Politique Energétique : Le paradoxe de Jevons

Article n° 185 du 5 sptembre 2022, écrit par : Ad Case https://adcasecom.agency/blog

Le paradoxe de Jevons (économiste britannique du 19e siècle) démontre que si les progrès technologiques améliorent le coût et l’efficacité d’une ressource, la consommation totale de cette ressource peut augmenter au lieu de diminuer, à cause même de cette nouvelle attractivité. Les stratégies politiques gouvernementales ou d’opposition sont face à ce dilemme, mais pas uniquement sur l’énergie, même si c’est le sujet du jour. Hausse des prix de l’énergie : Quelles décisions à la sortie du Conseil de défense ? (20minutes.fr)

Les développements technologiques (nouvelles centrales nucléaires, parc éolien, parc solaire, hydrogène etc..) en sont donc aujourd’hui à un stade transitoire apportant une réponse parcellaire progressive dont la stratégie est de compenser les faiblesses futures mais pas encore d’améliorer la vie. Mix énergétique français en 2022 : Chiffres clés et analyse (prix-elec.com) Cependant, une fois que cette étape sera franchie, et l’offre publique prête à 100% sur le renouvelable, l’électrique et le décarboné, la demande explosera et le besoin de ressource également. Il y a donc un calcul à faire pour ne pas être couverts d’éoliennes et de panneaux solaires, truffés de centrales nucléaires et de déchets de batteries au lithium, tout en éliminant l’utilisation de l’énergie fossile. Maîtriser la consommation énergétique du numérique : le progrès technologique n’y suffira pas | France Stratégie (strategie.gouv.fr) Dans une vision fataliste, il n’est pas impossible que notre destin terrestre soit de polluer, malgré l’intelligence politique, économique et scientifique.

Matériel des énergies « vertes » : la production d’électricité éolienne s’est élevée à 11,7 TWh au cours du premier trimestre 2022, soit 8,5 % de la consommation électrique française.  La production d’électricité d’origine solaire photovoltaïque s’élève à 3,2 TWh au cours du premier trimestre 2022 en hausse de 31 % par rapport au premier trimestre 2021. Elle représente 2,2 % de la consommation électrique française sur cette période. Pour un scénario de 50% de production consommable, partagée avec l’hydraulique et le nucléaire, il faudrait multiplier les installations au minimum par 5, soit près de 50 000 éoliennes en France (8 à 9 000 aujourd’hui), et donc imaginer leur recyclage en fin de vie. Energies « vertes » : un nécessaire compromis européen (lemonde.fr)

Matériel spatial et explosion de consommation : la société Space X compte envoyer 12.000 satellites dans l’espace d’ici 2025 pour connecter la totalité des terriens à un Internet très haut débit et sans fil. D’ici 10 ans, plus de 100 000 satellites seront mis en orbite, multipliant ainsi les « occasions de consommer de l’énergie sur terre« . La question finale à résoudre sera le traitement de l’obsolescence des terminaux, des batteries, et des relais télécom, ainsi que l’augmentation du besoin énergétique. (Plus de 10 milliards de smartphones vendus dans le monde à ce jour dont moins de 15% recyclables) Vingt-cinquième lancement de satellites Starlink en 2022 – 4ASpace

Voiture et 100% mobilité électrique : il y aurait près de 1,4 milliard de véhicules à moteur, et à quatre roues ou plus, en circulation dans le monde. Les prévisions mondiales donnent l’électrique à 50% du parc en 2050 soit entre 700 millions et 1 milliard de véhicules fonctionnant sur batteries. La demande en énergie électrique sera donc surmultipliée par la nécessité de recharge quasi- quotidienne des batteries, et le développement commercial lié au remplacement des voitures thermiques. Le recyclage « batteries » deviendra le sujet de recherche majeur, pour limiter le stockage de déchets. Voiture autonome : la course se joue aussi dans l’espace (autonews.fr)

La réponse politique reste le court terme : face aux enjeux d’une énergie en risque de pénurie, l’Etat n’a d’autre choix que de gérer le court terme. On peut résumer les avis du conseil de Défense sur l’énergie par : mesures de sobriété, sobriété renforcée, rationnement et en dernier recours, délestage (coupures tournantes) si l’équilibre du réseau est vraiment menacé. C’est un point de vue rationnel (même si la sobriété ne viendra que d’une hausse de prix et non d’une volonté citoyenne, restons réalistes...), dicté par l’actualité mais aussi par l’imprévision. Les enjeux des trois exemples en début d’article sont d’ordre stratégique, et les réponses politiques du jour restent celles d’une simple gestion de crise, conséquence des tactiques du passé. Crise de l’énergie: «Nous payons aujourd’hui la stratégie à court terme de l’exécutif» (lefigaro.fr)

Risque de la neutralité carbone : la déchetterie. La neutralité carbone vise à nous conserver un air respirable, ce qui est fondamental. Mais le paradoxe de Jevons évoqué au travers de la consommation d’énergies vertes conduit à multiplier à long terme les risques de pollutions terrestres, au sens primaire du terme. Un air sans terre viable ne serait pas un bon calcul. Les terminaux à énergie renouvelable ( smartphones, voitures, objets connectés etc..) associés à l’expansion de la population obligent les Etats à prévoir une stratégie mondiale de traitement des déchets technologiques. Le tri sélectif n’est plus suffisant, l’industrie de demain doit être celle des entreprises de recyclage à grande échelle des terminaux. Pollution : statistiques mondiales écologiques en temps réel (planetoscope.com)

Media et perversion du temps : l’approche paradoxale est essentielle pour imaginer des scenarii. Le problème d’aujourd’hui dans la réflexion faite par les analystes média est la traduction du passé et du futur au filtre de la situation du jour. Pourtant, la pandémie récente et la guerre en Ukraine sont la preuve de l’imprédictibilité. Ce qui subsiste sont les éléments solides de l’analyse, l’expansion technologique face aux défis économico-écologiques et démographiques étant une forme quasi certaine d’évolution. Les conséquences ne sont pas évaluables avec précision dans le temps, avec les données d’aujourd’hui. On peut juste dire que notre futur intégrera cette culture. Le « médiagate » : Analystes, experts, médias et industrie de l’influence – davduf.net

Nous allons passer d’une culture de consommation énergétique des réserves à celle de l’infini. A cela s’adossent des notions de gratuité plus ou moins imaginables aujourd’hui. Le corollaire est une surconsommation accrue, par la nature même des progrès et la multiplication des objets utilisant cette énergie infinie. Associé à l’augmentation démographique, l’aménagement du cadre de vie deviendra dépendant de notre capacité à retraiter les déchets, à réguler l’économie énergétique, et à organiser de manière homogène les expansions technologiques. Distinguer croissance démographique et changement démographique – Acervo Lima Même si cette ère semble lointaine, il faut que les politiques, dès aujourd’hui, prévoient les bons schémas, le dérèglement climatique pouvant n’être que le 2e problème de la vie sur terre.

En un mot, il faudra ranger notre chambre, ou rien ne pourra y vivre.

*Les articles de ce site ne sont pas la critique sur le fond des personnes publiques , mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de déclarations ou de comportements médiatisés. Retrouvez tous les articles 2021 et 2022 sur : https://adcasecom.agency/blog

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