire d’une réconciliation nationale est celle de 1994 qui a été menée par N. Mandela en Afrique du Sud. Nelson Mandela Le pardon et la réconciliation | Revue Acropolis (revue-acropolis.fr) En France, et aujourd’hui, il est à craindre que les réconciliations politiques qui apparaissent à la suite des campagnes électorales 2022 ne soient ni de la même qualité, ni de la même sincérité, pour gagner une forme de majorité absolue dans l’hémicycle législatif. Le Parlement ne peut plus être «une chambre d’enregistrement», lâche François Bayrou (msn.com)

La candeur, contrairement à l’amnésie, a quitté depuis longtemps cette Assemblée. Une semaine après les élections législatives, l’Assemblée nationale va changer de visage (ouest-france.fr) Le spectacle donné en ce moment aux français ne va pas les rapprocher d’une fidélité au vote, ni d’un respect minimum de l’univers politique. On verra bien à qui seront proposés des postes dans le nouveau gouvernement Borne et qui les acceptera. Le point ici est de comprendre quelle est la nature de la conviction politique dans un périmètre républicain que le Président définit lui-même comme excluant LFI et le RN. Nouveau gouvernement : Emmanuel Macron confirme Élisabeth Borne, porte fermée au RN et à LFI (francetvinfo.fr) On a beau être de fervents combattants de l’extrémisme politique, on se demande où et quand la Constitution a autorisé une redéfinition présidentielle de ce périmètre, à la suite d’une élection populaire. Dans cet espace donc, les amnésiques seront nombreux du côté de l’Etat, comme dans celui de l’opposition.

Un bref retour en arrière pour lutter contre cette perte de mémoire : les campagnes présidentielles et législatives cette année ont été particulièrement violentes et nourries d’invectives diverses. INFOGRAPHIES. Présidentielle 2022 : invectives, cacophonie… Visualisez comment les débats d’entre-deux-tours sont devenus inaudibles (francetvinfo.fr) L’apparition-disparition d’E. Zemmour a attisé les haines variées, avec un démarrage de campagne mi- risible mi- inquiétant (clip de déclaration) dans une ambiance de guerre naissante en Europe. VIDÉO. Éric Zemmour officiellement candidat à l’élection présidentielle | Actu Paris Au fond, son métier de polémiste a effectivement allumé les polémiques, comme un gong sur un ring, topant ainsi le début des hostilités pour l’ensemble des concurrents, y compris les plus calmes d’entre eux. Il a fallu pour chacun choisir ses ennemis, et, face aux français, entamer une première bataille (présidentielle), intellectuellement faible et émotionnellement brutale. Le Président sortant est d’ailleurs assez peu sorti, sauf en fin de parcours, comme pour rattraper les français par les bretelles, au cas où. Presidentielle 2022 :La campagne électorale la plus triste du monde (radiofrance.fr) Cela a fonctionné lors des présidentielles à la fois par un soutien des français et par un rejet de l’extrême droite, ennemi choisi pour l’occasion. Le reconnaître aujourd’hui avec modestie aurait été de bon ton. Amnésie quand tu nous tiens !

Le système électoral à deux tours ne peut désigner qu’un seul ennemi et quand celui-ci est pressenti au premier tour, il ne reste plus qu’à enfoncer le clou au second. Ce fût fait lors des présidentielles mais pas de manière déterminante pour un suivi logique législatif, comme chacun sait. Les français, malgré l’abstention de cette dernière élection de députés, ont clairement exprimé le refus de la verticalité et le besoin de démocratie. Finalement, la proportionnelle n’ayant pas été mise en route lors du précédent quinquennat, les urnes l’ont reconstituée. Jean-Luc Mélenchon accuse Emmanuel Macron de « dissoudre la réalité du vote » en appelant les oppositions au compromis (francetvinfo.fr) Le Président, et la majorité derrière lui, ont cru que l’extrême droite était vaincue à l’issue des présidentielles. Le nouvel ennemi pour les législatives était donc tout trouvé avec un J.L. Mélenchon toujours prêt à dégainer les mots qui fâchent et les mesures qui coûtent.

Malheureusement, le réel ennemi était intérieur : une approche présidentielle peu convaincante et autocentrée, presque triste, avec des nouveaux ministres cachés aux caméras, et une première ministre en ligne avec cette posture. EDITO. Celui qui s’est cru Jupiter… (lejdd.fr) La jupitérisation, confirmée par la nomination d’E. Borne, a creusé le sillon du RN, eux-mêmes surpris par le score, démontrant ainsi une forme de paresse payante. Ferrand, Castaner, Montchalin, Bourguignon… Ces figures de la majorité battues aux législatives (yahoo.com) Du côté du tribun Mélenchon, la moisson fût moins fructueuse que prévu et l’association de Gauche a immédiatement réclamé des identités propres à l’issu du vote. Législatives 2022 : Le raz-de-marée attendu par la Nupes n’a pas eu lieu en Île-de-France (francetvinfo.fr) C’était prévisible et cet ennemi désigné par la majorité n’était pas le plus à craindre. Une allocution récente d’E. Macron a signé le glas des espoirs d’amélioration du dialogue législatif, par le déni de responsabilité et les certitudes gratuites. Depuis, nous assistons au spectacle navrant des ennemis d’hier et d’avant-hier prêts à prendre un verre ensemble pour envisager un avenir commun de gouvernement. Législatives: Macron convie les forces politiques de l’Assemblée demain et après-demain à l’Élysée, la Nupes divisée (bfmtv.com) Certains ténors de la majorité trouvent le RN fréquentable, et tant pis pour l’amnésie du récent et celle de l’histoire plus ancienne. L’extrême droite peut mettre des costards dans l’hémicycle, cela reste l’extrême droite et si on ne peut pas lui refuser ses droits démocratiques, on n’est pas obligé de lui proposer l’accolade. Législatives 2022 : « Travailler ensemble » avec le RN, le malaise de la majorité (francetvinfo.fr)La stratégie à construire pour passer du relatif à l’absolu dans les votes des textes doit trouver un autre chemin, mais les déclarations contradictoires et désolantes vont bon train, en attendant.

Que reste-t-il alors pour gouverner ? Les Républicains, ragaillardis malgré les échecs quantitatifs électoraux, sont la force de balance et le pouvoir du Sénat. Les LR « faiseurs de roi » après les résultats des législatives | Le HuffPost (huffingtonpost.fr) Cela fait beaucoup pour si peu de votes, mais après avoir touché le fond de la piscine, une remontée de pouvoir n’est pas scandaleuse et ils auraient tort de ne pas chercher une négociation durable et significative avec la majorité. Pacte de gouvernement : LR campe sur ses positions | Les Echos Là non plus, il ne faut pas s’attendre à des amitiés de combattants. A bien analyser les programmes, il y a plus de proximité entre LR et Ensemble qu’entre le PS et La France Insoumise. Les paris sont ouverts, mais si on met de côté l’absence de stratégie de négociation de J.F. Copé qui vient plomber l’approche (il tend les bras à Ensemble avant toute discussion, ce qui est contre-productif), il est probable que la solution viendra de ce côté-là de L’Assemblée, plus quelques PS, écologistes et communistes. Jean-François Copé : La République de Weimar est en marche – L’Express (lexpress.fr) En attendant, peut-être faudrait-il se demander quelle est la « vraie règle » d’attribution de la Présidence de la commission des finances de l’Assemblée Nationale à un parti ou une formation politique avant que le Sénat (G. Larcher) ne déclare le RN comme probable responsable de cette entité stratégique. Compte tenu des débats précédents sur les sources de financement du RN (toutes les banques ont refusé les prêts sauf celle de V. Poutine), cette option est presque risible, ou déprimante, au choix. Entre le RN et la Nupes, la bataille pour la présidence de la commission des finances (lefigaro.fr) Si les banquiers ont plus de sens moral que les politiques, c’est qu’on touche le fond. Quant à l’amnésie, c’est la star de ces élections.

La Gauche, si on considère NUPES comme la Gauche, ne sera pas un interlocuteur des compromis. L’approche de J.L. Mélenchon n’a pas changé sur le ton ni sur le fond. Il est possible, qu’après son retrait progressif du devant de la scène, les responsables suivant(e)s soient dans une humeur plus conciliante mais cela reste difficilement mesurable aujourd’hui. LFI n’apprécie pas l’argument de Macron pour l’exclure des négociations (msn.com) Ils seront l’opposition la plus ancrée dans son rôle, à la fois par son histoire et par celle de son dirigeant. Il y a moins d’amnésie de ce côté-là. Les Gauches classiques, EELV, PS, PC, quant à elles, reprennent leurs billes et en dehors du Parti Socialiste et de quelques écologistes ou PC, peu de voix sont à glaner par ici dans cette période de transition. Le PC, ennemi d’hier et d’avant-hier, revient en sympathie par le ton et l’humeur de F. Roussel. Des communistes au gouvernement ? Fabien Roussel réclame d’abord « des mesures fortes de changement de politique » | TF1 INFO Une fois le remaniement définitif du gouvernement acté, les uns et les autres prendront position, mais pas avant. Assemblée nationale : quel rôle pour Élisabeth Borne dans les négociations ? (francetvinfo.fr) Cela pourrait jouer un rôle dans le « en même temps » traditionnel présidentiel, mais la perte d’un capital crédibilité certain à la suite de ces législatives rendra cette stratégie plus compliquée à monter.

Dans ce capharnaüm, E. Macron explique qu’en Europe la majorité des pays ont une démocratie organisée autour du pluralisme politique et que cela fonctionne très bien, alors pourquoi pas chez nous ? Pluralisme politique | Le monde politique Mais après 5 ans, il ne semble toujours pas intégré au sommet de l’Etat que la France n’est pas l’Allemagne ou l’Italie, ni même l’Europe, mais un assemblage toujours vif de cultures différentes et de caractères opposés, ayant posé à tous les pouvoirs de l’Histoire un problème de légitimité et d’autorité. Entre le camp Macron et les oppositions, le jeu de poker menteur se poursuit (lemonde.fr) Aujourd’hui, par le vote, cette pluralité intérieure (et non domestique) s’est exprimée, non pour contraindre, mais pour faire progresser. C’est sans doute le cœur de la problématique : diriger sans pouvoir commander, comme un défi ultime de démocratie.

On a toujours le choix de le comprendre.

Ou pas.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 et 2022 sur : https://adcasecom.agency/blog

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